Mobilisation massive des personnels de la polyclinique Pau-Pyrénées
Ce n'était pas un poisson d'avril. Les personnels de la polyclinique Pau-Pyrénées, anciennement connue sous les noms Navarre et Marzet, ont observé un mouvement de grève de 24 heures ce mercredi 1er avril. Environ 150 personnes, comprenant soignants, administratifs et services techniques, se sont mobilisées devant le site de Navarre pour exprimer leurs inquiétudes profondes.
Une double menace pesant sur l'établissement
Les employés protestent contre deux risques majeurs : la fermeture potentielle de la maternité, qui plane depuis plusieurs mois, et les conséquences du redressement judiciaire annoncé lors du Comité social et économique (CSE) du mardi 31 mars. La grève a débuté la veille à 19 heures pour se terminer le soir du 1er avril à 20h30, marquant une mobilisation déterminée du personnel.
Un plan social aux contours flous
« Ça devient insupportable ! » ont clamé les syndicalistes. Trois représentantes du syndicat majoritaire CFDT, Sophie Barbin, Camille Bénazet et Élodie Latisnère, toutes trois infirmières élues au CSE, ont relayé les informations partielles reçues. « Il a été annoncé un plan de licenciement, mais on ne sait pas à hauteur de combien. Les deux sites seront touchés, mais quels services seront concernés ? On ne sait pas vraiment », ont-elles révélé.
Les inquiétudes portent principalement sur la préservation des 600 emplois répartis entre les sites de Navarre (environ 450 salariés) et Marzet (environ 150 salariés). Camille Bénazet retrace : « On attend des infos depuis cinq mois. On nous annonce un déficit de 6 millions d'euros et une catastrophe sur la clinique, mais on n'en sait pas plus ».
Des conséquences potentielles dramatiques
Élodie Latisnère ajoute avec inquiétude : « Il y aura forcément des licenciements, mais on ne sait pas combien. Cela dit, il se peut que ça touche beaucoup de personnes ». Sophie Barbin complète : « La semaine prochaine, on a un CSE pour donner notre avis sur ce redressement judiciaire, mais on n'est pas associés aux décisions qui seront retenues ».
Le manque de transparence est pointé du doigt. Le dossier de redressement devrait être déposé auprès du tribunal de commerce de Bordeaux dans une dizaine de jours, mais aucun détail n'a filtré sur le plan que la direction doit proposer. « On ne sait rien, c'est flou, et ça devient insupportable ! C'est pour ça qu'on est là : pour avoir des réponses », insistent les syndicalistes.
Des conditions de travail déjà précaires
Sophie Barbin souligne les disparités salariales : « Ce qui nous préoccupe, c'est la préservation de l'emploi, nos salaires et nos avantages sociaux. On est déjà beaucoup moins bien lotis qu'à l'hôpital : en début de carrière, nos infirmières sont payées comme une standardiste ou une femme de ménage, au Smic. Une infirmière en fin de carrière a 900 euros par mois de différence avec sa collègue du public ».
Impact sur les patients et le territoire
Les soignantes s'inquiètent également des répercussions pour les usagers. « Il n'y a que deux grands établissements ici : l'hôpital et nous. Or, les maternités d'Orthez et d'Oloron ont déjà fermé. Si ça ferme ici aussi, avec des licenciements et des salariés qui doivent changer de service, ça va automatiquement impacter les conditions de travail, et donc la prise en charge des patients ».
Perrine Willigens, sage-femme depuis six ans et membre du collectif « Notre maternité, votre avenir », explique : « On a manifesté début mars pour faire bouger les choses. Là, on ne sait pas à quelle sauce on va être mangés. Est-ce juste quelques licenciements, ou le service va-t-il fermer complètement ? On sait qu'on est sur la sellette, mais on n'a toujours pas de réponses ».
Elle ajoute une préoccupation territoriale majeure : « Une dame qui habite au fin fond d'une vallée à une heure de Pau, qui ne peut pas accoucher à l'hôpital parce qu'il n'y a pas de place, risque de se retrouver à accoucher à Mont-de-Marsan, à deux heures de sa famille ! ».
Des services essentiels menacés
Suzanne Aragnou, aide-soignante aux urgences depuis trois ans et élue CFDT, déplore : « Ça fait presque six mois qu'on continue à travailler sans savoir ce qu'on va devenir. Est-ce qu'on va fermer ? Peut-être uniquement la nuit ? En cas de fermeture, on est sur une moyenne de 40 passages par 24 heures : les urgences de l'hôpital ne pourront pas tout absorber ».
Elle redoute des suppressions d'emplois massives : « Ça va sauter dans tous les services ! ». Malgré les demandes répétées, la direction du groupe GBNA, propriétaire des deux cliniques, n'a pas apporté de précisions sur les mesures envisagées dans le cadre du plan de redressement, laissant le personnel dans l'incertitude la plus totale.



