Centenaires au CHU de Nîmes : une prise en charge urgente et adaptée réclamée par les gériatres
La présence de centenaires au CHU de Nîmes n'est plus un phénomène exceptionnel, mais elle impose des défis majeurs en matière de prise en charge médicale. Pour le Dr Cédric Le Guillou, chef du service de gériatrie, la rapidité d'intervention est primordiale face à ces patients particulièrement fragiles. « Ce sont des gens pour lesquels on essaie d'aller très, très vite pour les admettre dans un service hospitalier et très, très vite pour les faire sortir, pour pouvoir les remettre dans leur milieu habituel », explique-t-il. L'hôpital doit être un passage, pas un lieu de vie, insiste le médecin, car chaque heure compte pour ces personnes âgées.
Une fragilité accrue qui exige des adaptations spécifiques
À 100 ans, les réserves physiologiques sont limitées, et toute attente aux urgences peut entraîner une décompensation rapide de plusieurs organes. « Ils ont, en général, moins de réserves. Dès qu'on va tirer un peu sur ces réserves, on risque de faire décompenser plusieurs organes », précise le Dr Le Guillou. Là où un adulte plus jeune peut supporter l'attente, le centenaire vacille rapidement, nécessitant une approche médicale adaptée et accélérée.
Le gériatre plaide ainsi pour la création d'un secteur d'accueil d'urgence gériatrique, similaire à ce qui existe en pédiatrie, avec du personnel formé et des locaux ergonomiques. « Aujourd'hui, quand vous devez pousser une double porte dans n'importe quel service, vous ne la poussez pas si vous êtes centenaire », illustre-t-il, soulignant l'importance de l'accessibilité et de l'accompagnement physique.
Un contexte démographique tendu et une évolution des pratiques médicales
Cette adaptation permanente s'inscrit dans un contexte démographique marqué par le vieillissement exponentiel de la population. « Les établissements médico-sociaux – EHPAD et USLD – devront absorber la vague exponentielle des grands âges. Et ce ne sont pas que des centenaires », alerte le Dr Le Guillou. En vingt ans, il a observé un vieillissement moyen des patients pris en charge et une certaine « audace thérapeutique ».
En cardiologie comme en oncologie, des traitements lourds sont désormais proposés à des patients toujours plus âgés, rendant l'âge civil moins déterminant. « Quand vous avez 100 ans, si je vous dis : je vais vous donner un médicament pour éviter que dans 20 ans vous soyez insuffisant cardiaque, ça n'a pas de sens », explique le médecin. En revanche, éviter des hospitalisations répétées devient une priorité, car la qualité de vie prime sur la durée de vie. « La médecine des centenaires est une médecine de l'équilibre », résume-t-il.
Combattre les idées reçues et valoriser l'autonomie des centenaires
Le Dr Le Guillou dénonce également les préjugés persistants envers les centenaires. « Il ne faut pas imaginer que le centenaire, c'est un enfant de plus de 100 ans. C'est un adulte responsable. Il faut arrêter de les infantiliser », affirme-t-il. Selon lui, la génétique joue un rôle dans la longévité, mais l'accent doit être mis sur le présent, notamment sur la fragilité des aidants, qui fait face à des incivilités et des tensions croissantes.
Il défend aussi l'image des EHPAD, souvent perçus comme « le grand méchant loup ». « Je ne suis pas content quand les gens y entrent, mais c'est quelque chose de bien », nuance-t-il, rappelant leur utilité dans la prise en charge des personnes âgées. À l'heure où la France compte de plus en plus de centenaires, le défi n'est pas seulement de prolonger leur vie, mais de les considérer pleinement, avec respect et dignité, dans toutes les dimensions de leur existence.



