Stéphane Demorand : une approche novatrice pour apaiser les angoisses liées à la douleur
Arthrose, hernie discale, fissure méniscale. Dans son cabinet, Stéphane Demorand accueille régulièrement des patients arrivant avec leurs radios sous le bras et le moral au plus bas. Les comptes rendus médicaux évoquent souvent des termes inquiétants comme « usure » ou « lésion », alimentant la peur et l'appréhension pour l'avenir. Ce kinésithérapeute et chroniqueur santé au Point consacre depuis des années son énergie à déminer ces angoisses profondément ancrées.
L'effet nocebo : quand l'imagerie médicale génère de l'inquiétude
La prescription trop systématique d'examens d'imagerie n'est pas sans conséquences néfastes. Elle fabrique de l'inquiétude, installe un doute persistant qui s'enracine progressivement. C'est ce que les spécialistes appellent l'effet nocebo. « Au lieu de s'améliorer grâce à des attentes positives, les symptômes s'aggravent sous l'effet de prédictions négatives. Dans l'immense majorité des cas, le lien supposé entre les résultats de l'imagerie et la douleur ressentie est erroné », explique Stéphane Demorand. La personne concernée adopte alors une attitude de protection excessive, bouge moins, redoute l'effort. Et la douleur finit par s'installer durablement, devenant une habitude tenace.
Déconstruire les idées reçues sur le corps humain
Dans son ouvrage Et si vous preniez soin de vous ? (Plon, 2026), Demorand démonte un faisceau d'idées reçues bien ancrées dans l'imaginaire collectif :
- Le repos guérit tout
- Le sport use irrémédiablement les articulations
- L'arthrose représente une fatalité inéluctable
Contre ces sentences hâtives, l'auteur propose un déplacement radical du regard : le corps humain est avant tout un organisme adaptatif. Il possède une capacité remarquable à se transformer, à s'ajuster, pour peu qu'on lui en donne les moyens appropriés.
Un parcours professionnel marqué par la curiosité intellectuelle
Le livre s'ouvre sur un souvenir d'enfance poignant : un père plié par la douleur, le dos formant un « S » inquiétant. Puis viennent des mains expertes qui le manipulent avec précision. Le père ressort de cette séance « redressé comme par miracle ». L'enfant observe, fasciné. Ce geste thérapeutique dessine alors une vocation naissante. Le kinésithérapeute paternel devient un mentor inspirant. « Toute sa carrière, il n'a cessé d'explorer de nouveaux champs de traitement », souligne Demorand.
Le futur kinésithérapeute suivra cette ligne directrice, accumulant formations et diplômes avec une curiosité insatiable. Il explore avec passion les thérapies manuelles, la nutrition, le droit de la santé, démontrant l'appétit de ceux qui comprennent que le corps humain représente un territoire dont on n'achève jamais le relevé cartographique complet.
Une structure pédagogique en deux piliers fondamentaux
L'ouvrage s'articule autour de deux piliers structurants : « Soigner d'abord » et « Se faire du bien ensuite ». Chaque chapitre commence par la présentation d'un visage, d'une histoire personnelle. Jean-Philippe, avocat sportif promis à la prothèse. Lucy, persuadée que la malédiction familiale s'est abattue sur ses cervicales fragiles. L'idée reçue est systématiquement remise en cause, la science intervient avec des explications claires, puis viennent des exercices concrets, illustrés avec talent par Claire Painchaud.
Le corps comme un jardin à cultiver avec bienveillance
Le lecteur sait constamment où il va. Guidé, rassuré, outillé concrètement. « Ces clés sont à portée de main », une formule qui rend au patient sa puissance d'agir, pour vivre plus heureux, moins stressé, véritablement autonome. Passer « de la douleur à la douceur » ne constitue pas un simple slogan marketing. C'est comprendre profondément que le corps représente un jardin à cultiver avec attention :
- L'alimentation d'abord, rempart essentiel contre l'inflammation, à ajuster judicieusement selon les saisons de la vie
- Le sommeil ensuite, trop souvent négligé dans nos sociétés modernes
- La vie sociale, car l'isolement, lui aussi, génère sa propre forme de douleur
- L'activité physique au cœur de tout, non l'exploit tapageur, mais le mouvement humble et quotidien, celui qui renforce le muscle et apaise l'esprit simultanément
Une approche rigoureusement scientifique mais profondément humaine
« Curieux, et naturellement insatisfait », Demorand ne possède qu'une seule boussole fiable : la science. Chaque conseil proposé découle « d'une médecine fondée sur les preuves ». Cette approche repose solidement « sur trois piliers indissociables : les données scientifiques validées, l'expertise du soignant et l'adhésion éclairée du patient ».
Mais, et c'est là tout l'art subtil du livre, cette rigueur scientifique ne se transforme jamais en froideur clinique. Elle constitue l'armature rassurante d'un discours chaleureux et accessible. On sent derrière ces pages l'expérience riche d'un praticien qui a passé des années à écouter attentivement les douleurs des autres, à observer la mécanique humaine se gripper, rouiller, puis se réinventer avec résilience.
Transmettre avec humour et anecdotes significatives
Stéphane Demorand écrit avant tout pour transmettre un savoir utile. Et dans cette transmission précieuse, il glisse avec habileté un humour discret, un sourire en coin, des anecdotes parlantes. « À l'été 2024, j'ai observé ce que j'ai appelé une épidémie de lumbagos : le président Macron venait de dissoudre l'Assemblée nationale », relate-t-il avec une pointe d'ironie.
Le livre s'achève sur la question cruciale de la longévité en bonne santé. L'auteur rappelle avec force que la force musculaire constitue notre réserve précieuse de liberté. La santé à 80 ans se prépare activement dès 30 ou 40 ans. L'ouvrage invite à un compagnonnage bienveillant avec soi-même, à observer son corps sans panique excessive ni mépris, avec attention, patience et bienveillance constante. Le plus difficile sera simplement de s'y mettre concrètement. Mais chaque pas, même modeste, compte véritablement.
Quelques vérités scientifiques méconnues
L'arthrose n'est pas une fatalité inéluctable. Elle résulte de l'usure naturelle du cartilage, sensible au vieillissement, au surpoids ou à certaines contraintes physiques particulières. Comme les rides sur le visage, elle apparaît chez presque tout le monde avec l'âge, mais ne provoque pas forcément de douleur significative. Les recherches récentes démontrent clairement que l'inactivité physique représente le principal facteur de risque aggravant : moins on sollicite ses articulations régulièrement, plus le cartilage s'amincit progressivement.
Ma vertèbre s'est déplacée : une croyance erronée. Les vertèbres sont solidement maintenues par des ligaments puissants : elles ne peuvent pas se déplacer spontanément, sauf lors d'un traumatisme violent, ce qui constitue alors une urgence médicale absolue. La sensation de blocage lors d'un lumbago provient en réalité d'une contracture musculaire intense. La vertèbre n'a jamais été déplacée ni remise en place magiquement : c'est le relâchement progressif des muscles contractés qui soulage efficacement la douleur.
Douleurs articulaires et conditions météorologiques. Les douleurs articulaires peuvent effectivement augmenter d'environ 20 % lors de certaines conditions météo spécifiques : humidité élevée, vents forts et basses pressions atmosphériques. En revanche, la pluie seule n'est pas directement responsable. L'hypothèse selon laquelle la diminution des douleurs par beau temps serait due à une meilleure humeur, à une sécrétion accrue de sérotonine ou à une activité physique plus importante a été scientifiquement écartée par les recherches récentes.



