Une journée avec Martine Rodriguez, maire de Fondamente : l'engagement rural au quotidien
Dans le cadre de sa série "Les engagés de la ruralité", Midi Libre vous emmène à la rencontre de maires de communes de moins de 500 habitants dans l'Hérault, le Gard, la Lozère et l'Aveyron. Ce samedi, direction Fondamente en Aveyron, où Martine Rodriguez gère avec dévouement les affaires de ses 327 administrés.
10 heures : accueil et orientation à la mairie
Ce mardi matin, Martine Rodriguez est seule à la mairie, les deux secrétaires étant en formation. "La première assure un mi-temps à l'agence postale installée dans nos locaux et s'occupe de l'administratif, la deuxième gère la comptabilité", explique-t-elle. Rapidement, une habitante entre cherchant la poste. "Elle est fermée ce matin", indique la maire qui sort son portable pour proposer une solution : "Vous pouvez télécharger l'application Panneau Pocket pour connaître les horaires d'ouverture. En attendant, il faut aller à Cornus, à 6 km en remontant la vallée." Peu après, une deuxième personne arrive avec un colis et reçoit la même réponse.
Une commune étendue mais pas isolée
Fondamente compte 327 habitants répartis sur deux bourgs dans la vallée de la Sorgues (Fondamente et Saint-Maurice-de-Sorgues) distants de 4 km, ainsi que sur plusieurs hameaux dispersés sur les hauteurs, couvrant une superficie de 5 058 hectares. "Pour autant, nous ne sommes pas isolés", précise Martine Rodriguez. "L'A75 est à 15 km, la ligne SNCF Béziers-Neussargues traverse la commune avec la gare au hameau de Montpaon. On peut faire l'aller-retour à Millau dans la journée, et il existe des lignes de bus de la Région ainsi qu'un transport à la demande mis en place par la communauté de communes Larzac Vallée."
10h30 : vie communautaire et scolaire
Martine Rodriguez pousse la porte de la salle du Cantou, située sous la mairie, où le club des aînés se réunit toutes les semaines. "J'essaye d'y passer régulièrement. Ce club rassemble les personnes de tous les hameaux, les informations circulent, c'est un lieu d'échanges très animés", souligne-t-elle. En sortant, elle observe la récréation à l'école du village où 25 élèves, de la petite section de maternelle au CP, s'amusent dans la cour. L'école Frédéric-Jacques-Temple, baptisée en l'honneur d'un écrivain local, est en regroupement pédagogique avec Cornus. L'institutrice l'interpelle pour discuter de l'augmentation des effectifs, du nouveau city-stade récemment aménagé et des difficultés de certains enfants.
Réhabilitation et pôle santé
En remontant vers la mairie, la maire passe devant l'ancienne laiterie. "Au début de mon mandat, nous avons acquis le premier étage de ce bâtiment pour l'aménager : cantine, deux logements locatifs et un pôle santé", détaille-t-elle. "Actuellement, il accueille une esthéticienne deux jours par semaine l'hiver et tous les jours l'été. Nous recherchons un médecin, des démarches ont été entreprises mais nous avons rencontré des freins."
12h30 : pause nécessaire et engagement familial
L'heure de la pause repas à domicile sonne. "C'est important cette coupure. Mes journées sont souvent très remplies, c'est l'équivalent d'un travail à temps plein voire plus. Il faut être retraité pour pouvoir être maire d'un petit village", confie Martine Rodriguez. Son mari abonde : "Son emploi du temps est très chargé, je ne mémorise pas tout lorsqu'elle me l'annonce ! Elle est hyperactive et viscéralement attachée à cette commune où elle est née et aux gens qui y vivent." Pour se ressourcer, la maire pratique un art martial, participe à des stages le week-end et profite de la nature sauvage environnante.
14 heures : gestion administrative et recherche de fonds
Avant de repartir, elle consulte les mails de la mairie. "Je les trie pour soulager les secrétaires et je réponds : demandes d'administrés, convocations aux réunions, problèmes dans les logements loués... Il faut parfois réagir vite, notamment pour des propositions de prestations gratuites", explique-t-elle. Avec un budget communal de 400 000 euros, les marges de manœuvre sont limitées après le paiement des salaires des deux secrétaires et des deux employés communaux. "Pour réaliser des projets, il faut savoir aller chercher des fonds. Lorsque j'ai été élue, j'ai dû apprendre le rôle des différents organismes : Parc régional des grands causses, Aveyron Ingénierie, Département, syndicat de l'eau, communauté de communes..."
14h30 : entretien des routes et sécurité
Dans une commune aussi étendue, l'entretien de la voirie représente un défi constant. Les chutes de neige récentes ont causé des dégâts : branches et pierres sur les routes. Martine Rodriguez sillonne régulièrement les voies pour repérer les problèmes. "Certaines routes relèvent de la commune, d'autres de la communauté de communes ou du Département. Lorsque je repère un problème, j'appelle les services concernés", indique-t-elle. Elle cite l'exemple du pont de la Mouline sur la Sorgues, qui va faire l'objet de travaux de mise en sécurité. "Le panneau interdisant le passage aux véhicules lourds avait été dérobé. J'ai fait boulonner le nouveau." La sécurité est une préoccupation majeure : "J'ai assez entendu 'c'est de votre responsabilité'. Alors on prend des mesures", assure-t-elle, évoquant son soulagement lorsque les festivités locales se passent bien. En passant devant le château d'eau, elle remarque une fuite à réparer pour éviter tout accident.
18 heures : l'intercommunalité, une nécessité
Un conseil communautaire se tient à Cornus. La semaine précédente, les maires s'étaient réunis pour le préparer. À l'ordre du jour : la convention territoriale globale avec la Caf pour des services autour de la petite enfance, la jeunesse et l'animation sociale, ainsi que des points techniques et des demandes de subventions. En une heure, tout est voté, parfois avec débats et frictions. "L'intercommunalité permet de construire des projets qu'on ne peut pas porter seul", estime Martine Rodriguez. "Au début de mon mandat, je pensais que cela nous enlevait des prérogatives. Mais je me rends compte de la nécessité de se réunir pour que les projets aboutissent. Il faut dépasser les querelles de clocher. La limite que je vois : les règles de représentation qui favorisent les grosses communes."
À travers cette journée bien remplie, Martine Rodriguez incarne l'engagement sans faille des maires ruraux, dont le dévouement dépasse souvent le cadre d'un simple bénévolat pour devenir un véritable travail à temps plein au service de leurs concitoyens.



