Le secteur de la petite enfance se mobilise et appelle à une grève nationale le 8 octobre prochain. À l'image de nombreuses professions en cette rentrée, les professionnels veulent interpeller l'opinion publique et les élus sur les difficultés du métier, à quelques mois de l'élection présidentielle.
Un collectif pour un meilleur taux d'encadrement
« On veut remettre un coup de projecteur », assure Emilie Philippe, membre du collectif « Pas de bébés à la consigne », qui regroupe une cinquantaine d'organisations professionnelles. « On a entendu beaucoup de discours, lu des rapports, vu des documentaires, mais très concrètement, dans le quotidien des structures, rien n'a bougé », déplore la professionnelle, éducatrice de jeunes enfants.
La revendication principale du collectif est l'instauration d'un meilleur taux d'encadrement dans les lieux d'accueil. Actuellement, le ratio obligatoire est d'un professionnel pour cinq enfants qui ne marchent pas, un pour huit enfants marcheurs ou un pour six enfants quel que soit leur âge. « Quand une professionnelle doit gérer six bébés au rythme différent, elle ne peut pas les accompagner correctement, pointe Emilie Philippe. Il faut aussi prendre en compte les pauses, les congés et la pénurie de professionnels grandissante depuis des années. »
Une crise révélée par un drame en 2022
En 2022, la mort d'une petite fille de 11 mois, tuée par une employée dans une micro-crèche à Lyon, avait brutalement alerté l'opinion publique sur les conditions de travail du secteur. « Mais depuis, le taux d'encadrement n'a pas bougé », déplore la professionnelle. D'ici 2030, le collectif demande au minimum un adulte pour quatre bébés et un pour cinq enfants.
Le cercle vicieux se poursuit dans ce secteur féminisé à plus de 90 %. « Moins on est nombreuses, plus la pénibilité est forte », explique Emilie Philippe. Les équipes sont épuisées, les arrêts de travail et le turn-over se renforcent. « Il y a un manque de stabilité qui pénalise les enfants, ajoute cette maman. À titre personnel, mon fils a dû voir cinq ou six professionnelles différentes en un an dans sa crèche. » Difficile aussi pour les parents d'avoir confiance.
Des revendications salariales et de formation
D'ici 2033, 100 000 places d'accueil pourraient manquer en France. Pour endiguer cette crise structurelle, le collectif défend la reconnaissance salariale des professionnelles, avec une rémunération à la hauteur dans les structures et pour les assistantes maternelles, premier mode d'accueil des jeunes enfants en France. « Nous avons aussi des demandes au niveau de la formation, détricotée depuis des années », rappelle Emilie Philippe, qui plaide pour davantage de places dans les centres de formation et une formation initiale renforcée.
Plusieurs préavis ont été déposés au niveau national par les syndicats du secteur qui espèrent une mobilisation partout en France. Un rendez-vous a également été demandé à la ministre de la Santé et des Familles, Stéphanie Rist, qui vient d'annoncer un plan d'urgence de 90 millions d'euros, répartis sur trois ans, pour la petite enfance. En vain. « La réponse propose un échange avec des membres de son cabinet, les 13 ou 14 octobre, après la mobilisation. Aucune rencontre avec la ministre elle-même n'est proposée », dénonce le Syndicat national des professionnels de la petite enfance (SNPPE), qui pointe un « mépris politique » envers le secteur.