La désinformation en santé, un fléau numérique qui touche massivement les jeunes
À l'ère du tout numérique, les Français n'ont jamais été autant confrontés à la désinformation. Selon une enquête récente de l'Insee, 56% des internautes et 77% des jeunes âgés de 15 à 24 ans ont été exposés à au moins une fake news – une fausse information – au cours des trois derniers mois de l'année 2023. Cette situation alarmante révèle l'ampleur d'un phénomène qui s'est considérablement amplifié avec le développement des réseaux sociaux et des technologies numériques.
La santé et la science, principales cibles des contenus trompeurs
Une grande partie de ces contenus trompeurs concerne spécifiquement les domaines de la santé et de la science. Les sujets les plus fréquemment manipulés incluent les maladies, les cancers, les vaccins, l'alimentation, la santé mentale et les pratiques médicales non validées. Nicolas Emmanuelli, responsable du service communication, science et société à l'Inserm en région Provence-Alpes-Côte d'Azur et en Corse, témoigne : « Depuis la pandémie de Covid-19, nous avons été confrontés à l'apparition de nombreuses rumeurs concernant les vaccins à ARN messager, ainsi qu'à des interprétations erronées d'études scientifiques diffusées massivement sur les réseaux sociaux. »
Le développement rapide de l'intelligence artificielle complique encore la situation, car les contenus trompeurs gagnent en réalisme et en sophistication. Or, la population française demeure insuffisamment formée pour détecter et résister efficacement à cette problématique complexe. Cette lacune éducative représente un véritable défi pour les autorités sanitaires et les institutions scientifiques.
Une réponse gouvernementale systémique et déterminée
Face à cette désinformation qualifiée de « massive » et qui met parfois « en péril » la santé publique, le gouvernement a annoncé le lundi 12 janvier une stratégie nationale de lutte contre ce fléau numérique. Stéphanie Rist, ministre de la Santé, a déclaré lors d'une conférence de presse : « La désinformation en santé est aujourd'hui l'un des principaux risques pour notre santé publique. Quand les fausses informations circulent plus vite que la science, ce sont les plus fragiles qui en paient le prix fort. Et face à cela, l'État ne peut ni se taire ni se contenter de réagir coup après coup. C'est pourquoi, aujourd'hui, nous changeons de méthode. »
Historiquement, la désinformation scientifique existait mais demeurait marginale, avec des théories comme celle de la Terre plate ou des chemtrails répandus par les avions. La pandémie de Covid-19 a constitué un tournant décisif, alertant les autorités sanitaires sur l'urgence de la situation. Nicolas Emmanuelli explique : « Nous avons dû rapidement élaborer des éléments de langage afin de répondre scientifiquement, avec une expertise rigoureuse, constatant qu'une instrumentalisation s'opérait dans le secteur médical. »
La ministre de la Santé insiste sur la nécessité d'une approche globale : « Le phénomène, loin d'être marginal, s'enracine dans notre quotidien numérique et appelle une réponse systémique, transversale et déterminée. » Cette réponse passe essentiellement par l'éducation et la formation des citoyens, avec un accent particulier sur les jeunes générations.
Les bonnes pratiques pour identifier les fake news
Alors, comment réagir concrètement face à une fake news ? Pour Florence Molinari, chercheuse à l'Inserm au sein du laboratoire MMG (Marseille Medical Genetics) et chargée de communication à la délégation régionale Inserm Provence-Alpes-Côte d'Azur et Corse, la réponse tient en trois mots : « vérifier la source ». Comme pour les informations traditionnelles, la meilleure technique consiste systématiquement à croiser les sources.
La scientifique détaille la méthode : « On commence par s'assurer du parcours et de la crédibilité des auteurs des études. Ensuite, il est essentiel de consulter différentes sources fiables, émanant soit du gouvernement, soit de la presse reconnue, soit d'institutions scientifiques comme l'Inserm, qui joue un rôle prépondérant dans le domaine de la santé. Il faut ensuite vérifier que ces sources traitent effectivement de ces informations et examiner les arguments qu'elles avancent pour déterminer leur véracité. »
Des ateliers pédagogiques pour sensibiliser les jeunes
Récemment, en complément de leurs autres dispositifs de lutte contre la désinformation scientifique, Nicolas Emmanuelli et Florence Molinari ont mis en place un atelier dédié spécifiquement aux fake news, notamment à destination des jeunes, ainsi qu'un guide pédagogique accessible aux collégiens et lycéens. Ces derniers demeurent les plus exposés et n'adoptent pas toujours les réflexes appropriés pour vérifier l'information.
Florence Molinari observe : « Ils ont parfois tendance à vérifier les informations, mais en recourant à ChatGPT. » Or, il est crucial de rappeler que ChatGPT n'est pas une source fiable en soi, car cet outil d'intelligence artificielle peut générer des contenus erronés ou trompeurs.
L'objectif de cet atelier est clair : « Sensibiliser les jeunes aux informations qui circulent sur Internet et leur transmettre les méthodes permettant de distinguer une information vérifiée d'une fausse information. » Pour ce faire, les chercheurs proposent des exercices pratiques autour de fake news célèbres, comme la fameuse idée reçue selon laquelle nous n'utiliserions notre cerveau qu'à 10% de son potentiel.
En attendant d'en savoir davantage sur le plan gouvernemental de lutte contre la désinformation médicale, il est possible d'assister à l'atelier organisé par Nicolas Emmanuelli et Florence Molinari à l'occasion de l'événement du Point, du 5 au 7 mars 2026 à Nice, intitulé Neuroplanète. Cette initiative concrète illustre l'engagement des scientifiques sur le terrain pour former les citoyens à l'esprit critique face à la désinformation numérique.



