Cartes Pokémon : l'addiction qui mène à des dettes colossales
Pokémon : l'addiction aux cartes mène à des dettes

L'ouverture de boosters Pokémon, ces packs de dix cartes dont la dernière peut être rare et très prisée, peut virer à l'addiction et au surendettement, selon des experts interrogés par 20 Minutes. Un streamer Twitch, Wesbtw, a récemment plié un booster en deux contre 50 dollars envoyés par un spectateur, abîmant sa carte rare, un Pikachu Rainbow, valorisée à plusieurs centaines de dollars. Cette scène illustre les dérives d'un jeu pour enfants devenu une véritable roulette russe pour de nombreux fans.

Un mécanisme proche des jeux d'argent

Pour Laurent Karila, addictologue à l'hôpital Paul-Brousse (AP-HP), « un booster Pokémon, c'est quelques secondes de suspense emballées dans du plastique. On est dans la récompense intermittente et imprévisible ». Il explique que l'anticipation de la récompense est « incroyablement puissante » dans le cerveau, amplifiée par le rituel d'achat et d'ouverture. Bien que les boosters ne soient pas officiellement considérés comme des jeux d'argent, leur mécanisme s'en rapproche fortement.

Le sociologue Thomas Amadieu, spécialiste des jeux d'argent, compare le booster aux loot boxes des jeux vidéo : « On dépense une somme fixe d'argent qui varie en fonction des jackpots possibles et ensuite on se délaisse de cet argent pour des probabilités. Cette mécanique s'apparente tout à fait à un jeu d'argent. »

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Des dettes et des collections cachées

Des cas concrets illustrent cette spirale. Dans son émission YouTube « Financial Audit », Caleb Hammer a rencontré Jeffrey, qui a dépensé plus de 26 000 dollars en un an en cartes Pokémon, tout en réfutant avoir un problème de jeu. En Australie, Matthew, contacté par 20 Minutes, admet avoir « certainement » dépassé les 10 000 dollars américains dans ce qui était « devenu une obsession ». Il reconnaît que tout tournait autour de Pokémon, mais sans être tombé dans le « besoin irrépressible d'ouvrir des paquets ».

Certains vont jusqu'à dissimuler leur addiction à leurs proches. L'un des invités de Caleb Hammer a menti à sa femme pendant deux ans, cachant sa collection au grenier. Ce comportement est typique des addictions, selon les experts.

Le mirage du jackpot et les arnaques

Le Pr Laurent Karila explique que si la carte rare n'arrive pas, un biais cognitif classique apparaît : « J'ai déjà dépensé tellement d'argent que je ne peux pas m'arrêter maintenant. » Certains joueurs espèrent « se refaire », un critère de diagnostic dans les paris sportifs, selon Thomas Amadieu. La carte Pokémon la plus chère au monde a été vendue aux enchères pour 16,49 millions de dollars, et d'autres valent des centaines de milliers de dollars, comme un Dracaufeu de 1re Édition.

Cette frénésie se propage sur les réseaux sociaux avec les vidéos d'« unboxing », comparées par Thomas Amadieu à l'affichage des gros gains dans les bars-tabacs, donnant un faux sentiment de fréquence. Le business attire aussi des arnaqueurs : Matthew s'émeut de joueurs qui achètent des cartes rarissimes à des enfants pour une bouchée de pain. En 2021, un acheteur a été violemment agressé dans le Wisconsin, ce qui a poussé la chaîne Target à suspendre temporairement la vente de cartes Pokémon dans ses magasins aux États-Unis.

Matthew a finalement choisi de revendre sa collection, déclarant : « J'ai décidé que l'avenir de ma fille comptait plus que de courir après ce Pikachu ou de mettre la main sur un exemplaire de Dracaufeu. Au bout du compte, on achète simplement des morceaux de carton illustrés. »

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