Léon XIV nuance les abus systémiques dans l'Église
Léon XIV nuance les abus systémiques dans l'Église

Le pape Léon XIV a reconnu lundi 28 septembre la responsabilité de certaines structures de l’Église dans des abus sexuels « systématiques », tout en apportant des nuances à ses déclarations. À bord de l’avion qui le ramenait à Rome après un voyage de quatre jours en France, le souverain pontife a estimé que certaines organisations au sein de l’Église catholique avaient « parfois […] commis des abus de manière systématique ». Cette déclaration intervient au lendemain d’une rencontre à Lourdes avec sept victimes françaises de violences sexuelles commises par des membres du clergé.

Des propos nuancés face aux victimes

Plusieurs de ces victimes « ont évoqué des abus systémiques », a déclaré le pape américain aux journalistes dans l’avion. « Personnellement, je préfère l’exprimer autrement, même si j’ai effectivement parlé de certaines organisations au sein de l’Église qui, parfois, si l’on peut dire, ont commis des abus en tant que système », a-t-il nuancé. Cette précision vient tempérer les propos rapportés la veille par les victimes, qui avaient salué une « prise de conscience majeure » de la part du pontife.

Dimanche, le pape a rencontré à Lourdes sept victimes françaises de violences sexuelles dans l’Église, consacrant à chacune un tête-à-tête d’une quinzaine de minutes suivi d’un temps collectif. Selon cinq de ces victimes, Léon XIV a reconnu le caractère « systémique » de ces violences, un terme qui renvoie à la responsabilité de l’institution elle-même dans ces abus, par opposition à une succession de cas isolés.

Une « dimension systémique » toujours présente

« De son point de vue les agresseurs sont des individus, mais ce qui permet que ça continue est la dimension systémique dans l’institution qui a existé et qui existe encore », a témoigné dimanche Jérôme Guillement, victime de violences sexuelles de la part d’un prêtre lorsqu’il était adolescent. Ce témoignage illustre l’attente des victimes d’une reconnaissance institutionnelle, au-delà des cas individuels.

Lundi, le pape a estimé que les violences sexuelles au sein de l’Église signifiaient également que « la vie de foi des personnes est profondément blessée, parfois même détruite ». « C’est en ces termes que je leur ai parlé de la manière dont l’Église a pu, à certains égards, être considérée comme responsable, mais aussi du rôle important qu’elle peut, je crois, jouer pour les aider à trouver la guérison », a-t-il complété.

Un contexte toujours sensible pour l’Église de France

Le sujet des violences sexuelles reste brûlant pour l’Église de France, cinq ans après un rapport choc de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase) qui avait estimé à 330 000 le nombre de victimes mineures en son sein depuis 1950. Après ces révélations qui avaient mis au jour l’ampleur systémique des violences au sein de l’institution, l’épiscopat français avait lancé deux instances d’écoute et de réparation.

Cette nouvelle prise de position du pape, bien que nuancée, s’inscrit dans la continuité des efforts de l’Église pour répondre à ce « douloureux fléau », comme l’a rappelé Léon XIV lors de son discours à Lourdes. Les instances d’écoute et de réparation mises en place par l’épiscopat français devraient continuer à jouer un rôle central dans l’accompagnement des victimes.