Occitanie : 54 000 personnes âgées en « mort sociale »
Occitanie : 54 000 personnes âgées en « mort sociale »

Ce jeudi 1er octobre 2026, l'association Petits Frères des Pauvres a publié son rapport annuel sur la solitude et le manque de mobilité des personnes âgées. Le constat est alarmant : en France, un million de personnes de 60 ans et plus sont « assignées à résidence », c'est-à-dire qu'elles ne sortent plus de chez elles. En Occitanie, la situation est particulièrement préoccupante : près de 50 % des personnes âgées de la région ne sortent pas quotidiennement de leur domicile, et 54 000 d'entre elles sont en situation de « mort sociale », selon l'étude.

Un constat alarmant en Occitanie

La région Occitanie compte 1,8 million de personnes âgées de 60 ans ou plus, soit près de 30 % de sa population. Le rapport de Petits Frères des Pauvres révèle que 30 % de ces personnes sont isolées de leur cercle familial, 57 % du cercle associatif, 27 % du cercle amical et 22 % du cercle de voisinage. Plus grave encore, 3 % des 1,8 million de personnes âgées de la région n'ont accès à aucun de ces vecteurs de vie sociale, ce qui représente plus de 50 000 personnes. L'étude parle alors de « mort sociale ».

« La situation est totalement inacceptable », a déclaré Yann Lasnier, président de l'association, lors de la présentation du rapport. Il a également souligné que « la précarité économique des personnes renforce la difficulté que nous étudions ». Les personnes âgées concernées n'ont plus d'échanges avec les commerçants, les facteurs, les aides à domicile ou les professionnels de santé au-delà d'un simple « Bonjour, bonsoir » : ils sont 21 % dans ce cas dans la région.

Les causes multiples de l'isolement

L'association a cherché à comprendre les raisons de cet isolement. Le vieillissement et la maladie sont des freins majeurs : 41 % des plus de 60 ans souffrent physiquement lorsqu'ils se déplacent, et 30 % ont peur de faire une chute dans leurs déplacements, des chiffres équivalents à la moyenne nationale. En revanche, les aînés de la région marchent davantage : 29 % marchent moins de 30 minutes par jour, contre 37 % en France.

Concernant la voiture, les plus de 60 ans sont plus mobiles en Occitanie que dans le reste de l'Hexagone : 89 % conduisent dans la région, contre 79 % en France. Avoir son véhicule personnel demeure une manière de préserver son indépendance et sa vie sociale, surtout quand on sait qu'en Occitanie, comme dans le reste de la France, deux tiers des personnes âgées n'ont pas l'habitude de prendre les transports en commun. Yann Lasnier s'en alarme : « Vous avez des gens qui ont peur de prendre le bus, de rester debout, que le bus roule trop vite, des gens qui n'ont jamais pris le bus de leur vie et qui ne savent pas qu'il faut faire un signe au chauffeur pour s'arrêter. »

L'environnement n'est pas adapté aux difficultés rencontrées par les plus âgés, pointe le rapport. À l'intérieur de leur logement, 10 % des plus de 60 ans peinent à se déplacer. Ensuite, le problème de l'ascenseur se pose : l'association soutient la proposition de loi visant à lutter contre les pannes. Une fois dans la rue, 32 % des sondés estiment que les trottoirs et autres aménagements urbains sont insuffisamment adaptés à la marche. Enfin, par manque de moyens, 30 % des personnes âgées de la région renoncent à voir leurs proches, un chiffre qui pourrait augmenter dans un contexte d'explosion des carburants. La conclusion est sombre : 16 % des plus de 60 ans se sentent enfermés chez eux.

Des préconisations pour lutter contre l'isolement

Pour remédier à cette situation, Petits Frères des Pauvres a formulé une liste de préconisations partagées ce jeudi avec le rapport. Parmi elles, le renforcement du leasing social pour les retraités disposant de faibles ressources, le développement des actions de sensibilisation, d'auto-évaluation, de prévention et de remise à niveau pour la conduite, ainsi que le renforcement de l'aide à domicile et le développement du remboursement de séances d'ergothérapie.

« Il faut d'abord penser à la mobilité des personnes dans leur logement, a expliqué Yann Lasnier. Aujourd'hui, il y a des gens qui n'utilisent pas la totalité de leur logement parce qu'ils n'arrivent plus à monter l'escalier. Il faut organiser des visites d'adaptation, soutenir les bailleurs sociaux pour qu'ils adaptent, accompagner les gens à bien vieillir, développer le transport à la demande, faire un plan piéton comme on l'a fait avec les pistes cyclables… »

En attendant ces solutions, l'association rappelle que la situation des personnes âgées en Occitanie est « totalement inacceptable ».