Un enfant expulse 300 cailloux : le pica révèle des cas médicaux exceptionnels
Enfant expulse 300 cailloux : le pica, un danger méconnu

Un cas pédiatrique exceptionnel en Inde

C’est l’histoire d’un enfant de trois ans qui refuse de manger, se plaint de maux de ventre et souffre de constipation depuis cinq jours. Ses parents, inquiets, ne relèvent aucun signe alarmant initial : pas de vomissements, pas de sang dans les selles, pas de fièvre au départ. Rien ne laisse présager la gravité de la situation que les médecins vont découvrir. Derrière ces symptômes apparemment anodins se cache un cas médical rare, rapporté en février 2025 par des chirurgiens indiens dans la revue Acta Scientific Gastrointestinal Disorders.

Le pica : un comportement à risque

Le petit garçon, vivant en milieu rural près de Bangalore, a développé depuis l’âge de deux ans l’habitude de manger de la terre, des graviers et de petites pierres. Ce comportement, appelé pica, désigne l’ingestion répétée de substances non comestibles. À l’examen, son abdomen est légèrement distendu et douloureux, avec des masses palpables des deux côtés. Plus troublant, des graviers sont détectables au toucher rectal. La radiographie révèle l’ampleur du problème : des centaines de petits objets radio-opaques remplissent tout le côlon, du cæcum jusqu’au rectum, formant un lithobézoard colique, une accumulation massive de pierres dans le tube digestif, extrêmement rare.

Une prise en charge conservatrice réussie

Une proctoscopie confirme que le rectum est densément rempli de graviers, provoquant un œdème et de petites ulcérations de la muqueuse. Les chirurgiens tentent d’abord une évacuation par lavements, qui permet de déloger une partie des pierres. Cependant, l’abdomen reste distendu. Une échographie montre un côlon et un rectum très dilatés. Lors d’une coloscopie, les médecins observent des graviers disséminés le long de la muqueuse colique, avec des amas importants dans le côlon ascendant et descendant. Plutôt que d’opter pour une intervention chirurgicale, l’équipe choisit une prise en charge conservatrice. L’enfant reçoit des antibiotiques, des laxatifs par voie orale et des lavements répétés, permettant l’évacuation progressive des pierres.

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En cinq à six jours, plus de 300 cailloux, d’un poids total d’environ un kilo et demi, sont éliminés. La plus grosse pierre mesure 2,9 cm × 1,7 cm. L’appétit revient, les douleurs cessent, et le garçon peut rentrer chez lui dans un état stable. Une coloscopie de contrôle, réalisée une semaine plus tard, confirme la guérison : aucun gravier ne reste dans le côlon. Elle révèle toutefois la présence de vers intestinaux, traités par un vermifuge. Lors du suivi, aucun signe de reprise de pica n’est observé.

D’autres cas illustrent la diversité des risques

Ce cas spectaculaire n’est pas isolé. Treize ans plus tôt, une autre équipe indienne avait rapporté dans l’Asian Journal of Surgery une situation similaire chez un garçon de dix ans. Admis pour constipation persistante et distension abdominale, il présentait un retard de développement et des troubles du comportement, avec ingestion de terre et de graviers depuis l’âge d’un an. Les pierres s’étaient accumulées pendant près d’un an dans tout le côlon. Les médecins ont utilisé des coloscopies répétées pour retirer les graviers avec des sondes « panier », associées à des antibiotiques et laxatifs. En moins d’une semaine, l’évolution était favorable, avec disparition des graviers et retour de l’appétit. Une évaluation psychiatrique a révélé un trouble oppositionnel et un retard intellectuel léger, nécessitant un suivi pour prévenir les récidives.

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Des complications graves chez les très jeunes enfants

Un cas australien, publié dans Pediatric Emergency Care en 2007, souligne que l’évolution peut être plus sévère chez les très jeunes enfants. Un garçon de seize mois, admis pour vomissements et fièvre, présentait une douleur abdominale marquée. L’échographie a fait hésiter entre une appendicite et un diverticule de Meckel inflammatoire. Sous anesthésie, les chirurgiens ont découvert une perforation de l’iléon due à des graviers gris métallisés, nécessitant une résection intestinale et une appendicectomie. L’enfant a récupéré rapidement, et l’origine des graviers a été identifiée : il jouait sur une allée recouverte de cailloux. Ce cas rappelle qu’un objet non tranchant peut provoquer des complications graves avec un tableau clinique trompeur.

Un cas chez une personne âgée sans symptômes

À l’opposé, un cas rapporté dans le Journal of the Belgian Society of Radiology en 2011 par des chirurgiens irlandais concerne une patiente de 87 ans. Opérée huit ans plus tôt d’une diverticulite, elle présentait lors d’un scanner un objet sphérique hyperdense dans l’iléon, mesurant 1,4 cm de diamètre. Aucun symptôme n’était présent. Quarante jours plus tard, une bille en verre a été retrouvée dans sa poche de stomie, éliminée spontanément après au moins deux mois dans l’intestin sans provoquer de troubles. Ce cas montre que le tube digestif peut parfois tolérer des corps étrangers sans symptômes.

Conclusion : vigilance et prise en charge adaptée

Ces quatre cas cliniques illustrent que l’ingestion de graviers et de cailloux, souvent liée au pica, peut rester silencieuse pendant des mois, entraînant des accumulations massives, des perforations intestinales ou, à l’inverse, passer inaperçue. Ils rappellent que derrière des signes digestifs banals peuvent se cacher des situations exceptionnelles, nécessitant une vigilance accrue et des approches thérapeutiques variées, allant de la prise en charge conservatrice à la chirurgie en cas de complications.