Gironde : La nouvelle directrice de la CPAM face au défi colossal des dépenses de santé
La population vieillissante, les fraudes en tous genres, le contexte budgétaire hautement dégradé... Catherine Pelletier, nommée fin 2025 à la tête de la Caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Gironde, hérite d'une mission particulièrement ardue. Elle doit veiller au contrôle et à l'efficacité des dépenses de santé concernant pas moins de 1,70 million de Girondins, un enjeu national aux répercussions locales immédiates.
Une structure départementale sous pression
« Ici, je suis la cheffe d'à peu près 1 500 personnes quand même, c'est énorme », confie la directrice. Comme ses homologues partout en France, la structure départementale est confrontée à un impératif de modernisation et de rationalisation. Ceci dans un contexte marqué par le déficit budgétaire de l'État et une dette publique colossale. La CPAM girondine gère les prestations de 15 500 professionnels de santé et a remboursé 7,2 milliards d'euros en 2025.
« On informe, on accompagne, on contrôle et on sanctionne », appuie la responsable, qui fut pendant dix-huit ans à la tête des CPAM de Corrèze, de Haute-Vienne et du Loiret. Dans cette grande maison de la fonction publique, la rigueur est une vertu cardinale. « Ma pratique managériale est évaluée [en haut lieu, NDLR], précise Catherine Pelletier. De la même façon que j'évalue mes collaborateurs dans la maîtrise de leur fonction. »
La lutte contre les fraudes : une priorité absolue
Rembourser les frais de santé, garantir l'accès aux soins et indemniser les arrêts de travail constituent les missions fondamentales de l'Assurance maladie. Mais un souci quotidien s'est imposé avec force : « Il nous faut agir sur les déficits, un sujet devenu d'une importance majeure au fil des années ».
À cette fin, la loi a élargi les pouvoirs d'intervention de la CPAM, permettant de lancer des procédures contentieuses plus rapidement et plus efficacement. « On n'hésite plus aujourd'hui à aller jusqu'au pénal sur des dossiers vraiment emblématiques, fait valoir la directrice. Le numérique permet de contrôler plus vite les gens. » Une pression qui émeut certains syndicats de praticiens.
« Le médecin, qu'il le veuille ou non, est ordonnateur d'une dépense publique, répond Catherine Pelletier. Son activité est passée à la loupe. Cela crée de l'émoi, c'est inévitable mais les règles doivent être respectées. »
L'accès aux soins : un défi d'aujourd'hui, pas de demain
La désertification médicale est un sujet prégnant en Gironde comme ailleurs. Sur cette question, la directrice de la CPAM ne se défausse pas : « Il y a une inégalité majeure sur l'accès territorial aux soins. Ce n'est pas le défi de demain, c'est le défi d'aujourd'hui. »
La situation des médecins l'émeut particulièrement : « Ils ont des files actives de patients énormes. Le médecin vit en 2026, et non plus en 1980, il n'a pas envie de faire cinquante heures par semaine quand la semaine de travail fait trente-cinq heures. Je le comprends. » Elle précise toutefois que les questions de recrutement et de formation dépendent du ministère de la Santé et des Agences régionales de santé, et non des Caisses d'assurance maladie.
Pour garantir l'accès aux soins, la CPAM active différents leviers :
- La construction de maisons de santé pluriprofessionnelles
- Le changement des affectations des actes médicaux en sollicitant infirmiers et pharmaciens
- La promotion des bons gestes, comme appeler le 15 avant de se rendre aux urgences
« On soulage le médecin et on soulage les caisses parce que c'est un coût de 25 euros en moins par acte. Le médecin peut se concentrer sur la partie de son activité où il a la plus forte valeur ajoutée », explique-t-elle en prenant l'exemple de la vaccination contre le Covid.
La réduction des effectifs : une évolution inéluctable
La volonté de réduire les effectifs de la CPAM est assumée et officielle. « De 2023 à 2027, l'Assurance maladie s'est engagée, dans la contractualisation avec l'État, à réduire ses effectifs », rappelle la directrice de la CPAM 33.
Cette démarche est rendue possible grâce aux progrès de l'informatique : « On ne remplace pas l'ensemble des départs. C'est le sens de l'histoire. Nous dématérialisons un maximum de documents, on industrialise nos process. Ce qui nous permet de dégager des effectifs pour les mettre où cela est nécessaire. »
Face aux risques de piratage des données de santé numérisées, Catherine Pelletier se veut rassurante : « Nos systèmes d'information sont hypersécurisés. C'est une préoccupation constante au plus haut niveau. »
Le contact humain préservé malgré la digitalisation
Avec la montée en puissance de l'intelligence artificielle, les assurés devront maîtriser de nouveaux usages, dont la carte Vitale dématérialisée et l'ergonomie évolutive du site Internet Amélie. Mais la directrice assure que le contact humain sera toujours possible entre l'assuré et la CPAM 33.
« On est multicanal, on peut aller sur Internet mais aussi nous téléphoner ou venir à l'accueil sans rendez-vous. En principe, il y aura toujours un contact humain possible », promet-elle, alors que son administration gère les dossiers de 1,70 million de bénéficiaires en Gironde.



