Médicaments antiobésité : le Pr Hansel alerte sur les risques de mésusage et prône une prise en charge globale
Antiobésité : alerte sur le mésusage des nouveaux médicaments

Antiobésité : l'efficacité redoutable des nouveaux médicaments cache des risques de mésusage

Pour le Pr Boris Hansel, endocrinologue et nutritionniste à l'hôpital Bichat à Paris, l'efficacité impressionnante des nouveaux médicaments antiobésité expose paradoxalement les patients à un danger majeur : celui du mésusage. Le médecin détaille les conditions indispensables d'une prise en charge réussie et durable.

Une pathologie spécifique nécessitant une approche globale

Le Point : On présente souvent les nouveaux traitements contre l'obésité comme des remèdes miracles. Pourtant, vous alertez vivement sur les risques de « mésusage ». Pourquoi cette inquiétude ?

Pr Boris Hansel : Nous disposons désormais dans notre arsenal thérapeutique de nouveaux traitements présentant un intérêt majeur et un excellent rapport bénéfice/risque. Je suis totalement rassuré lorsqu'ils sont prescrits dans les règles. Cependant, l'obésité est une pathologie très particulière : elle concerne la moitié de la population, elle est visible, et le poids constitue un sujet extrêmement sensible pour la majorité des gens. Le risque principal, à l'échelle de la population, est de voir ce médicament prescrit de manière purement symptomatique. C'est ce que j'appelle le mésusage : prescrire l'injection pour faire perdre du poids, laisser le patient penser qu'il a réglé son problème, et s'arrêter là.

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Les dangers de l'arrêt prématuré du traitement

Que se passe-t-il justement lorsque les patients décident d'arrêter le traitement ?

Pr Boris Hansel : Actuellement, on observe que la majorité des patients interrompent le traitement dans les 12 à 18 premiers mois, que ce soit par lassitude, pour des raisons financières ou parce qu'ils estiment avoir atteint leur objectif de poids. Ils viennent alors nous consulter en espérant « stabiliser » leur poids avec un simple régime, ce qui est physiologiquement impossible.

L'obésité est une maladie chronique. C'est un peu comme si on traitait une appendicite avec du Doliprane : on a moins mal, mais l'infection continue et cela peut évoluer vers une péritonite. Si le patient a pris le médicament sans modifier ses habitudes de vie en profondeur, les facteurs de la maladie persistent. Dès l'arrêt du traitement, il va inexorablement regrossir, exactement comme après un régime restrictif. En moyenne, les deux tiers du poids perdu sont repris dans l'année qui suit.

Les piliers d'une prise en charge rigoureuse

À quoi ressemble alors le « bon usage » et comment doit s'organiser une prise en charge rigoureuse ?

Pr Boris Hansel : La base du traitement ne se résume pas à une simple ordonnance. Cela inclut :

  • L'accompagnement nutritionnel personnalisé
  • La reprise progressive de l'activité physique
  • La gestion du sommeil et du stress
  • Le traitement d'éventuels troubles psychiatriques associés, comme l'anxiété ou la dépression

Le médecin prescripteur doit impérativement assurer un suivi régulier pour surveiller l'état nutritionnel. Avec une perte de poids rapide, on risque une forte diminution de la masse musculaire ; il faut donc ajuster l'apport en protéines au-delà de 60 grammes par jour et surveiller l'apparition de calculs biliaires. Il faut parfois orienter le patient vers un spécialiste, mais le drame actuel, ce sont ces prescriptions jetées à la volée où le soignant dit au patient : « Faites attention à ce que vous mangez et faites du sport. » Le parcours de soin doit être strictement organisé et concerté.

Des médicaments qui ne conviennent pas à tous les patients

Le médicament est-il fait pour tous les patients souffrant d'obésité ?

Pr Boris Hansel : Absolument pas, et c'est un point crucial. Pour certains patients, notamment après 60 ans, la chirurgie bariatrique peut être le traitement le plus approprié. Leur prescrire un médicament peut alors représenter une perte de chance si cela conduit à retarder l'intervention, jusqu'à ce qu'il ne soit plus possible de la réaliser.

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De la même manière, prescrire ces injections à l'aveugle chez un patient souffrant de troubles sévères du comportement alimentaire, comme la boulimie, est une erreur. Le patient va manger sur un estomac bloqué, vomir, mal tolérer le traitement et l'abandonner. Dans ce cas, il faut d'abord traiter le trouble psychologique avant d'envisager le médicament. Conformément aux recommandations, le médicament arrive dans un second temps.

Mais je pense qu'il faudrait, dans certaines situations, l'envisager en première intention. Par exemple, chez un patient dont le système de récompense, au niveau du cerveau, est totalement obnubilé par la nourriture, commencer par le médicament peut créer un effet biologique salvateur qui lui redonnera la capacité mentale de modifier ses habitudes. C'est réellement une décision au cas par cas.

Une puissance inédite mais pas une rupture définitive

Peut-on dire, au vu de leur efficacité, que ces médicaments constituent une rupture définitive dans l'histoire de la médecine ?

Pr Boris Hansel : Ce sont des outils d'une puissance inédite. C'est la première fois que nous disposons de traitements aussi efficaces, et qui ne sont pas en eux-mêmes dangereux, contre l'obésité. Tous les autres ont été abandonnés en cours de route. Mais je ne les considère pas tout à fait comme une rupture. En médecine, une véritable rupture signifierait que l'on est capable de guérir définitivement la maladie. Or, avec ces traitements, on ne guérit pas l'obésité : on la suspend. Les mécanismes profonds de cette maladie chronique ne sont pas effacés par six mois de traitement. C'est pourquoi ces médicaments ne fonctionneront durablement que s'ils s'inscrivent dans une démarche globale d'éducation et de modification du mode de vie. La molécule seule ne suffira pas.