Un entretien d'archive révélateur
Le généticien de renom et ancien président de la Ligue nationale contre le cancer, Axel Kahn, est décédé le mardi 6 juillet 2021. Quatre mois plus tôt, le 16 mars 2021, il était l'invité de la rédaction de Sud Ouest à Bordeaux. À cette occasion, il avait lancé officiellement le Challenge Tour du monde contre le cancer, une initiative visant à collecter des fonds en parcourant symboliquement 40 000 kilomètres, l'équivalent du tour de la Terre, du 1er au 20 avril, moyennant une participation de 4 euros par volontaire.
Un échange franc et pédagogique
Pendant plus d'une heure, Axel Kahn s'est prêté à un exercice de Face à la rédaction, répondant avec précision et pédagogie aux questions des journalistes. L'échange a été marqué par un moment d'humour lorsqu'il a lancé un vibrant Oh merde ! après avoir été interrompu par la sonnerie de son téléphone portable. Il a également été interrogé dans les locaux de TV7 avant de poursuivre ses activités bordelaises de médecin engagé contre le cancer.
La suspension d'AstraZeneca : une décision sanitaire
Interrogé sur la suspension de la distribution du vaccin AstraZeneca par Emmanuel Macron, Axel Kahn a estimé qu'il s'agissait d'une décision sanitaire et non politique. Il a expliqué que cette mesure était justifiée par des effets secondaires graves, bien qu'exceptionnels, signalés dans plusieurs pays. Selon lui, le rapport bénéfices/risques restait favorable au vaccin, mais il était normal d'attendre les conclusions de l'Agence européenne du médicament. Il a critiqué la petite cacophonie entre Emmanuel Macron et Jean Castex, soulignant l'importance de la prudence avec un produit nouveau.
Axel Kahn a noté que l'AstraZeneca, un vaccin à base d'adénovirus, pouvait entraîner des réactions inflammatoires ou de la fièvre, affectant jusqu'à 30 % des jeunes vaccinés. Malgré cela, il a rappelé son efficacité à 100 % contre les formes graves de la Covid-19. Il a également plaidé pour une utilisation généralisée des vaccins ARN, mieux adaptés aux nouvelles souches, via des licences obligatoires.
Les conséquences sur la confiance publique
Le généticien a averti que cette suspension risquait d'effondrer la confiance de la population envers l'AstraZeneca et, par extension, envers la vaccination en général. Il a prédit que les discours antivaccins gagneraient en écho, fragilisant la stratégie européenne. Il a également évoqué le cas de la Grande-Bretagne, où le vaccin avait été administré sans problèmes apparents, suggérant des différences entre les lots de fabrication.
Le reconfinement : un enjeu politique
Sur la question du reconfinement, Axel Kahn a estimé qu'Emmanuel Macron avait choisi d'éviter cette mesure par calcul politique, avec un certain mépris pour les scientifiques. Il a décrit cette stratégie comme un pari risqué, pouvant se transformer en entêtement si la circulation virale, notamment en Île-de-France, devenait intenable. Il a souligné les conséquences sanitaires désastreuses, avec 90 000 diagnostics de cancers non établis et des milliers de décès évitables.
Il a également critiqué le Conseil scientifique pour son manque de réaction, notant sa nomination par le président de la République et sa situation difficile. Sur la gestion universitaire, il a proposé un plan alternatif pour limiter les contaminations, incluant des cours en petits groupes et des promenades pédagogiques en plein air.
Perspectives d'avenir et autres sujets
Axel Kahn a prédit un retour à la normale vers fin mai ou début juin 2021, grâce à la vaccination, avec un léger décalage dû au problème AstraZeneca. Il a analysé le phénomène Didier Raoult comme un cas d'adhésion sectaire, ayant entraîné des conséquences tragiques avec une augmentation de la mortalité. Il a salué la prise de conscience sur la souveraineté sanitaire, soulignant l'importance de maîtriser les produits stratégiques.
En tant que président de la Ligue contre le cancer, il a défendu une alimentation moins carnée, limitant la viande à moins de 500 grammes par semaine et évitant les excès de charcuterie et de barbecues. Il a aussi évoqué la politique, exprimant ses craintes sur un effritement du front républicain et la montée de Marine Le Pen.
Enfin, il a décrit un monde d'après plus prudent, avec une vaccination régulière, un recentrement du tourisme sur la proximité, et la fin de certaines habitudes comme la bise. Il a conclu sur une note d'espoir, affirmant que le monde resterait vivable et joyeux.



