Hugo Biolley, le plus jeune maire de France, redonne vie à son village ardéchois
Hugo Biolley, le plus jeune maire de France, dynamise son village

Hugo Biolley, le plus jeune maire de France, redonne vie à son village ardéchois

Il n'a que 24 ans, mais en a déjà passé six à la tête d'une équipe municipale. Quand le maire de Vinzieux, en Ardèche, jette l'éponge en 2020, Hugo Biolley vient tout juste d'obtenir son bac. Il se présente en indépendant et l'emporte avec l'ambition farouche de dynamiser sa commune. Son équipe entreprend alors la réhabilitation de l'école, fermée depuis un quart de siècle, et ouvre un premier commerce, absent du paysage local depuis pas moins de cinquante ans.

De lycéen à élu de terrain

Six années plus tard, l'ancien lycéen s'est mué en un élu de terrain aguerri. Dans sa commune, quelques maisons de pierre s'accrochent aux premières pentes du massif du Pilat. Vinzieux surplombe majestueusement la vallée du Rhône, loin des axes de passage principaux. « Les voitures ne passent pas par chez nous, il faut y venir », sourit l'édile avec une pointe de fierté. Quand le ciel est clair, assure-t-il, on aperçoit même les Alpes et parfois l'emblématique Mont-Blanc. Un décor véritablement de carte postale pour ce village d'un peu plus de 500 âmes, qui en comptait à peine 250 au début des années 2000. Un village rajeuni, aussi, marqué par l'arrivée significative de nouvelles familles.

À quelques jours seulement du scrutin municipal, Hugo Biolley s'affaire encore sur les derniers détails de sa campagne. Dans son bureau tout juste inauguré – la mairie ayant déménagé dans l'ancienne école – les tracts viennent tout juste d'arriver, « prêts à la dernière minute ». Dès le lendemain, ils seront distribués dans toutes les boîtes aux lettres. Même s'il est le seul candidat déclaré en lice. « Si mon objectif, c'était d'avoir un titre, je pourrais rester assis dans mon fauteuil et attendre que ça arrive », balaie-t-il d'un revers de main. « Sauf qu'être maire est une fonction exigeante, et que ça fait des mois que l'équipe bosse dur. »

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Un engagement précoce et une vision renouvelée de la politique

Pour le plus jeune maire de France, les premiers pas en politique commencent près de sa mère, engagée dans la vie associative locale, qu'il suit tout jeune dans les manifestations – elle siège d'ailleurs aujourd'hui dans son équipe municipale. À quinze ans, pendant les vacances scolaires, il multiplie les stages, dont un à vingt minutes de Vinzieux, au sein du cabinet du maire d'Annonay, Olivier Dussopt, alors député socialiste. Mais très vite, la raison originelle de sa présence lui échappe. « J'ai trouvé ça génial. Parce que je me suis rendu compte qu'il y avait une vie à côté du lycée. Qu'on pouvait faire des choses concrètes et utiles. »

Trois ans plus tard, il se présente à la mairie de Vinzieux. Sa jeunesse intrigue alors fortement. « Il y a eu beaucoup de curiosité », se souvient-il aujourd'hui. À l'époque, lui, n'en fait pas un sujet. « Mon âge n'a jamais été une question pour moi. Quand on m'en parlait, je me disais : oui, bon, très bien, mais encore ? » Il explique à ses proches qu'il veut « tout faire sauf de la politique ». À ses yeux, le mot renvoie alors aux carriéristes, aux querelles partisanes stériles et aux petites phrases médiatiques.

