Après un AVC, la renaissance par la danse : le témoignage poignant d'Isabelle Monnin
Dans sa chronique hebdomadaire « Hémiplévie », la journaliste et écrivaine Isabelle Monnin partage son parcours de reconstruction après un accident vasculaire cérébral survenu en 2023. Avec un corps qu'elle décrit comme « à moitié fichu », elle apprend à apprivoiser cette nouvelle existence, semaine après semaine.
Une rencontre inattendue au centre de rééducation
Lors d'une séance de kinésithérapie entre les barres d'apprentissage de la marche, Isabelle fait la connaissance de Lucie P., une femme de 95 ans au patronyme évocateur de shtetl. Malgré leur différence d'âge – Lucie a l'âge de sa grand-mère – une complicité immédiate naît. Lucie lui raconte son mari Alex, disparu depuis cinquante-deux ans d'un cancer fulgurant, avec un sourire un peu pincé que la journaliste trouve délicieusement croquant, « comme un biscuit sablé ».
L'impulsion soudaine de la danse
Soudain, Laura, la kinésithérapeute espagnole, décide de rompre la routine : « Allez, on danse ! ». Elle met la chanson « Monday, Tuesday, Thursday » de Dalida. Ensemble, elles improvisent une chorégraphie, pointant leurs index, remuant les fesses au rythme entraînant de la musique. « Laissez-moi danser » résonne dans la salle, accompagné d'un échange de sourires généreux. Isabelle décrit ce moment comme une véritable danse de sourires, une parenthèse de légèreté dans le processus ardu de la rééducation.
Les doutes et les espoirs face à l'avenir
Cette expérience joyeuse réveille chez Isabelle des questions profondes. Avant son AVC, elle était cette personne « un peu gauche » qui aimait, quelques fois par an, se laisser emporter par le rythme et l'enthousiasme des fêtes. Aujourd'hui, elle s'interroge : sera-t-elle un jour capable de redanser ? L'incertitude l'attriste parfois.
Son hémiplegie gauche, qui lui fait régulièrement perdre l'équilibre – au point de tomber parfois –, semble rendre cette perspective peu évidente. Pourtant, l'idée de retrouver une confiance regonflée par la pulsation des basses la réjouit intimement. Elle se demande même si sa « nouvelle négligence côté ouest » pourrait paradoxalement lui conférer un surplus d'aisance sur le dancefloor.
L'absence et la fatalité dans ce nouvel environnement
Lors d'une séance ultérieure, Isabelle demande des nouvelles de Lucie P. à Laura. La kiné répond avec un sourire d'Alicante : « Je crois qu'elle a été hospitalisée après une chute, mais elle va bien, ne vous inquiétez pas. » Cette réponse, aussi rassurante soit-elle, rappelle à la journaliste la réalité brutale de ce nouvel environnement dominé par la fatalité.
« Les gens sont là, puis les gens disparaissent », constate-t-elle avec mélancolie. Elle n'a pas revu le petit sourire croquant de Lucie P., mais cette rencontre éphémère et la danse improvisée restent des moments précieux dans son cheminement. Ces instants de grâce collective lui redonnent l'envie de remettre le son dans sa vie, malgré les défis permanents posés par son corps hémiplégique.



