Mont-de-Marsan relance le don de plasma, un enjeu stratégique pour la santé publique
Dans la Maison du don de Mont-de-Marsan, une atmosphère calme et concentrée règne. Des bips réguliers, des tuyaux translucides qui se colorent de rouge sous l'œil attentif des soignants. On parle à voix basse, on propose un verre d'eau, un café. Ici, rien de spectaculaire, juste des gestes précis, répétés, et cette impression partagée de participer, chacun à sa place, à quelque chose d'essentiel. L'Établissement français du sang (EFS) a relancé le don de plasma sur ce site, un enjeu stratégique de santé publique alors que la France reste largement dépendante de l'étranger pour fabriquer des médicaments vitaux.
Une activité retrouvée après six ans d'interruption
Dans la salle de prélèvement, le décor est sobre. Six lits permettent d'accueillir simultanément les donneurs. Depuis le 19 janvier, ces fauteuils ont retrouvé une activité particulière : celle du don de plasma, relancé après plus de six ans d'interruption. Chaque jour d'ouverture, une dizaine de créneaux est proposée pour chacun, ajustée en fonction des besoins. À Mont-de-Marsan, environ 30 personnes franchissent ainsi la porte à chaque journée de collecte.
« On peut venir ici pour trois types de dons, explique le docteur Vincent-Dozhwal Bagot, 38 ans, médecin responsable des prélèvements sur le bassin des Landes pour l'EFS. Le don de sang dure une dizaine de minutes, le plasma entre quarante et cinquante minutes selon le sexe et le poids, et environ une heure pour les plaquettes. »
Le plasma, un or liquide aux multiples usages thérapeutiques
Le plasma est la partie liquide du sang qui permet de transporter les cellules sanguines. Grâce aux protéines et anticorps qu'il contient, il permet de soigner des pathologies très différentes. Chaque année, environ 500 000 personnes en bénéficient, notamment pour des maladies rares comme le syndrome de Guillain-Barré. Il sert aussi à produire de l'albumine, utilisée lors des réanimations, ou pour les personnes hémophiles afin d'améliorer leur coagulation. C'est également à partir de ce plasma que l'on produit les immunoglobulines.
La demande pour ces traitements augmente de 8 % chaque année, notamment chez les patients immunodéprimés ou sous traitements lourds comme les cancers. Il faut environ 310 dons de plasma pour fabriquer un médicament pour une seule personne. « C'est de l'or liquide », souligne le docteur Bagot.
Un processus de prélèvement minutieux et éthique
Lors d'un don, le donneur est installé confortablement pour une durée d'environ trois quarts d'heure. Une fois la piqûre effectuée, le sang circule jusqu'à une petite turbine au sommet de la machine. Un liquide translucide en ressort : c'est le plasma. Le filtre le sépare du reste du sang, et les globules rouges sont renvoyés dans le corps par le même circuit, avec environ dix allers-retours par heure.
Le plasma collecté est ensuite centralisé à Bordeaux avant d'être transformé dans l'un des sites du Laboratoire français du fractionnement et des biotechnologies (LFB). Il peut être conservé jusqu'à trois ans, même congelé. « En France, le don est anonyme, volontaire et gratuit. Il y a une éthique à laquelle on tient absolument pour garantir la sécurité du produit », insiste Valérie, une infirmière sur place.
Vers une autonomie médicale : un défi national
Aujourd'hui, la France reste dépendante de l'étranger pour son approvisionnement en plasma. « Nous ne sommes autonomes qu'à 30 %. L'objectif est d'atteindre 100 % pour ne plus dépendre de pays comme les États-Unis, où le don est rémunéré », explique le docteur Bagot. Aux États-Unis, certains donneurs peuvent toucher jusqu'à 800 dollars par mois, ce qui peut inciter à mentir sur son état de santé, contrairement au modèle français basé sur le volontariat et la gratuité.
À Mont-de-Marsan, l'objectif est de collecter 750 poches de plasma par an, mais le docteur Bagot aimerait viser 3 000. « Nous avons deux machines. Si les donneurs sont au rendez-vous, nous pouvons y parvenir. Plus vite nous collecterons, plus vite nous atteindrons les objectifs nationaux », espère-t-il.
Témoignage d'un donneur : une motivation familiale
Gérémy, 39 ans, travaille à la BA 118 et vient pour la deuxième fois. Il a trouvé sa motivation dans l'histoire familiale. « Quand j'ai perdu mon grand-père, j'ai retrouvé toute une série de médailles, dont une pour le don du sang. C'est là que je me suis dit qu'il fallait que je donne moi aussi. Le corps humain est fait pour se renouveler. Je le fais pour ceux qui n'ont pas la chance de le faire. Et, en plus, on est toujours bien reçu ici. »
La Maison du don de Mont-de-Marsan est ouverte les lundis, jeudis et vendredis, ainsi qu'un samedi sur deux. Les horaires sont adaptés pour faciliter la participation. Un autre site existe à Dax, et la prise de rendez-vous est conseillée en ligne. Cette relance du don de plasma représente un défi crucial pour renforcer l'autonomie médicale de la France et répondre aux besoins croissants en traitements vitaux.



