Une mobilisation massive pour la défense des chasses traditionnelles
Près de six cents chasseurs se sont réunis samedi 11 avril 2026 dans les arènes couvertes de Pontonx-sur-l'Adour, à l'occasion de l'assemblée générale annuelle de la Fédération départementale des chasseurs des Landes. L'atmosphère oscillait entre inquiétude palpable et détermination farouche, alors que les représentants politiques présents ont réaffirmé leur soutien inconditionnel aux pratiques cynégétiques locales.
Un front commun face aux directives européennes
La bannière « Liberté, égalité, ruralité » déployée dans les tribunes résumait parfaitement l'esprit des interventions. Boris Vallaud, député des Landes, a souligné que le terme « Fraternité » aurait également trouvé sa place, tant les discours des différents intervenants convergeaient vers un même objectif : la préservation des chasses traditionnelles landaises.
Parmi les personnalités présentes figuraient la parlementaire Geneviève Darrieussecq, le président de la Fédération Jean-Luc Dufau, le vice-président du Département Paul Carrère représentant Xavier Fortinon, le lobbyiste Thierry Coste et le préfet Gilles Clavreul. Malgré leurs divergences politiques habituelles, tous ont semblé parler d'une seule voix pour défendre l'héritage cynégétique local.
La menace de la « directive oiseaux » de l'Union européenne
Pendant trois heures, les débats ont principalement porté sur les pressions exercées par l'Union européenne, notamment via la fameuse « directive oiseaux ». Cette réglementation est utilisée par l'association One Voice pour tenter d'interdire progressivement les chasses traditionnelles, comme celle des alouettes aux pantes et à la matole, et potentiellement celle des palombes au filet.
Jean-Luc Dufau, dans son rapport moral, a décrit cette confrontation comme un combat entre « David » landais et « Goliath » bruxellois. Il a chaleureusement remercié les députés locaux et le gouvernement pour leur soutien actif, mentionnant particulièrement Boris Vallaud qui a facilité une rencontre avec la nouvelle ministre de la Transition écologique, Monique Barbut.
« La période est rude, c'est vrai. On cherche à nous déraciner, à nous couper de nos traditions sous prétexte de modernité », a déclaré le président de la Fédération, avant d'ajouter : « Mais le socle landais est solide, et nos racines sont nourries par des siècles de transmission. »
Une bataille à la fois juridique et culturelle
Boris Vallaud a insisté sur la dimension culturelle du conflit : « La bataille que nous menons est aussi une bataille culturelle. Il faut faire connaître ce qu'est la chasse, et en particulier les chasses traditionnelles. Nos administrations, que ce soit à Paris ou à Bruxelles, ne connaissent pas nos chasses et sont capables d'erreurs manifestes d'appréciation. »
Thierry Coste, lobbyiste historique des chasseurs, a prononcé un discours plus offensif, évoquant une nécessaire « reconquête » et critiquant ouvertement La France Insoumise, les écologistes, les associations environnementales et certaines positions ministérielles. Le préfet Gilles Clavreul s'est quant à lui distancié de cette rhétorique conflictuelle, privilégiant la voie du dialogue.
Science, patrimoine et communication
Jean-Luc Dufau a mis en avant l'importance des données scientifiques dans la défense des pratiques traditionnelles. Il a évoqué les carnets de prélèvement tenus par les paloumayres et les balises GSM installées sur les palombes et le gibier d'eau pour étudier leurs migrations, « loin des fantasmes de certains bureaux parisiens ».
Le président a salué le travail « titanesque » de Léa Filiu, auteure d'une thèse sur les chasses traditionnelles, et a soutenu l'initiative des chasseurs de Gironde visant à faire inscrire la chasse de la palombe au filet au Patrimoine culturel immatériel français. Les outils de communication comme ChassAdapt et le futur Schéma départemental de gestion cynégétique ont également été présentés comme des leviers essentiels.
L'ouverture comme stratégie de survie
Face à la baisse constante du nombre de chasseurs – plusieurs centaines de permis perdus chaque année dans le département – Jean-Luc Dufau a insisté sur la nécessité d'ouvrir la pratique à de nouveaux publics. « Notre ouverture vers l'autre sera notre salut. Encore trop d'associations communales de chasse ont du mal à communiquer, et à accueillir les nouveaux arrivants », a-t-il regretté, avant d'ajouter : « Pour tout cela, rien n'est gagné. Mais rien n'est perdu. »
Le profil évolutif des candidats au permis
Denis Lanusse, directeur technique de la Fédération, a présenté les résultats de vingt années d'enquêtes auprès des candidats au permis de chasse. Si le nombre de candidats reçus reste stable (environ 229 par an), leur profil démographique a changé : les moins de 20 ans sont moins nombreux, tandis que la tranche 36-50 ans progresse.
Le coût de la pratique reste un frein majeur, et les préférences cynégétiques évoluent : un tiers des chasseurs vise toujours la palombe, mais la chasse au sanglier connaît une forte progression au détriment du faisan et de la perdrix. La répartition territoriale montre aussi des disparités importantes, certaines communes n'ayant recruté aucun nouveau chasseur en deux décennies.
Parmi les autres personnalités présentes figuraient la sénatrice Monique Lubin, la conseillère départementale Dominique Degos, et de nombreux maires landais dont Julien Dubois, maire de Dax. Philippe Jamet, nouveau maire de Pontonx-sur-l'Adour, a prononcé le mot d'accueil officiel.



