Handicap dans le Var : un parcours de soins semé d'obstacles pour 12 millions de personnes
Douze millions de personnes vivent avec un handicap en France, et leur prise en charge soulève de nombreux défis, comme l'ont constaté les adhérents du club santé Var matin lors d'un débat organisé mardi 7 avril au palais du Commerce et de la Mer à Toulon. La question centrale était : « Handicap dans le Var, comment construire un véritable parcours de soins sans rupture ? ».
Un constat alarmant sur l'espérance de vie
Des études estiment jusqu'à 10 ans la perte d'espérance de vie liée aux retards de prise en charge des personnes en situation de handicap. Ce chiffre met en lumière l'urgence d'améliorer l'accès aux soins pour cette population vulnérable.
Les multiples formes de handicap et leurs défis
Le handicap, qu'il soit moteur, sensoriel ou psychique, prend des formes extrêmement variées. Il peut être présent dès la naissance, acquis lors d'un accident de la vie, ou se compliquer avec le vieillissement. Les situations conduisant à des ruptures de parcours de soins sont tout aussi diversifiées :
- Une personne en fauteuil roulant incapable d'accéder à un cardiologue au 3e étage sans ascenseur.
- Un dentiste refusant de soigner un enfant autiste non verbal par manque de compétence.
- Un soignant interdisant la présence d'un accompagnant essentiel pour un jeune porteur de trisomie 21.
- Un adulte avec des troubles cognitifs sans place adaptée dans un centre de soins de suite.
- Une personne âgée tétraplégique ne trouvant pas d'établissement capable de l'accueillir face à la dépendance liée à l'âge.
Les chiffres révélateurs d'un système défaillant
Selon Handifaction, le baromètre de l'accès aux soins des personnes en situation de handicap, 28 % des patients ont rencontré des difficultés d'accès aux soins en 2025, sur un total de 195 124 répondants. Parmi eux, 19 % ont subi un refus de soins, 28 % ont abandonné leur soin après un refus, et 13 % ont vu leur accompagnant refusé par le soignant. De plus, 62 % n'ont pas pu se faire soigner par manque de médecin traitant.
Les témoignages des professionnels de santé varois
Les adhérents du club santé Var matin ont partagé des expériences concrètes illustrant ces problèmes. Le Dr Hubert Tournebise, spécialiste en médecine physique et de réadaptation à l'hôpital Renée Sabran à Hyères, souligne : « Avant d'évoquer les difficultés dans les parcours de soins, il faut déjà parler de l'accès aux soins. Les situations sont extrêmement variées, il est compliqué d'avoir une offre adaptée pour tout type de handicap. »
Les ruptures de parcours : des causes multiples
Lise Sagot, cadre de santé et référente handicap patient au CHI Fréjus Saint-Raphaël, note : « Très peu de personnels à l'hôpital sont formés à la prise en charge des personnes en situation de handicap, au-delà des formations initiales. Ils pratiquent des soins de base sans s'interroger sur les adaptations nécessaires. » Kheira Bentaouza, cadre formatrice à Croix-Rouge Compétences, ajoute : « Quand une personne bipolaire arrive en EHPAD à cause d'une perte d'autonomie liée à l'âge, il peut y avoir des tensions dues au manque de formation et de structures adaptées. »
Le problème crucial du retour à domicile
Le Dr Tournebise explique : « Dans nos services de soins médicaux et de réadaptation, la principale difficulté concerne la sortie des patients. Beaucoup retournent à domicile avec des besoins complexes, nécessitant des soins adaptés et une aide humaine quotidienne. Faute de solutions, certains patients restent hospitalisés pendant des mois, voire des années, ce qui embolise toute la chaîne de soins. » Karine Colin, cadre de santé à Renée Sabran, illustre : « Pour un patient para/tétraplégique, trouver un infirmier pour la toilette peut mener à des refus nets, retardant la sortie de plusieurs mois. »
Des inégalités liées au financement et à l'accessibilité
Valérie Joly, cadre de rééducation à Léon Bérard, souligne : « Il y a des aides, mais elles dépendent de l'âge du patient et ne sont pas toujours suffisantes. On se retrouve parfois avec le lit médicalisé au milieu du salon, sans autres solutions. » Samuel Reze-Virfolet, directeur adjoint du CHI Fréjus Saint-Raphaël, ajoute : « Même si la réglementation impose aux établissements d'être accessibles, ça n'est pas toujours le cas. Du parking à l'entrée, c'est parfois déjà compliqué ! »
Ce débat a mis en évidence la nécessité urgente de repenser les parcours de soins pour les personnes handicapées, en améliorant la formation des soignants, l'accessibilité des établissements, et les mécanismes de financement, afin de réduire les ruptures et garantir une prise en charge digne et efficace.



