Diabète : près d'un patient sur deux touché par des troubles sexuels
Diabète : près d'un patient sur deux touché par des troubles sexuels

Près de la moitié des 4,4 millions de personnes diabétiques en France seront confrontées, au cours de leur vie, à une complication affectant leur vie affective ou sexuelle, selon la Fédération française des diabétiques. Troubles érectiles, sécheresse vaginale, baisse des sensations : ces conséquences, moins connues que la baisse de la vision ou l'atteinte rénale, restent pourtant fréquentes et souvent tues.

Des complications liées à l'excès de sucre dans le sang

Caractérisé par un excès de sucre dans le sang, le diabète fragilise progressivement les vaisseaux sanguins et les nerfs. Chez l'homme, le trouble le plus fréquent est la dysfonction érectile. « Le diabète peut abîmer les petits vaisseaux et les nerfs responsables de l'érection, explique l'endocrinologue Emmanuelle Lecornet-Sokol. Plus la maladie est ancienne, plus le risque est important. »

Le diabète est aussi un facteur de risque de la maladie de La Peyronie. « L'hyperglycémie chronique peut donner lieu à une fibrose des corps caverneux du pénis et créer une courbure de la verge », souligne l'ancienne présidente de la Fédération nationale des endocrinologues libéraux (Fenarediam). Le diabète de type 2, souvent associé au surpoids, peut s'accompagner d'une baisse du taux de testostérone, susceptible d'entraîner une diminution de la libido et des troubles de l'érection.

Côté femmes : sécheresse vaginale et mycoses

Chez les femmes, la sécheresse vaginale touche deux fois plus celles vivant avec un diabète, selon la Fédération française des diabétiques. « Cette sécheresse peut favoriser l'apparition de douleurs lors des rapports sexuels et diminuer le plaisir », constate la médecin. Les mycoses, aggravées par un excès de sucre, augmentent le risque d'infection en cas de diabète déséquilibré.

« Les atteintes neurologiques peuvent diminuer la sensibilité en général et donc sur les zones érogènes, ce qui va engendrer une baisse du plaisir », poursuit Emma Puech-Hélin, sexologue et pharmacienne de formation.

Un aspect psychologique et pratique souvent négligé

Les difficultés sexuelles ont parfois une origine pratique et psychologique. Le cathéter de la pompe à insuline collé sur le ventre ou le capteur de glycémie sur le bras peuvent gêner dans l'intimité. « Si la pompe émet une alarme car elle est défectueuse, cela peut couper l'élan, illustre la docteure Lecornet-Sokol. Certains peuvent aussi être bloqués à la suite de remarques de partenaires. »

Comment gérer une hypoglycémie dans l'intimité ? Comment expliquer ses symptômes ? « Ces pensées parasites peuvent créer une anxiété anticipatoire, appuie la sexologue Emma Puech-Hélin. En autovigilance, on est moins connecté à soi et les sensations seront amoindries. » Se percevoir comme malade peut aussi être « désérotisant ». « De nombreux patients ont une estime d'eux-mêmes malmenée et un rapport à leur corps compliqué », remarque la sexologue.

Une prise en charge précoce et des solutions existantes

« Plus le diabète est pris en charge tôt et correctement, plus les risques de complication, notamment sur la sexualité, diminuent, rappelle la médecin. Mais certaines personnes, même avec un diabète contrôlé, sont plus vulnérables que d'autres. » D'autres facteurs, comme le tabagisme ou l'obésité, jouent également sur la survenue de troubles sexuels. « Beaucoup ne font pas le rapprochement entre leurs symptômes et leur diabète », constate Emma Puech-Hélin.

Bien qu'évoquer la question avec son médecin puisse s'avérer délicat, « il ne faut pas hésiter à en parler », insiste la docteure Lecornet-Sokol. Car des solutions existent. « L'amélioration du mode de vie, avec un rééquilibrage alimentaire et une activité physique, en particulier le renforcement musculaire, est souvent efficace », assure l'endocrinologue. Des traitements peuvent aussi être prescrits : des médicaments comme le Viagra pour lutter contre les troubles érectiles ou de la testostérone en gel ou en injection en cas d'insuffisance de cette hormone. Chez les femmes, un lubrifiant peut aider à réduire l'inconfort lié à une sécheresse vaginale. Plus globalement, afin de retrouver un rapport apaisé à son corps et à sa sexualité, une prise en charge thérapeutique, notamment avec un sexologue, est parfois recommandée.