À Montpellier, trois mères de famille ayant vécu dans la rue, sous une tente ou dans une voiture, témoignent de leur parcours avant de trouver un refuge. Leurs récits illustrent la situation de 234 enfants recensés sans logement en Occitanie fin août 2026 par l'Unicef, et mettent en lumière l'urgence sociale pour ces familles.
Des témoignages poignants de mères de famille
Sophie, originaire d'Europe de l'Est, raconte son arrivée à Montpellier en 2022 : « Quand je suis arrivée ici en 2022, j'étais enceinte de trois mois et j'avais un enfant de 4 ans. C'était en janvier et j'ai dormi à la rue pendant une vingtaine de jours, à proximité de la place de la Comédie. C'était très difficile. » Après plusieurs passages aux urgences, elle est admise à l'hôpital, mais ne supporte pas que son mari et son petit garçon dorment dehors. Un docteur lui promet de trouver une solution, et avec le 115, ils obtiennent une chambre.
La famille enchaîne ensuite quatre hôtels en deux ans, entre Béziers et Montpellier. « J'ai connu les cafards, les punaises de lit et le manque d'hygiène. Ces hôtels, bien qu'ils aient quitté la rue, étaient totalement inadaptés pour des enfants », confie Sophie. À Béziers, il fallait descendre quatre étages et traverser la rue pour accéder à un réfrigérateur, dans un quartier « pas toujours bien fréquenté ». Son fils lui demandait souvent : « Maman, pourquoi on n'a pas une maison, pourquoi ? »
De la tente à l'appartement : des parcours semés d'embûches
Sabrina, originaire d'Algérie, a vécu chez son grand frère pendant un an, puis dans une chambre associative, avant de trouver un appartement à la location pour neuf mois. Après une rénovation imposée par l'administration, elle se retrouve à la rue avec ses quatre enfants. « J'ai dû vivre dehors, dans une tente installée à Malbosc avec mes enfants », explique-t-elle. Une association de protection des enfants l'aide finalement à obtenir l'appartement qu'elle occupe aujourd'hui.
« C'était une période très difficile, surtout pour les enfants, le fait de se déplacer tout le temps avec leurs bagages, et le plus petit me disait tout le temps "quand est-ce qu'on va avoir un appartement ?" », se souvient Sabrina. Aujourd'hui, elle remercie tous ceux qui l'ont aidée : « Dieu merci, aujourd'hui, j'ai un toit pour mes enfants. »
Une jeune mère espagnole et sa fille dans une voiture
Inès, une jeune femme de nationalité espagnole, vit dans une chambre d'hôtel au nord de Montpellier avec sa fille de 5 ans. À son arrivée en France avec sa mère, sa fille et ses deux petites sœurs, elles logeaient chez une dame, mais ont dû partir quand celle-ci est allée au Maroc. « On a vécu plusieurs mois dans une voiture, à cinq, avec trois enfants, raconte-t-elle. Un jour, un homme est venu uriner sur la portière, ma fille était terrorisée. Ça a été un très long chemin avant qu'on puisse avoir accès à l'hébergement d'urgence, mais aujourd'hui je dis merci pour l'aide. »
En mai 2025, Inès trouve refuge dans une chambre au 4e étage d'un hôtel du centre-ville de Montpellier, sa mère et ses sœurs dans un autre hôtel à Lattes. Cependant, les escaliers sont difficiles à monter pour elle, atteinte de sclérose en plaques. Elle finit par obtenir une place dans un hôtel à 15 minutes de l'arrêt de tram Occitanie, avec une petite plaque de cuisson et un frigo. « Ma référente sociale, c'est la meilleure », assure-t-elle.
Inès, qui rêvait de devenir hôtesse de l'air avant sa maladie, souhaite reprendre ses études, dans un secteur qui valoriserait les huit langues qu'elle parle. « Je veux faire quelque chose de ma vie, pas rester comme ça et regarder les murs, parce que c'est ennuyeux et triste. »
Un constat alarmant en Occitanie
Ces témoignages interviennent alors que l'Unicef a révélé fin août que 2 355 enfants dormaient à la rue en France en 2026, après un appel infructueux au 115. En Occitanie, ils sont au moins 234 enfants à vivre sans logement. Ce chiffre, probablement sous-estimé, traduit l'impuissance du gouvernement à venir à bout de ce fléau, quatre ans après la promesse du « zéro enfant à la rue ». Selon Clara Toubol, éducatrice spécialisée au sein de l'association Gammes, ces situations montrent l'urgence sociale qui frappe ces foyers privés de logement pérenne.