Le Ramadan séduit de plus en plus de jeunes musulmans en France
Ramadan : l'engouement croissant des jeunes musulmans en France

Le Ramadan, un phénomène en pleine expansion chez les jeunes musulmans français

À seulement 23 ans, Samy s'apprête à vivre son neuvième Ramadan, un moment qu'il décrit comme profondément spirituel et marqué par le partage. Cet étudiant en école de commerce, qui témoigne sous un nom d'emprunt, représente une tendance de plus en plus marquée : le retour vers le religieux parmi les jeunes musulmans de France. « Je le perçois avant tout comme un mois spirituel, bien au-delà de la simple pratique du jeûne », confie-t-il quelques jours avant le début du Ramadan, prévu autour du 18 février.

Une pratique qui dépasse le simple jeûne

Pour Samy, s'abstenir de manger et de boire de l'aube au coucher du soleil constitue « la partie la plus simple ». Le véritable défi réside ailleurs : « Le plus compliqué va être de se conditionner mentalement à accomplir de bonnes actions ! », ajoute-t-il avec un sourire. Il rappelle ainsi que le Ramadan, quatrième pilier de l'islam, implique également des prières régulières, la lecture du Coran et des efforts soutenus de bienveillance envers autrui.

Des chiffres qui parlent d'eux-mêmes

En France, cette attirance des jeunes pour le Ramadan se confirme par les statistiques. Selon un sondage Ifop publié en novembre, 83 % des musulmans âgés de 18 à 24 ans observent le jeûne. Comment expliquer un tel engouement ? Le sociologue Tarik Yildiz souligne d'abord une hausse générale de la pratique religieuse dans toutes les confessions, mais « avec une intensité un peu plus marquée chez les jeunes musulmans ».

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L'individualisation des croyances et la construction identitaire

Cet intérêt « assez progressif » observé depuis plusieurs années trouve ses racines dans « l'émergence d'une nouvelle génération née en France ». Ces jeunes développent, une fois adultes, une pratique souvent plus assidue que celle de leurs aînés. « J'ai fréquemment constaté des parents déconseillant à leurs enfants de jeûner, alors que ces derniers insistaient pour le faire », relate Tarik Yildiz.

Dans un contexte d'individualisation croissante des croyances, l'islam devient pour ces jeunes « une construction personnelle, fruit d'un choix délibéré, avec une forte dimension identitaire ». Cette pratique permet également d'afficher son appartenance à une communauté, particulièrement chez les adolescents où règne « une certaine forme d'émulation », analyse le sociologue.

Le côté social et festif de la rupture du jeûne

Célia, 25 ans, apporte un éclairage complémentaire : « Ce qui attire d'abord les jeunes, c'est indéniablement le côté social et festif de la rupture du jeûne ». Pour elle, ce « mois béni » représente « l'une des périodes de l'année où je me reconnecte à ma spiritualité, où je me rapproche de ma famille, et où je peux faire découvrir ma religion à mes amis non musulmans en les invitant à partager la rupture du jeûne ».

Une pratique parfois regardée avec méfiance

Cet engouement ne fait pas l'unanimité et suscite parfois des réactions de méfiance. En novembre dernier, un rapport de la droite sénatoriale proposait d'interdire le jeûne avant l'âge de 16 ans. Samy réagit vivement à cette suggestion : « Une telle mesure ne pourrait que provoquer un repli sur soi ». Il ajoute avec conviction : « Prétendre que suivre le Ramadan constitue un premier pas vers un repli communautaire et une dérive islamiste relève du grand n'importe quoi ».

Le Ramadan apparaît ainsi comme un phénomène complexe, à la fois spirituel, social et identitaire, qui séduit de plus en plus de jeunes musulmans en France, dans un contexte plus large de retour vers le religieux.

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