Cadmium en France : une menace sanitaire croissante
Les Unions régionales des médecins libéraux (URPS) lancent un appel urgent aux pouvoirs publics, inquiètes face à une hausse significative des cancers du pancréas et du côlon en France. Cette augmentation alarmante est directement liée à la présence excessive de cadmium, un métal lourd particulièrement toxique, dans l'environnement. La Nouvelle-Aquitaine, région agricole par excellence, n'est pas épargnée par ce fléau sanitaire.
Une contamination historique aux conséquences durables
À Bordeaux, dans le quartier du Lac, les habitants sont en proie à l'inquiétude. Cet écoquartier a récemment fermé l'accès à certains espaces de promenade, suite à la découverte d'anciennes traces de cadmium lors de travaux. L'origine de cette contamination remonterait aux années 60, période des Trente Glorieuses où l'impact polluant des sols sur la santé humaine était encore méconnu. Le cadmium, métal persistant, ne s'élimine pas facilement et continue de poser un risque sanitaire majeur.
La municipalité a organisé une réunion publique le 2 juin pour tenter de rassurer les riverains, mais cette démarche est restée vaine en l'absence de divulgation détaillée des analyses du service des espaces verts. Le cadmium, cancérigène avéré, est omniprésent dans notre environnement : dans les terres cultivées, certaines usines, et même le tabac. Son accumulation dans l'organisme peut entraîner des risques graves pour la santé lorsque les seuils d'exposition sont dépassés.
Les médecins libéraux sonnent l'alarme
Le docteur Jean-Luc Delabant, médecin généraliste URPS à Bordeaux et président de la commission prévention-santé-environnement pour la Nouvelle-Aquitaine, souligne l'ampleur du problème : « La région n'est pas épargnée, c'est tout le pays qui est lourdement impacté. Dans tous nos cabinets, nous observons une augmentation notable des cancers du pancréas, y compris chez des jeunes personnes. » Déjà en 2011, la Haute Autorité de Santé établissait un lien entre cette hausse et le cadmium, classé comme « dangereux cancérogène ».
La France se distingue par son exposition élevée à ce métal lourd, largement due à l'utilisation d'engrais phosphorés importés du Maroc, riches en cadmium. Le docteur Delabant explique : « Chez nous, plus qu'ailleurs en Europe et même aux États-Unis, nous utilisons ces engrais pour nos cultures – maïs, blé, potagers. L'imprégnation moyenne au cadmium des adultes français a quasiment doublé entre 2007 et 2016, dépassant largement les seuils critiques. » Les analyses d'urine révèlent que les Français sont trois fois plus imprégnés que les Américains et deux fois plus que les Italiens.
Sources d'exposition et pistes de recherche
Le cadmium se trouve principalement dans les sols, mais les sources d'exposition sont multiples, avec en tête le tabac et l'alimentation. Le docteur Delabant précise : « On en détecte trop dans les céréales cultivées en France, le riz, les pâtes, les pommes de terre. Il faut arrêter l'hémorragie et interdire ces engrais phosphatés. » Les médecins tentent de cartographier les zones les plus exposées, notant que les régions agricoles sont les plus susceptibles de contenir du cadmium, à l'exception des cultures bios si la terre a été dépolluée.
Au centre hospitalier de Bayonne, le docteur Mathias Brugel, gastro-entérologue et oncologue digestif, participe à des études pour comprendre l'origine de l'augmentation des cancers du pancréas. Il souligne : « Le cadmium fait partie des candidats crédibles à l'explication de cette hausse. Il existe des recherches montrant comment il entre dans le corps, s'accumule, endommage l'ADN et aboutit au cancer. » D'ici cinq ans, le cancer du pancréas pourrait devenir le deuxième plus fréquent en France, contre la sixième place actuellement.
Actions et sensibilisation
En attendant des réponses définitives, les médecins libéraux recommandent la prudence et l'adaptation des comportements. L'URPS Médecins Nouvelle-Aquitaine s'est associée à l'Université de Bordeaux, de Poitiers, à l'ARS et aux autres URPS de la région pour développer un outil de formation gratuit à destination du grand public. Cette initiative vise à sensibiliser aux risques et à promouvoir des pratiques plus sûres face à cette menace environnementale persistante.



