Une chapelle basque construite par des prêtres pédophiles soignés sort de l'oubli
Chapelle basque : l'histoire cachée des prêtres pédophiles bâtisseurs

Une plaque révèle l'histoire secrète d'une chapelle basque

Sur la façade discrète de la Chapelle aux icônes, à Cambo-les-Bains, un petit panneau raconte enfin une histoire longtemps enfouie. Ce lieu de culte a été construit entre 1956 et 1962 par des prêtres pédophiles venus de toute la France pour être soignés au centre médico-psychologique Artzaindeia, également appelé « Le Bon-Pasteur ». Soixante ans plus tard, cette vérité est symboliquement rappelée, grâce au combat de Jean-Baptiste Arreguy, un homme de 75 ans qui a lui-même subi des agressions sexuelles de la part d'un curé.

Le combat d'une victime pour la vérité

Jean-Baptiste Arreguy, enseignant à la retraite, a découvert cette histoire en s'intéressant aux travaux de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église (Ciase). Guidé par les recherches de l'historien du droit Thomas Boullu, il apprend l'existence du centre Artzaindeia, fondé par l'abbé Arnaud Courtelarre. Ce clerc, aumônier des sanatoriums, a créé un lieu novateur pour soigner les prêtres pédophiles, considérant qu'il fallait les traiter comme des malades plutôt que de les rejeter.

« J'ai tout de suite pensé qu'il fallait faire quelque chose pour les victimes. Elles étaient les grandes absentes de cette affaire », explique Jean-Baptiste Arreguy. Il contacte alors l'association Arditeya, propriétaire de la chapelle, qui ignorait cette partie de l'histoire. Le président du conseil d'administration, Henri Saint-Jean, admet la surprise des administrateurs : « Nous ignorions cette histoire de prêtres pédophiles. Certains savaient que des prêtres malades étaient venus pour des soins, mais des gens venaient de toute la France pour soigner la tuberculose à l'époque. »

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Un centre médico-psychologique discret et novateur

Le centre Artzaindeia a fonctionné pendant six ans à Cambo-les-Bains avant d'être transféré à Bruges, en Gironde. Il accueillait des psychiatres estimés comme Philippe Parrot et Robert Mérilhou, ainsi que le psychanalyste et prêtre iconoclaste Marc Oraison. Ce dernier, bien que regardé de biais par Rome pour ses thèses sur la sexualité, était consulté en confidentialité par des évêques pour évaluer des candidats au séminaire.

L'action du centre était très discrète, voire secrète, pour ne pas éveiller les suspicions. Les prêtres pédophiles soignés au Pays basque ont participé à la construction de la chapelle dans une démarche thérapeutique. Jean-Baptiste Arreguy a rencontré une témoin de l'époque, proche d'Arnaud Courtelarre, qui a confirmé toute cette histoire. « La sœur de cette personne était son bras droit. Elles mangeaient avec lui tous les dimanches soir. Elle m'a confirmé toute cette histoire », raconte-t-il.

La mémoire des victimes enfin honorée

La Chapelle aux icônes est aujourd'hui surtout connue pour ses peintures de style orthodoxe réalisées par le peintre Albert Proux, des années après la fermeture d'Artzaindeia. Mais son origine restait méconnue, seulement consignée dans quelques pages d'études volumineuses. Jean-Baptiste Arreguy a insisté pour qu'un acte de commémoration soit posé. « Henri Saint-Jean est revenu vers moi. Le CA n'envisageait pas un mémorial, mais était d'accord pour un historique », explique-t-il.

Un compromis a été trouvé : l'apposition d'une plaque avec un texte historique. Jean-Baptiste Arreguy a ajouté une dernière phrase, retenue par l'association, qui précise que « cette plaque a été apposée en janvier 2026, en mémoire des victimes ». Il accueille cette initiative comme « le rétablissement de la vérité sur les origines de cette chapelle ». Pour lui, ce geste symbolique est essentiel pour honorer celles et ceux qui ont souffert en silence, souvent sans reconnaissance ni soutien de l'Église.

Cette histoire, longtemps tue, illustre les mécanismes de silence et de discrétion qui ont entouré les affaires de pédophilie dans l'Église catholique. La plaque sur la Chapelle aux icônes sert désormais de rappel poignant, non seulement des crimes commis, mais aussi des tentatives parfois novatrices, bien qu'insuffisantes, pour soigner les auteurs. Elle marque un pas vers la transparence et la mémoire, dans un lieu où la dévotion et la douleur se croisent désormais au grand jour.

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