« Je ne veux pas laisser le mot 'politique' à ceux qui marchent dessus », affirme-t-il désormais avec conviction. Six ans plus tard, le vingtenaire, qui manie désormais le phrasé des politiciens chevronnés, reconnaît s'être trompé. « En fait, oui, je fais de la politique. Et je ne veux pas laisser ce mot à ceux qui le dénaturent. La politique commence au moment où une collectivité doit choisir une direction, faire des arbitrages. » Ouvrir un commerce pour recréer du lien social ? Ou se contenter de gérer les routes et les chemins ? « Les deux sont possibles. Mais ce sont des choix. Et choisir, c'est déjà faire de la politique, au sens noble du terme. »

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Un bilan concret et des réalisations tangibles

En six ans de mandat, le jeune maire a appris à devenir alternativement un chef d'équipe, « un bâtisseur », comme il aime à le dire, et un négociateur tenace… Tout en finissant ses études de sciences politiques à l'IEP de Grenoble. En 2024, il a finalement rejoint le mouvement de Raphaël Glucksmann, Place Publique. « Personne ne me demande mon étiquette partisane, assure-t-il. Les habitants parlent parfois de politique nationale, mais les discussions tournent bien plus autour des projets concrets qu'on peut lancer pour le village, des problèmes du quotidien à résoudre. »

En fin de premier mandat, Hugo Biolley dresse donc un premier bilan qu'il qualifie de « positif » : Vinzieux, qui était un « village dortoir », a ouvert un premier commerce, dans un ancien bâtiment rénové par la commune. « On nous a pris pour des fous au début », reconnaît le maire avec le recul. Mais le pari audacieux a fonctionné, « la consommation de café a considérablement augmenté », s'amuse l'élu, et la municipalité s'est attaquée avec succès aux bâtiments communaux : l'ancienne école a accueilli une salle des fêtes, une maison des associations a vu le jour. La mairie s'est déplacée dans cet ensemble de bâtiments revitalisés. « J'appelle ça créer des lieux pour créer du lien, c'est fondamental. »

La revitalisation rurale, un enjeu social et démocratique majeur

Pour le jeune maire, le dynamisme de son village était avant tout « un enjeu social et démocratique crucial » : « Si on n'a plus nulle part où se croiser, où échanger, on fait comme en 2003 et on meurt chez soi tout seul, dans l'isolement le plus total. » Une référence glaçante à la canicule qui avait causé en quinze jours, la mort de 15 000 personnes âgées en situation d'isolement social extrême. En 2022, comme en 2017, l'Ardèche a aussi placé le Rassemblement national en tête du premier tour des élections présidentielles, un signe de malaise qu'il ne faut pas ignorer.

« Je suis profondément convaincu que pour faire société, il faut déjà se connaître, se parler, se rencontrer », insiste-t-il. L'objectif n'est pas de recréer le village d'autrefois de manière nostalgique. « Plutôt de préserver une forme de proximité humaine et de solidarité dans un monde devenu plus vaste, plus froid et plus individualiste. » La réflexion l'a d'ailleurs mené à écrire une note substantielle sur la manière dont la République pourrait mieux penser et soutenir ses territoires ruraux. « On a beaucoup réfléchi aux grandes métropoles, aux quartiers prioritaires. Mais on n'a pas suffisamment d'espaces de discussion dédiés dans les communes de moins de 10 000 habitants. La faible densité, elle, est très peu pensée par les institutions », estime-t-il, que cela soit lié à l'isolement géographique, l'accès aux études supérieures ou l'accès aux soins de proximité. « Si vous devez faire cent kilomètres pour aller chez le dentiste ou le médecin spécialiste, ça devient vite un problème social majeur. Pareil, on a des bons élèves talentueux qui n'accèdent pas aux études supérieures parce qu'il y a une problématique criante de distance, de mobilité, de logement étudiant abordable. »

« Vu le monde dans lequel on vit, on aura besoin de ramener certains services publics essentiels plus près des habitants », prophétise Hugo Biolley. Au fond, explique-t-il, les défis contemporains – le vieillissement accéléré de la population, la transition écologique impérative, le coût prohibitif de l'énergie – obligeront de toute façon à repenser en profondeur la notion de proximité et de service public de territoire.

Un plaidoyer pour un État plus proche des communes

Dans sa note adressée au gouvernement, Hugo Biolley pointe également avec acuité l'éloignement progressif et préoccupant de l'État vis-à-vis des petites communes. « On a supprimé des postes de conseillers techniques dans les préfectures sous prétexte que les fonctionnaires coûtaient trop cher. Résultat : les collectivités locales doivent désormais se tourner vers des cabinets privés de conseil qui prennent trois fois le prix pour un service parfois moins adapté. » Pour le maire, l'État a perdu en grande partie sa précieuse capacité d'expertise locale et de terrain.

