Le cardinal François Bustillo, l'un des cinq cardinaux électeurs français et auteur des « Carnets corses », a participé à toutes les étapes de la visite historique du pape Léon XIV en France depuis vendredi. Dans un entretien accordé à Midi Libre, il revient sur l'accueil « en rock star » réservé au souverain pontife à Paris, sur la portée politique de ses discours, et sur les différences de style avec son prédécesseur François.
Un accueil populaire qui émerveille le cardinal
« J'étais émerveillé de voir la réaction des gens, des jeunes, quand il est rentré avec la papamobile au Stade de France, c'était la foule en délire », confie le cardinal Bustillo. Selon lui, cet engouement s'explique par la « proximité et la sympathie » dont fait preuve Léon XIV, mais aussi par un besoin sociétal : « Dans une société très crispée, on a besoin de moments de foi et de joie, de détente. »
Le cardinal, qui était aux côtés des évêques et des autorités, estime que la religion doit « relier, unifier » plutôt que diviser. « On a besoin de personnalités libres, avec de la hauteur et de la profondeur comme le pape, pour éviter de tomber dans le fondamentalisme », ajoute-t-il, soulignant que la venue de Léon XIV montre que « l'Église catholique, vieille institution, a la capacité de fédérer ».
Des messages politiques assumés
Interrogé sur les prises de position du pape concernant l'intelligence artificielle, l'enseignement privé, la laïcité, les questions bioéthiques ou la fin de vie, le cardinal rappelle que « le pape est chef d'État ». « Quand on est libre, responsable, on est capable de dire les choses sans mépriser ni écraser l'autre », explique-t-il. Il précise que la vision de l'Église sur la vie et la dignité humaine « n'est pas juste morale, elle est anthropologique ».
Le cardinal souligne que le pape n'a « pas critiqué, pas condamné », mais a exposé sa vision « avec beaucoup de liberté », ce qui est « sain » et témoigne d'une « maturité démocratique ». Il insiste sur l'appel du pape à revenir aux « fondamentaux de la vie commune », notamment la fraternité : « Qu'avons-nous fait de la fraternité ? »
Les autres étapes du voyage : communion, compassion et écoute
Le cardinal Bustillo voit dans la grande messe à la Concorde un moment de « célébration et de communion ». Il note que « de plus en plus de baptisés adultes cherchent des points de repère » et que l'Église doit leur transmettre sa foi « d'une manière intelligente et respectueuse ». Il salue l'expression du président de la République faisant « le lien entre croire et créer ».
Les visites à la maison Bakhita et à Lourdes, où se trouvent des personnes vulnérables et des malades, montrent que « l'Église n'oublie pas sa mission », selon le cardinal. Il évoque également la rencontre prévue avec des victimes des scandales pédocriminels : « L'homme du sacré ne peut pas massacrer des vies. Il est important que le pape puisse écouter leur souffrance et leur dire que l'Église catholique a fait des erreurs dans le passé, mais qu'on travaille pour aller de l'avant. »
Léon XIV et François : deux styles, une continuité
Le cardinal, qui était proche de François et a été créé cardinal en même temps que Léon XIV, les compare : « François était latin, très détendu, très ouvert, très souriant. Léon est plus discret d'un point de vue humain, mais déterminé. » Il insiste sur le fait qu'il n'y a « pas d'opposition » entre eux sur les grands sujets : « L'intelligence artificielle, le rapport à l'humanité, aux pauvres, à l'écologie, il y a une belle continuité. »
Le cardinal Bustillo publie le tome III de ses « Carnets corses » aux éditions Fayard, sorti le 16 septembre.