Fanny Michaëlis : le choc d’une moquerie dans la rue après un AVC
Dans sa chronique intitulée « Hémiplévie », la journaliste et écrivaine Isabelle Monnin, victime d’un accident vasculaire cérébral (AVC) en mars 2023, partage chaque semaine son parcours pour apprivoiser une nouvelle existence avec un corps « à moitié fichu ». Cette semaine, elle revient sur une expérience aussi inattendue que choquante : croiser le chemin d’un enfant moqueur dans la rue, un moment qui a profondément marqué sa perception du handicap.
Une rencontre inattendue et blessante
Isabelle Monnin décrit comment, alors qu’elle attendait son mari Nicolas devant une boulangerie de Seine-Saint-Denis, un enfant s’est moqué d’elle. Elle explique : « Il avait une tête à s’appeler Petit Con, j’aurais dû me méfier. Au lieu de quoi je lui ai souri, comme une idiote. » Depuis son AVC, qui l’a laissée hémiplégique, elle se sent souvent obligée de paraître aimable et sympathique, cherchant à donner une bonne image de la communauté des personnes handicapées qu’elle a récemment intégrée.
Elle regrette de ne pas avoir saisi l’occasion pour improviser une leçon cinglante à cet enfant, qu’elle perçoit comme ayant une allure de « pauvre type ». Cet incident souligne la vulnérabilité accrue qu’elle ressent dans l’espace public, où son fauteuil roulant la place dans une position délicate entre la bienveillance et le rejet.
L’adaptation à un nouveau mode de vie
Isabelle Monnin et son mari ont dû quitter Paris pour s’installer en Seine-Saint-Denis, trouvant un logement adapté à son handicap moteur, équipé d’un ascenseur. Assise dans son fauteuil roulant, engoncée dans sa parka d’hiver, elle attendait devant la boulangerie, une situation qu’elle n’appréciait guère. La boulangerie était trop petite ou encombrée pour accueillir son fauteuil, la forçant à rester à l’extérieur.
Elle confie : « Depuis que je ne pouvais plus sortir sans ce nouvel accessoire, je me sentais souvent de trop. » Cette sensation d’être une occupante encombrante de l’espace public est renforcée par les réactions contrastées des passants. D’un côté, elle rencontre de la gentillesse, voire de la sur-gentillesse, avec des inconnus qui la saluent et proposent leur aide. De l’autre, elle perçoit l’impatience de ceux pour qui son fauteuil représente un obstacle potentiel, comme si elle gênait sans le vouloir.
Les réactions au handicap dans la société
Isabelle Monnin analyse comment son fauteuil roulant provoque deux types de réactions dans l’espace public. Elle note : « Le fauteuil provoque deux sortes de réactions : d’un côté, la gentillesse, parfois la sur-gentillesse, avec des inconnus qui me saluent et proposent leur aide. Et, de l’autre, ceux, speed, pour qui l’on devine que l’engin constitue un obstacle en puissance. »
Cette dualité reflète les défis auxquels font face les personnes handicapées au quotidien, entre inclusion et stigmatisation. L’incident avec l’enfant moqueur illustre le plaisir de la cruauté que certains peuvent ressentir, ajoutant une couche de difficulté à son adaptation. Isabelle Monnin continue de partager son histoire pour sensibiliser aux réalités du handicap post-AVC, espérant favoriser une meilleure compréhension et empathie dans la société.



