Montpellier : le robot Da Vinci 5 révolutionne la chirurgie du cancer colorectal
Da Vinci 5 : la révolution robotique à Montpellier

Le robot Da Vinci 5 fait son entrée à l'Institut du cancer de Montpellier

Derrière la porte du bloc opératoire numéro 6, une double préparation est en cours sous la direction du professeur Philippe Rouanet, praticien hospitalier pionnier de la chirurgie robotique en Europe. D'un côté, le patient bénéficie d'une attention particulière, de l'autre, le robot Da Vinci 5, dernière acquisition de l'Institut régional du cancer de Montpellier (ICM), est minutieusement configuré. Cet établissement français est le premier à utiliser ce nouveau modèle révolutionnaire dans l'Hexagone.

Une technologie américaine de pointe

La machine, dernière née de la société américaine Intuitive, équipe déjà près de 1 800 hôpitaux européens avec ses précédentes générations. Le Da Vinci 5 est équipé de quatre bras articulés extrêmement précis. Une tour abritant l'insufflateur, une caméra haute définition et un endoscope sophistiqué, ainsi que deux consoles disposées aux extrémités du bloc opératoire complètent ce dispositif médical d'exception, déjà déployé aux États-Unis depuis 2024.

Depuis son installation fin janvier à l'ICM – classé deuxième par Le Point pour la prise en charge du cancer du rectum – une trentaine d'interventions chirurgicales en oncologie ont déjà été réalisées avec succès grâce à cette technologie.

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"Je dispose désormais de trois mains"

Lors d'une intervention récente pour des polypes dégénérés au niveau du rectum, le professeur Rouanet explique : "Le cancer colorectal représente le troisième cancer le plus fréquent en France avec 45 000 nouveaux cas annuels, dont 15 000 cancers du rectum spécifiquement." Lorsque la tumeur n'est pas accessible par voie naturelle, les médecins ont recours à cette "pieuvre" robotisée, surnom affectueux donné au télémanipulateur.

Comme pour une cœlioscopie traditionnelle, des trocarts – tiges cylindriques creuses – sont placés sur l'abdomen du patient, créant une connexion physique avec la machine. Quatre trocarts sont généralement utilisés : un pour la caméra, les autres pour introduire les instruments chirurgicaux spécialisés comme les ciseaux, pinces, aspirateurs et fils de suture.

Après les premiers gestes préparatoires sur la table d'opération, le chirurgien prend place à deux mètres de distance, derrière une console ergonomique. "Pour opérer, je dispose désormais de trois mains", révèle le professeur Rouanet en positionnant ses doigts sur les manettes sensibles, son pied reposant sur une pédale permettant de zoomer et dézoomer dans l'image opératoire.

Immersion totale en 3D

À distance, complètement immergé dans un écran 3D haute résolution, le chirurgien progresse dans la zone à opérer tout en maintenant un contact vocal constant avec l'interne, les infirmières de bloc et l'anesthésiste restés près du patient. Une seconde console identique est disponible pour les étudiants en médecine ou les chirurgiens en formation, leur offrant la même immersion totale dans la procédure.

L'extraction de l'organe touché par la tumeur s'effectue après une incision manuelle minutieuse. Le chirurgien reprend ensuite les manettes pour réaliser l'anastomose – une étape cruciale qui permet de relier le rectum ou le tube digestif avant la pose du drain. Après trois heures et demie de chirurgie robotique, le dispositif est retiré pour les dernières sutures manuelles. "Rien ne remplace encore certains gestes fondamentaux du chirurgien", nuance prudemment Philippe Rouanet.

Une expertise reconnue

Le chef du service de chirurgie oncologique de l'ICM compte près de 3 000 opérations assistées par robot à son actif depuis 2012. Cinq autres chirurgiens de l'institut pratiquent également régulièrement avec le Da Vinci 5. Pour ce professionnel qui a connu toutes les évolutions avant l'arrivée de la chirurgie mini-invasive, ce dispositif représente "une autonomie complète du chirurgien, avec une vision extrêmement précise de la zone opératoire, significativement moins de saignements et des risques d'infection réduits".

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Les instruments robotisés suivent le mouvement exact des mains du chirurgien, sans le moindre tremblement, avec la possibilité d'interrompre la procédure et de la reprendre au millimètre près. "Le zoom est de X9 mais la magnification, c'est-à-dire l'amélioration de l'image, est multipliée par 10, ce qui signifie une vision très rapprochée d'une grande netteté", précise un expert de la société Intuitive, qui encadre l'utilisation et la formation des équipes de l'ICM.

Avantages significatifs pour les patients

Grâce à une cible apparaissant sur l'écran, le système indique la trajectoire optimale de l'outil introduit dans le trocart, "ce qui permet d'éviter d'abîmer les tissus sains environnants". Chez les patients masculins atteints de cancer du rectum ou de la prostate, "les nerfs des organes sexuels sont préservés là où, avec une chirurgie ouverte conventionnelle, ils pouvaient être endommagés ou sectionnés", souligne le professeur Rouanet.

Autre bénéfice majeur pour le patient selon Sylvie Lebrun, infirmière anesthésiste : "Le dispositif est moins douloureux car il suffit de mini-incisions pour prélever l'organe disséqué. Et comme l'instrument a un seul point de pivot, il exerce également moins de pression sur la paroi abdominale."

Études scientifiques et perspectives d'avenir

Coordonnée par l'ICM et menée auprès de plus de 1 000 patients, une étude européenne sur la chirurgie du rectum intitulée "Reset" a analysé les bénéfices de cette téléassistance robotique. Publiée en 2024, elle conclut que les techniques les moins invasives – laparoscopie, assistance par robot et approche transanale – présentent des résultats sensiblement similaires. Cependant, elle précise que la chirurgie assistée par robot a permis de traiter des cas plus avancés, avec davantage de conservation sphinctérienne et une résection de haute qualité dans plus de 95 % des cas.

Face à la table d'opération, les images du scanner du patient sont déjà affichées sur grand écran. "Bientôt, l'ordinateur puissant dont ce robot est équipé pourra intégrer ces données dans le champ opératoire en réalité augmentée", anticipe le professeur Rouanet. "J'aurai ainsi plus d'informations en temps réel pour encore mieux opérer, dans tous les domaines et pas seulement en oncologie."

Grâce à l'intelligence artificielle, le robot pourra également accéder à une banque de données exceptionnelle. "Dans une situation complexe, le chirurgien bénéficiera d'une aide en temps réel, car une IA bien entraînée peut connaître 5 000 opérations, quand le chirurgien n'en garde que 500 en mémoire", explique-t-il. Cette intégration d'images fixes puis mobiles est actuellement en cours de développement.

Enfin, cette technologie de pointe permettra à terme de relier des chirurgiens entre deux blocs opératoires distants de milliers de kilomètres, ouvrant la voie à la télémédecine chirurgicale à grande échelle.

Défis économiques

Les avantages médico-économiques de cette chirurgie robotique de pointe font encore l'objet d'études approfondies, notamment pour permettre une prise en charge spécifique par l'Assurance maladie. L'investissement initial pour le robot s'élève à près de 3 millions d'euros, et le surcoût de chaque intervention reste élevé pour l'établissement hospitalier, même si le patient bénéficie d'un remboursement standard.