Cancer du sein : à Béziers, Oncodoc insiste sur le dépistage précoce
Cancer du sein : Oncodoc Béziers plaide pour un dépistage précoce

À Béziers, le centre d'oncologie et de radiothérapie Oncodoc a pris en charge 441 cas de cancer du sein en 2025, soit 40 % de l'ensemble des cancers traités dans l'établissement. À l'occasion d'Octobre rose, les médecins biterrois alertent sur un dépistage encore insuffisant en France et rappellent qu'un diagnostic précoce améliore les chances de guérison et limite la lourdeur des traitements.

Un taux de dépistage sous les objectifs européens

En France, le programme de dépistage ciblant les femmes de 50 à 74 ans est loin d'atteindre ses objectifs. Moins d'une femme sur deux y participe régulièrement, soit 46 % selon Santé publique France. « Alors que l'objectif européen se situe à 70 %, la France accuse un vrai retard », souligne le docteur Anne-Laure Ranc-Royo, oncologue radiothérapeute à Oncodoc. « Dans certains pays d'Europe, la participation monte jusqu'à 85 %. Chez nous, malgré Octobre rose, le taux de dépistage stagne », regrette le médecin.

Les oncologues du centre biterrois insistent sur l'importance du dépistage précoce. « 80 % des cancers du sein sont guéris si on les prend de façon très précoce, c'est-à-dire sans métastase ni ganglion », explique le docteur Ranc-Royo. Découvrir la maladie avant l'apparition des symptômes serait ainsi la clé. Or, trop souvent, les patientes attendent de ressentir une douleur pour s'inquiéter : « On a une image du cancer qui devrait faire mal, alors que souvent c'est une petite boule dans le sein, indolore ». D'autres signes doivent alerter, comme un mamelon qui se rétracte, un changement de forme du sein ou un aspect de « peau d'orange ».

Un diagnostic précoce pour alléger les traitements

Au-delà des chances de survie, le dépistage anticipé transforme aussi la prise en charge. « Plus le diagnostic est posé tôt, plus nous pouvons désescalader les traitements », explique le docteur. Morgane Creoff, également médecin spécialisée dans les cancers, complète : « Dans l'esprit du public, le cancer du sein rime avec chimiothérapie lourde et perte de cheveux. Mais lorsqu'un petit cancer est pris à temps, une chirurgie suivie d'une radiothérapie suffit bien souvent. Le dépistage permet ainsi d'éviter des traitements très lourds. »

Selon Morgane Creoff, ce faible taux de dépistage s'expliquerait par les inégalités sociales. « Les femmes de CSP+ se font plus facilement dépister, contrairement à celles des milieux socioculturels inférieurs, ruraux ou des cités. Elles sont malheureusement moins informées. » À cela s'ajoute la pudeur et le manque d'examen clinique. « Il y a des femmes qui ne se touchent jamais par pudeur ou éducation. D'autres ne veulent pas que le médecin, souvent celui de famille, les examine par gêne », estime l'oncologue. De plus, l'accès reste difficile, avec parfois plusieurs mois d'attente pour obtenir une mammographie.

Le cancer du sein touche aussi les hommes et les plus jeunes

« On estime que 1 % des cas de cancers du sein affectent les hommes », rappelle l'oncologue Anne-Laure Ranc-Royo. « Les campagnes de sensibilisation comme Octobre rose se concentrent principalement sur les femmes, ce qui fait que l'on n'entend presque jamais parler du cancer du sein chez l'homme. » Elle poursuit : « Il est donc particulièrement important de sensibiliser les hommes à l'autopalpation afin qu'ils puissent réagir s'ils détectent une anomalie. » Là aussi, elle note le manque de connaissance sur le sujet, « qui a pour conséquence que les hommes réagissent souvent plus tardivement ».

Si l'âge médian au diagnostic est de 64 ans, les oncologues biterrois constatent une augmentation des cas chez les femmes plus jeunes. La raison ? « C'est un tout : la vie sédentaire, la pollution, les grossesses tardives, potentiellement les perturbateurs endocriniens, les antécédents familiaux… », liste le docteur Julien Welmant. Bien qu'assez rares, les cancers chez les moins de 40 ans peuvent être très agressifs, car souvent détectés en retard. « Récemment, une jeune femme de 37 ans était en train de décéder de son cancer du sein en soins palliatifs à Béziers », exemplifie le docteur Morgane Creoff.

Les médecins d'Oncodoc recommandent de pratiquer l'autopalpation (du sein et sous le bras) dès l'âge de 25 ans. Toutefois, ils rappellent que cela « ne remplace pas le dépistage du cancer » par mammographie et que, même « si on ne sent rien », il faut tout de même effectuer cet examen tous les deux ans.

Des rendez-vous pour promouvoir le dépistage

Pour accompagner ses patients, l'association Midi-onco a émergé d'Oncodoc afin d'apporter des « soins de soutien ». « L'idée est de proposer le suivi le plus humain possible à nos patients », explique Antonia Dominguez, infirmière à Oncodoc et qui gère l'association Midi-onco. « On propose de la psychologie, de la socioesthétique, du yoga et du tai-chi. Ces disciplines atténuent les tensions de l'annonce et les effets secondaires des traitements, permettant aux patients de récupérer une énergie vitale. »

Ce vendredi 9 octobre, dans le cadre d'Octobre rose, un rendez-vous est organisé à Oncodoc dont tous les bénéfices iront à l'association. « L'objectif est de promouvoir le dépistage du cancer du sein avec des ateliers d'autopalpation », explique Antonia Dominguez. Plusieurs stands seront proposés toute la journée. Dès 10 h 30, le siffleur célèbre du Biterrois Curro Savoy offrira un concert gratuit sur place, accompagné de ses musiciens. Toujours dans le cadre d'Octobre rose, ce samedi 10 octobre, l'association sera présente à Saint-Pierre-la-Mer (Aude) pour des ateliers d'autopalpation.