Des milliers de fidèles ont acclamé le pape Léon XIV, ce dimanche à Paris, lors de sa déambulation boulevard Saint-Michel. Entre chants, drapeaux et émotion, les catholiques ont salué un pape moderne et proche des gens.
Une foule en liesse avant l'arrivée du pape
« Qui ne saute pas n’est pas catho ! » Le pape n’arrive que dans deux heures boulevard Saint-Michel, alors autant l’attendre au rythme des chants et des cris de joie. Les bénévoles du diocèse de Paris distribuent des drapeaux du Vatican et, avec des mains en mousse floquées au nom de Léon XIV, indiquent le chemin à suivre. Des groupes d’ados scandent le nom du souverain pontife, quand des familles jouent aux cartes à l’ombre des arbres.
Dans la foule qui commence à affluer, quatre copines québécoises se faufilent. Elles l’avouent, elles sont venues pour voir Céline Dion. Mais autant faire d’une pierre deux coups : « On a demandé à ChatGPT ce qu’on pouvait faire ce week-end et il nous a dit que le pape était de passage », confesse l’une d’elles.
Des familles et des enfants émus
La présence de Marie, en revanche, n’a rien d’inopinée. Cette mère de famille catholique a même fait louper l’école à son fils et sa fille. Avec d’autres familles, ils se sont installés entre le Panthéon et le jardin du Luxembourg. « On n’a pas souvent l’occasion de voir le pape dans son propre pays. Quand j’étais petite, j’ai eu cette chance et je voulais aussi l’offrir à mes enfants », explique-t-elle.
« Ils sont ravis de ne pas avoir école et en plus de voir le pape. Hein les choux ? » Les principaux intéressés sont plutôt mitigés. Mais Albane, qui les accompagne, répond sans hésitation : « C’est émouvant de voir un pape, à Paris, qui passe au Panthéon. C’est exceptionnel et ça permet à tous les enfants du monde de le découvrir. » Dans ses mains, la petite fille de 8 ans tient même un drapeau de la France, où elle a inscrit en lettres capitales « Vive le pape ».
Un pape moderne salué par les jeunes et les moins jeunes
Assises contre les barrières, trois étudiantes en droit et géographie de la Sorbonne patientent en discutant. « On a cours à côté, mais on pense aussi que le pape n’est pas quelqu’un qu’on peut croiser au hasard. Donc on s’est dit que c’était pas mal de venir et de voir ça de nos propres yeux », indique Louise, qui se revendique catholique, tout comme Maïka. « Je me suis un peu éloignée de la religion avec l’ancien pape, mais j’aime bien la nouvelle ouverture sur le monde de Léon XIV et les valeurs qu’il incarne », renchérit cette dernière.
Louise ajoute : « Je crois qu’il s’est exprimé sur ce qui est des discriminations, de l’homosexualité, et je trouve ça important pour un pape de vivre avec son temps ». « Puis il n’a pas peur de contrarier Donald Trump ou des gens puissants. Un pape américain aurait pu être une prolongation du trumpisme, mais il a fait une coupure », analyse à son tour Aliénor.
Comme les trois jeunes femmes, Isabelle et Christophe, un couple de retraités francilien, saluent les prises de position de Léon XIV contre les guerres dans le monde. « Je pense qu’il est moderne, malgré les contradictions du système », estime le septuagénaire, médaille de la vierge autour du cou. « Puis ce pape est de notre génération, il ne nous paraît pas vieux. Il a l’air assez pragmatique, il va au-devant des problèmes et des gens. On espère qu’il va faire un peu bouger les lignes », enchaîne Isabelle.
Le couple a déjà vu deux fois le pape François, à Rome et lors de sa messe au stade Vélodrome de Marseille, en 2023. Pour ces deux croyants, ces moments poussent aussi à l’introspection. « Ça nous fait réfléchir à plein de choses à chaque fois, ça nous avait reboosté quand on avait vu François. Ça nous fait repenser au catholicisme, à sa structure, à ce que ça devient, pourquoi les gens abandonnent la religion… », développe Christophe. « On fait partie des pratiquants occasionnels mais on a vécu notre jeunesse dans une société qui était très catholique et c’était normal pour tout le monde », précise Isabelle qui, avec son mari, déplore que les jeunes ne connaissent plus les fêtes religieuses.
Le passage éclair de la papamobile
Il est désormais 16h15. La foule commence à se presser contre les barrières. Une première voiture de police passe. La papamobile n’est pas encore prête, mais l’excitation des fidèles est à son comble. Les spectateurs entonnent des chants, poussés par des groupes de jeunes catholiques et de scouts. La Mercedes électrique du pape se rapproche. Sur son passage il est acclamé tel une rockstar. Les plus chanceux qui croisent son regard hurlent de joie. Certains se mettent même à courir pour descendre le boulevard Saint-Michel au rythme de la papamobile.
Ça n’a duré que quelques secondes, mais Isabelle a immortalisé le moment. « C’était émouvant, on l’a vu de près », s’exclame-t-elle en reregardant, les yeux pétillant, la vidéo qu’elle vient de faire. « C’était cool, mais c’était court », s’amuse Louna, une étudiante. Elle et son amie Inès ne sont pas croyantes. A défaut de pouvoir se promener au jardin du Luxembourg, fermé pour l’occasion, elles se sont résolues à assister à la déambulation papale. « C’est pour ma grand-mère, elle est hyper chrétienne. Quand je vais lui dire que j’ai vu le pape, elle sera super contente », assure Inès qui a, elle aussi, capturé le moment sur son téléphone.
Alors que la foule cherche à sortir des zones sécurisées, Jacqueline est encore euphorique. « C’est la première fois que je vois un pape », explique cette Parisienne de 84 ans. Elle parle vite, fait de grand geste et s’agace gentiment : « Je suis déçue, il ne nous a pas bénis ! Il regardait les gens aux balcons alors qu’on était là, nous ! ». Mais l’octogénaire a surtout une pensée pour le souverain pontife : « Il va être fatigué le pauvre ! Maintenant il faut aller aux vêpres ! ».