Déserts médicaux en Lozère : une adaptation forcée des populations rurales
Dans le cadre des Municipales 2026, Midi Libre s'est rendu en Lozère pour enquêter sur les déserts médicaux, une préoccupation majeure des administrés. Châteauneuf-de-Randon, commune de 516 habitants, illustre cette lutte quotidienne où les habitants s'en remettent souvent aux maires pour pallier les carences du système de santé.
Témoignages poignants des professionnels de santé
Anne-Marie Chaurant, infirmière de 62 ans, a consacré toute sa carrière à Châteauneuf-de-Randon. "Quand j'ai eu le diplôme d'aide-soignante, je voulais partir à l'étranger avec la Croix-Rouge. On m'a proposé un poste à l'IMP, et je suis devenue infirmière ici", raconte-t-elle. Elle travaille aujourd'hui dans un centre de soins infirmiers atypique, où neuf infirmières fonctionnent comme des libérales mais sont payées par la commune via le CCAS. "C'est unique en France, non ?", s'interroge-t-elle.
Marina Vigne, 25 ans, la benjamine de l'équipe, a étudié à Mende. Elle souligne que les médecins "qui venaient d'ailleurs ne sont pas restés", insistant sur la nécessité d'avoir des attaches locales pour s'installer durablement. Henriette Devèze est revenue au pays après dix ans d'intérim et un début de carrière en Suisse et à Paris, tandis que Sandra Coutarel, originaire de Grandrieu, habite désormais Langogne.
Une pharmacie innovante face à l'isolement
Anna Camisullis, pharmacienne, participe à un dispositif expérimental poussé par l'agence régionale de santé. "Je ne voulais pas travailler dans le stress, je voulais un poste à la campagne", explique-t-elle. La pharmacie Du Guesclin, inaugurée en août par Yannick Neuder, alors ministre de la Santé, est une antenne ouverte trois jours par semaine, dépendant de la pharmacie de Bagnols-les-Bains, située à vingt kilomètres. Malgré cette innovation, Anna Camisullis déplore : "C'est bien qu'ils aient la pharmacie, mais est-ce qu'elle pourra tenir sans médecin ? On reste un désert médical."
L'adaptation des habitants : une réalité douloureuse
Sandra Coutarel observe que "les gens sont tellement dans la mouise qu'ils se sont adaptés". Les résidents doivent souvent se déplacer à Grandrieu, Langogne, Mende ou Badaroux pour trouver un médecin traitant, ou recourir au MobiSanté, un service itinérant qui passe deux jours par mois. Le Dr Durand, médecin retraité participant à ce dispositif, note : "Des gens n'ont pas vu de médecin depuis plus d'un an. Heureusement que vous êtes là", lui disent des patients.
Anne-Marie Chaurant ajoute que 70% à 80% des patients souffrent de cancers, de diabète ou de maladies chroniques. "Ils me demandent chaque fois 'C'est quand qu'on a un médecin ?' Mais au final, ils ne se débrouillent pas si mal que ça", constate-t-elle. À deux mois de la retraite, elle affirme n'avoir aucun regret : "Je suis heureuse d'avoir bossé ici".
Des défis persistants pour les collectivités locales
Les maires, comme celui de Châteauneuf-de-Randon, font ce qu'ils peuvent, mais le manque de professionnels de santé persiste. "Il y a personne, les jeunes ne s'installent pas", résume un témoin. Cette situation met en lumière les inégalités territoriales et la nécessité de politiques publiques adaptées pour les zones rurales isolées.



