Le revers caché des traitements miracles contre l'obésité
Dans l'univers médical, les médicaments de la classe GLP-1, commercialisés sous les noms d'Ozempic, Wegovy, Mounjaro et Zepbound, sont présentés comme des solutions révolutionnaires contre le surpoids et le diabète. Ils permettent une perte de poids significative et améliorent les bilans de santé. Pourtant, un phénomène inquiétant émerge chez certains patients : une disparition progressive de la capacité à ressentir du plaisir, transformant la vie en une expérience qualifiée de « bof ». Sur Internet, ce symptôme a déjà trouvé son nom : la « personnalité Ozempic ».
Des témoignages troublants sur les réseaux sociaux
Korrie Stevenson, 51 ans et mère de deux enfants, partage son expérience sous traitement. Elle décrit comment ses émotions se sont éteintes progressivement, au point de ne plus voir ses factures ni payer son loyer. « Non pas par indifférence, mais parce que mon cerveau était incapable de gérer », explique-t-elle. En réduisant sa dose, elle a constaté un retour graduel de la joie, renforçant sa conviction que le traitement en était la cause.
Summer Kessel rapporte un témoignage similaire après plus de trois ans sous GLP-1, décrivant la disparition de toute motivation. Dans les colonnes du Washington Post, plusieurs patients affirment avoir perdu l'intérêt pour la nourriture, la lecture, la musique, la danse, le jardinage, et même les relations sociales ou sexuelles. Le Dr Spencer Nadolsky, spécialiste de l'obésité et personnalité d'Internet, confie entendre ces récits depuis un an et demi. « Au bout d'un moment, cela ne me semblait plus être une coïncidence », résume-t-il.
La piste de la dopamine en question
Les chercheurs tentent de comprendre si les médicaments GLP-1 affectent la sécrétion de dopamine, souvent appelée la « molécule du plaisir ». Des observations préliminaires chez certains patients révèlent une diminution de l'activité des régions cérébrales associées à cette neurotransmetteur. Areesha Moiz, chercheuse au centre d'épidémiologie clinique de l'Institut de recherche médicale de Montréal, explique : « Les agonistes du GLP-1 réduisent l'appétit, mais aussi la récompense de l'expérience. Ils calment l'envie de manger, de boire, ou de consommer du tabac. »
Toutefois, il est impossible de déterminer si cet effet provient directement du médicament sur le système de récompense. « Les travaux sont très préliminaires », insiste Areesha Moiz. Le phénomène pourrait également être psychosomatique, lié à une perte de poids rapide qui remodèle l'identité, les habitudes et les réactions sociales, ou résulter d'une combinaison variable des deux facteurs.
Des études contradictoires sur les effets psychologiques
D'un autre côté, la science semble parfois prouver le contraire. Une vaste étude publiée en avril dans The Lancet, portant sur 95 000 personnes, a observé une association entre le sémaglutide (principe actif d'Ozempic et Wegovy) et une réduction des troubles dépressifs et anxieux, des comportements d'automutilation, et de l'usage de substances chez des patients diabétiques ou obèses.
Une autre recherche, publiée en mars dans le BMJ, indique qu'un large éventail d'agonistes du GLP-1, incluant le sémaglutide et le tirzépatide (présent dans Mounjaro et Zepbound), étaient associés à une baisse du risque de décès liés aux substances, ainsi qu'à une réduction des surdoses et des hospitalisations liées aux drogues. Cette analyse repose sur les données du département des Anciens Combattants des États-Unis, couvrant environ 606 000 patients.
Des travaux sur des animaux montrent des réactions plurielles : chez certains rongeurs, la réponse dopaminergique diminue, tandis que chez d'autres, elle est paradoxalement amplifiée, accélérant la sensation de satiété.
Prudence face à des conclusions hâtives
Il est donc précipité d'attribuer cet aplatissement émotionnel uniquement à la prise de GLP-1. L'entreprise pharmaceutique Novo Nordisk assure au Washington Post que « l'anhédonie ne figure actuellement pas parmi les effets indésirables ni les mises en garde », et rappelle que la sécurité est sa priorité absolue. Eli Lilly, de son côté, déclare ne disposer « d'aucune donnée à communiquer concernant l'anhédonie ».
En résumé, bien que les médicaments GLP-1 offrent des bénéfices indéniables pour la santé, leur impact sur le bien-être émotionnel mérite une attention accrue. Les patients et les professionnels de santé doivent rester vigilants face à ces signaux émergents, tout en attendant des recherches plus approfondies pour clarifier ce phénomène complexe.



