Haima : une solution en libre accès pour les règles abondantes
C’est une réalité qui touche de nombreuses femmes chaque mois : le réveil dans des draps tachés, la course aux toilettes toutes les heures pour changer de protection et cette fatigue intense qui s’installe durablement. Selon une enquête Ipsos-BVA*, 67 % des femmes réglées souffriraient de règles abondantes, c’est-à-dire des saignements menstruels plus importants que la normale, avec plus de 80 ml de sang perdu par cycle. Dans la moitié des cas, ce flux abondant est dit fonctionnel, sans cause médicale précise identifiée. Mais les conséquences sur la santé sont nombreuses et parfois sévères : carence en fer, fatigue importante, anxiété, voire dépression dans les situations les plus critiques.
Une réponse à un tabou persistant
Pour répondre à ce « tabou » menstruel, le laboratoire Cemag Care commercialise depuis peu Haima, présenté comme le premier traitement non hormonal contre les flux menstruels abondants. Ce médicament est accessible sans prescription médicale, directement en pharmacie. Haima promet de réduire les saignements de 36 % à 54 % dès le premier jour d’utilisation. Son secret réside dans l’acide tranexamique, une molécule qui stabilise la coagulation sanguine, évitant ainsi les saignements excessifs, voire les hémorragies. « Dans un contexte où de nombreuses femmes ne souhaitent plus systématiquement prendre d’hormones, c’est une solution efficace », vante le laboratoire. Haima sera vendu en pharmacie en libre accès, à un prix d’environ 12 euros, entièrement à la charge des patientes.
Le risque de l’automédication et les critiques
Seulement voilà, cette « révolution » a un air de déjà-vu. En effet, cette molécule d’acide tranexamique est utilisée depuis plus de quarante ans sous le nom d’Exacyl. La différence majeure ? L’Exacyl est disponible uniquement sur ordonnance et est remboursé par la Sécurité sociale, tandis que Haima s’affiche en rayon sans prescription. Pour le docteur Geoffroy Robin, gynécologue médical et secrétaire général du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF), ce libre accès à cette molécule est à double tranchant. « Si les femmes s’auto-traitent et que cela fonctionne, elles n’iront pas forcément consulter et donc le médecin ne va pas rechercher les causes et traiter plus efficacement le problème », redoute le maître de conférences au CHU de Lille. Or, des règles très abondantes peuvent cacher des pathologies sous-jacentes comme les polypes ou fibromes, ou entraîner une anémie sévère nécessitant parfois une hospitalisation.
Des antécédents médicaux à prendre en compte
Autre point de vigilance soulevé par les spécialistes : la sécurité des patientes. Bien que rares, les risques de thrombose existent avec l’acide tranexamique. « Les pharmaciens devront être très bien formés pour interroger les femmes sur leurs antécédents médicaux », prévient le Dr Robin. Sans un interrogatoire serré en officine, le passage à côté d’une contre-indication, comme un tabagisme important ou un antécédent de caillot sanguin, est possible. Face à ces critiques, Cemag Care, fondé par le Dr André Ulmann, assume pleinement son positionnement. « Nous n’ignorons pas l’existence de l’Exacyl, mais nous apportons une réponse à la difficulté pour certaines femmes d’obtenir un rendez-vous gynécologique et donc une ordonnance », explique le groupe. L’idée est d’offrir une liberté immédiate aux femmes qui « pensent être condamnées à vivre avec » leurs règles abondantes. Le laboratoire recommande tout de même un suivi gynécologique régulier pour assurer une prise en charge complète.
La gestion d’une situation « d’urgence » et les perspectives
Le Dr Robin reconnaît un côté positif à Haima : celui de permettre de gérer une « urgence » pour une femme habituée au traitement mais à court d’ordonnance. En revanche, il reste sceptique sur l’aspect commercial de cette innovation. « Ça sent un truc très laboratoire. Il faudrait surtout rendre plus accessible l’Exacyl », souligne-t-il. Si Haima peut dépanner dans certaines situations, il ne doit pas faire oublier que des règles abondantes méritent un vrai diagnostic médical et un suivi adapté. Les professionnels de santé insistent sur l’importance de consulter pour identifier les causes potentielles et éviter les complications à long terme.
* Enquête réalisée en décembre 2025, auprès de 4 000 femmes âgées de 15 à 54 ans.



