Trump publie une image IA le montrant en Christ, sème la polémique religieuse
Trump publie une image IA en Christ, polémique religieuse

Une image IA de Trump en Christ déclenche une tempête religieuse aux États-Unis

Une diatribe virulente contre le pape Léon XIV, couplée à un photomontage publié sur son réseau social Truth Social, a profondément indigné les fidèles américains, y compris au sein de ses propres supporteurs MAGA. Dimanche, une image générée par intelligence artificielle, le représentant tel Jésus-Christ drapé d'une toge rouge et blanche avec un halo lumineux, posant une main sur le front d'un homme alité entouré d'admirateurs, a consterné la communauté religieuse. Face au tollé généralisé de la droite religieuse américaine, l'ancien président s'est justifié ce lundi avant de supprimer la publication controversée.

« Ce n'était pas une représentation. C'était moi »

Interrogé sur cette illustration aux codes clairement chrétiens, Donald Trump a réagi avec fermeté : « Ce n'était pas une représentation. C'était moi. Je l'ai bien publiée, et je pensais que c'était moi. » Il a ensuite précisé sa pensée en expliquant : « C'est censé être moi en tant que médecin, soignant les gens. Et je soigne les gens. Je les soigne beaucoup », évoquant au passage la Croix-Rouge. Cette défense n'a cependant pas calmé les esprits, d'autant que la scène comprenait des attributs patriotiques américains comme des aigles, la bannière étoilée, un soldat en uniforme, un avion de combat et même la statue de la Liberté.

Un montage clivant dans un contexte diplomatique tendu

Ce montage particulièrement clivant est survenu après une charge verbale du président américain contre le pape Léon XIV, qui avait formulé samedi une sévère critique de la guerre en Iran. Le souverain pontife a renouvelé ses critiques lundi, qualifiant Trump de « très faible », l'accusant de soutenir le programme d'armement nucléaire iranien, de s'être opposé à l'opération militaire américaine au Venezuela en janvier et de rencontrer des sympathisants de l'ex-président démocrate Barack Obama. Cette escalade verbale a créé un contexte diplomatique particulièrement tendu entre la Maison Blanche et le Vatican.

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La droite chrétienne américaine s'indigne

L'image n'a pas été du goût de plusieurs figures éminentes de la droite chrétienne, qui ont rapidement dénoncé une représentation « blasphématoire ». L'ex-élue trumpiste Marjorie Taylor Greene, désormais en rupture avec le président, s'est indignée sur X : « C'est plus qu'un blasphème. C'est un esprit antéchrist. Trump s'en est pris au pape parce que ce dernier s'oppose, à juste titre, à la guerre menée par Trump en Iran. Puis il a publié une photo de lui-même comme s'il prenait la place de Jésus. »

Megan Basham, écrivaine et podcasteuse conservatrice habituellement proche de Donald Trump, a également exprimé sa consternation : « J'ignore si le président pensait faire de l'humour, s'il est sous l'influence de substances ou quelle autre explication il pourrait donner à cet outrageux blasphème. Il doit retirer ce message immédiatement. »

Les autorités religieuses réagissent avec fermeté

L'archevêque Paul Coakley, président de la Conférence des évêques catholiques des États-Unis, a réagi dimanche soir : « Je suis consterné que le président ait choisi de coucher sur le papier des propos aussi désobligeants à l'égard du Saint-Père. Le pape Léon n'est pas son rival ; pas plus que le pape n'est un homme politique. Il est le vicaire du Christ, qui s'exprime au nom de la vérité de l'Evangile et par souci du salut des âmes. »

Selon Matthew Taylor, chercheur à l'université Georgetown et spécialiste du nationalisme chrétien, Donald Trump a embrassé la rhétorique religieuse avec encore plus de ferveur après sa tentative d'assassinat en juillet 2024. Le président septuagénaire - qui se dit chrétien mais ne prétend pas être particulièrement pratiquant - a bénéficié d'un soutien considérable de la part des chrétiens et évangéliques conservateurs lors de ses mandats.

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Une base électorale qui s'érode

« De nombreux sympathisants de droite s'opposaient déjà à la guerre en Iran, et un fossé se creusait au sein de sa base catholique, mais les dénonciations du pape Léon risquent d'éroder encore davantage cette base », explique M. Taylor. La publication de cette image jugée blasphématoire pourrait accélérer cette érosion, alors que le président avait déjà perdu une partie de son capital de sympathie auprès des électeurs religieux.

Le Vatican maintient sa position sur la paix

Le vice-président américain JD Vance a exhorté, lui, lundi le Vatican à « s'en tenir aux questions morales », sur fond de tensions verbales entre Donald Trump et le pape Léon XIV. « Oui, je pense que, dans certains cas, il vaudrait mieux que le Vatican s'en tienne aux questions morales […] et laisse le président des États-Unis se charger de définir la politique publique américaine », a déclaré JD Vance sur Fox News.

En visite en Algérie, Léon XIV a réaffirmé lundi matin que l'Église avait « le devoir moral de s'exprimer très clairement contre la guerre ». « Le message est toujours le même : promouvoir la paix », a-t-il insisté. « Je n'ai pas peur, ni de l'administration Trump, ni de m'exprimer haut et fort sur le message de l'Évangile », a-t-il ajouté dans l'avion le menant de Rome à Alger, précisant qu'il n'avait pas « l'intention d'entrer dans un débat » avec Donald Trump.

Un soutien international pour le pape

Répondant à ces critiques, les évêques italiens et américains ont apporté leur soutien au chef de l'Église catholique, tout comme la Première ministre italienne Giorgia Meloni qui les a jugées « inacceptables ». Mercredi, le pape de 70 ans quittera Alger pour le Cameroun, entamant ainsi la suite d'un premier voyage africain qui le conduira également en Angola et en Guinée équatoriale jusqu'au 23 avril. Ce périple de 18 000 kilomètres s'annonce particulièrement dense, avec un agenda chargé de rencontres et de discours sur la paix et la réconciliation.

Cette polémique intervient à un moment crucial des relations internationales, alors que les tensions géopolitiques s'exacerbent et que le rôle des leaders religieux dans le débat public fait l'objet de vives discussions. L'utilisation croissante de l'intelligence artificielle pour créer des images controversées ajoute une dimension technologique inédite à ce conflit déjà complexe entre pouvoir politique et autorité religieuse.