Asalée en péril : 2000 infirmières dans l'attente de leur salaire
Elles sont plus de 2000 infirmières en France à faire partie d'Asalée (Action de santé libérale en équipe), une association créée en 2004 qui les associe à des médecins pour pratiquer l'éducation thérapeutique auprès des patients atteints de maladies chroniques. Pourtant, depuis décembre, leur principal financeur, la Caisse nationale d'assurance maladie (CNAM), n'a pas versé la subvention mensuelle qui permet de rémunérer ces professionnelles de santé.
Une mobilisation à Port-Sainte-Marie et dans toute la France
Ruban vert épinglé à la veste, les infirmières d'Asalée ont récemment invité médecins, élus et patients à les soutenir devant la maison médicale de Port-Sainte-Marie, dans le Lot-et-Garonne. Dans ce département, elles sont 13 à travailler avec une soixantaine de médecins, gérant entre 700 et 1000 patients dans leur file active, comme l'expliquent Annie Thorel et Émeline Canal.
Lors de cette manifestation, une soixantaine de personnes ont assisté aux témoignages de patients, lus par Annie Thorel. « Combien de fois elle m'a remonté le moral lorsque j'ai arrêté de fumer… », pouvait-on entendre. Mais derrière ces succès thérapeutiques se cache une réalité amère : au 26 mars, cela faisait 57 jours que les infirmières n'avaient plus été payées.
Un différend ancien avec la CNAM
Le conflit entre la CNAM et Asalée couve depuis longtemps. Un comité de surveillance était en place depuis 2021, et un rapport de l'Inspection générale des affaires sociales, publié en juillet 2025, dénonçait des irrégularités dans la gestion de l'association. Ce vendredi 27 mars, la présidente nationale de l'association, le docteur Margot Bayard, devait se présenter au tribunal de Paris pour demander la liquidation judiciaire de l'association et la nomination d'un mandataire.
Sur le terrain, les infirmières se sentent « prises en otage ». « On a l'impression qu'on nous reproche de passer du temps avec nos patients », confie l'une d'elles. Et pour cause : « la première consultation Asalée dure une heure ou plus. Après, je dis à mes patients 'c'est à vous de donner le rythme' ». Une autre ajoute : « L'éducation thérapeutique, cela ne se fait pas en un quart d'heure ! ».
Un système rentable et salvateur
Les professionnelles défendent pourtant l'efficacité de leur modèle. « Les études montrent que notre système est rentable car un euro investi dans Asalée, ce sont 30 euros d'économisés en dépenses de santé », argumentent-elles. Le docteur Baptiste Luaces, qui travaille à la maison médicale de Port-Sainte-Marie, appuie ces propos : « C'est bien simple, quand Asalée accompagne une personne dans l'arrêt de l'alcool, du tabac, quand elle prend par la main un enfant en surpoids, elle leur sauve la vie ! ».
Un soutien politique marqué
Les élus locaux sont venus nombreux soutenir les infirmières. Philippe Bousquier, maire de Prayssas et président de la communauté de communes du Confluent et des Coteaux de Prayssas, souligne : « En milieu rural, nous perdons deux ans d'espérance de vie à cause du manque de médecin. Alors, chaque professionnel compte ! Et nous sommes prêts à monter au créneau s'il le faut ! ».
Émeline Canal ajoute que ces infirmières « permettent d'économiser 7 % de temps médical », un atout précieux dans des territoires sous-dotés. Aujourd'hui, la priorité absolue est de payer les salaires en souffrance. Mais les membres d'Asalée sont déterminés : « Nous ferons en sorte qu'Asalée reste Asalée », promettent-ils, espérant préserver cette structure unique qui allie soins et éducation thérapeutique.