L'organisation institutionnelle elle-même lui paraît souvent difficile à comprendre pour les citoyens ordinaires. « La France compte plus de 35 000 communes, auxquelles s'ajoutent plus de 1 200 intercommunalités aux compétences variées. Beaucoup de décisions importantes se prennent à ce niveau intercommunal, mais les citoyens n'y élisent pas directement leurs représentants, ce qui crée un déficit démocratique. »

« On a besoin d'un État qui maîtrise réellement les enjeux de son territoire et qui soit un partenaire de proximité. » Alors pourquoi, demande-t-il avec insistance, ne pas donner directement une partie des crédits à la commune, en lui faisant confiance ? « Est-ce que ça sera pire que de passer son temps à toquer à la porte du département, de la région – qui surveillent de loin – pour obtenir des subventions parcellaires ? Je n'en sais rien. Certes, peut-être que certains maires feront n'importe quoi. Mais deux ou trois maires font déjà n'importe quoi avec le système actuel. Et dans tous les cas, est-ce que ce ne serait pas plus démocratique, plus efficace et plus responsabilisant ?»

Un second mandat pour consolider les acquis

Dans les prochains jours, Hugo Biolley sera naturellement reconduit pour un second mandat, sans opposition. Avec, pour objectif central, de pérenniser le dynamisme retrouvé de Vinzieux, d'améliorer encore le niveau de services publics de proximité et d'en faire un village solidaire et résilient, qui repose sur le dynamisme associatif et des manifestations conviviales – comme la désormais célèbre « semaine Vinzaire », durant laquelle chaque habitant est invité à créer pour l'espace public (des bancs, des chaises, des bains de soleil, des coins nature). « La solidarité, c'est parfois très simple et concret », rappelle le maire du village. « Celui qui sait réparer une tondeuse aide son voisin en difficulté, celui qui a des poules peut partager des œufs avec une personne isolée… C'est du donnant-donnant, de l'entraide basique mais vitale. »

Au vu de ses apparitions médiatiques régulières et de son éloquence, tout porte à croire qu'il s'envolera ensuite vers des responsabilités nationales plus larges. Lui, préfère éluder prudemment la question pour l'instant. « Ce qui me plaît aujourd'hui par-dessus tout, c'est de faire des choses concrètes, tangibles, qui améliorent la vie des gens. On vit dans un monde très difficile, anxiogène. Et ça nourrit mon envie profonde de refaire société, de retisser du lien. Ça peut paraître bizarre ou idéaliste, mais c'est une sorte d'idéal pratique, une sortie par le haut. »

En fin d'études de science politique à Grenoble, le vingtenaire cherche activement un emploi à mi-temps, dans le coin, compatible avec sa fonction municipale au revenu modeste (son indemnité de maire dépasse à peine 760 euros par mois). Avec d'autres responsabilités locales annexes, il atteint un peu plus de 1 200 euros. Une somme qui ne permet pas d'en vivre décemment, alors que « les heures, on ne les compte pas. Et les responsabilités, le stress non plus », glisse-t-il dans un sourire un peu forcé.

Énergique et déterminé, le gaillard ne manque pas de projets. « J'ai du mal à dire non quand on me propose un projet intéressant pour le village », admet-il en riant. Une forme d'insouciance juvénile ? Il secoue vigoureusement la tête. « Je ne crois pas être insouciant, loin de là. Quand je prends un sujet, je vois très vite les problèmes et les obstacles qui peuvent en découler. Mais je me dis toujours que ce n'est pas grave, que ce n'est pas une fatalité. On va lever les problèmes un par un, avec méthode et ténacité. Quand on n'a pas de pétrole, on a des idées, de la volonté et du cœur à l'ouvrage. » Une philosophie d'action qui semble porter ses fruits dans les collines ardéchoises.