À Menton, un jeune couple relance la pêche artisanale en crise
Menton : un jeune couple relance la pêche artisanale

Un vent de jeunesse sur le Vieux-Port de Menton

En mars dernier, l'étal du Vieux-Port de Menton a été réanimé par l'arrivée d'un jeune couple de pêcheurs. Perle et Luca Roya, âgés d'une vingtaine d'années, ont repris le point de vente Prosper, tenu auparavant par Lionel Brezzo, ancien président de la prud'homie des pêcheurs de Menton. Leur présence est une exception dans un métier qui peine à se renouveler, où les producteurs se comptent sur les doigts d'une main.

Des semaines de 100 heures pour un métier passion

Originaires de Sète, Luca et Perle ont choisi Menton pour se lancer dans la pêche au thon et à l'espadon. « À Sète, on avait fait le tour du petit métier. Ici, on travaille dans une mer avec beaucoup plus de profondeurs et de nouvelles techniques », explique Perle. Luca, lui, considère la pêche comme « le plus beau métier du monde », mais prévient : « Il ne faut surtout pas compter ses heures. La météo décide quand tu travailles. Tu peux commencer à 2 heures du matin, finir à midi, ou 20 heures. »

Financièrement, le domaine peut effrayer. « Parfois, tu fais ton mois en une semaine de pêche. Si tu la rates, c'est foutu. On peut faire faillite en six mois », raconte Luca, qui voit beaucoup de jeunes se lancer mais presque autant couler dans la foulée. Pour survivre, le couple se surmène : « Je travaille énormément, peut-être 100 heures par semaine. Pendant quatre ans, j'étais à zéro sur mon compte. Aujourd'hui ça va mieux, je gagne bien ma vie, mais il y a le gaz et les charges qui augmentent, toute la paperasse... »

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Une pression constante sur les prix et la santé

Malgré la montée de l'essence, le couple maintient les mêmes prix que l'été dernier. « On coupe sur nos bénéfices », confie Luca. L'incertitude financière s'ajoute à une charge mentale importante. « Si je suis malade, il n'y a pas d'entrée d'argent. Avec la pêche, jour férié, anniversaire, maladie... peu importe, tu dois être sur le bateau », explique le pêcheur. « Et tant qu'il est sur le bateau, je suis derrière l'étal », ajoute Perle avec le sourire.

Un métier en voie de disparition à Menton

Frédéric Quattocchi, pêcheur professionnel depuis plus de trente ans, se souvient de l'activité dans les années 1990 : « Il y avait une dizaine de bateaux sur le Vieux-Port. Aujourd'hui, à part les deux jeunes et moi, il n'y a plus personne sur Menton en pêche artisanale. C'est un métier en voie de disparition. » Selon lui, le premier facteur est la faiblesse de la biodiversité : « Les poissons sont plus petits et en moins grandes quantités. Certaines espèces, comme le sabre ou l'émissole, ne se retrouvent plus du tout. »

L'impact des yachts et des activités humaines

Ces disparitions sont liées à l'activité humaine. « Les yachts de 80 mètres à Roquebrune font fuir les poissons. On ne retrouve plus d'endroits sauvages », déplore Frédéric. La pratique a changé : « Avant, on était régi seulement par la météo. Maintenant, on doit partir avec tout le matériel, car si on tombe sur deux yachts à notre spot, on est obligé de se retourner, partir et utiliser une autre technique. »

La survie grâce à quelques restaurants

Pour celui qui espère tenir dix ans de plus, la survie ne tient qu'à sa vente auprès de deux restaurants : « Sans eux, c'est mort. Pour trouver des fonds, il me faudrait un plus grand bateau ou trouver une AOP sur du thon et de l'espadon. »

La passion malgré tout

Malgré les difficultés, la passion demeure. Perle, Luca et Frédéric aiment leur métier. Frédéric, qui se considère comme l'un des derniers « chasseurs-cueilleurs », n'échangerait sa place « pour rien au monde. Ce métier, c'est la liberté, c'est l'imprévu. C'est ce qui nous fait vibrer. »

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