Pendant quinze ans, Laurence Cottet, directrice des risques dans un grand groupe, a dissimulé une dépendance sévère à l'alcool derrière une carrière en apparence irréprochable. Aujourd'hui abstinente, elle raconte son parcours et dénonce la « double peine » vécue par les femmes dépendantes. Son témoignage, publié dans son livre Non ! J'ai arrêté. Trouver un chemin de sortie face à l'alcool avec la méthode H3D, réédité en janvier 2024 aux éditions Dunod, met en lumière un tabou persistant.
Une façade professionnelle qui masque une dépendance
Pendant quinze ans, Laurence Cottet a réussi à donner le change. Directrice des risques dans un grand groupe, elle enchaîne les réunions et mène une vie professionnelle en apparence irréprochable. Mais derrière cette façade, l'alcool prend progressivement toute la place. « J'avais une fiole de vodka orange dans mon sac, j'allais aux toilettes femmes, j'en buvais quelques gorgées, ça calmait les tremblements », confie-t-elle.
Laurence Cottet connaît d'abord « l'alcool plaisir », celui qu'elle qualifie de « festif ». Mais à 35 ans, tout bascule lorsqu'elle perd son mari, Pierre. « L'alcool va prendre la place de mon mari », raconte-t-elle. Dès lors, la dépendance s'installe. Elle s'enferme chez elle, entourée des affaires de son époux, « comme dans un musée ». Pendant deux ans, en dehors de ses heures de travail, elle reste cloîtrée. « Quelque part, je veux la paix. J'ai envie de dire : laissez-moi boire seule. » Sa consommation atteint rapidement une bouteille et demie, voire deux bouteilles par jour.
Le corps qui ne ment plus
C'est finalement son entourage professionnel qui commence à donner l'alerte. Les remarques se font d'abord à mots couverts, puis finissent par lui parvenir. Sa consommation n'est plus tout à fait invisible. Laurence entreprend alors de la dissimuler davantage en buvant moins en public et en réservant progressivement l'alcool aux moments où elle est seule. Mais si elle parvient encore à sauver les apparences, son corps, lui, ne ment plus. Les journées commencent souvent par des sueurs et des mains tremblantes, tandis que l'anxiété prend le dessus. À ces premiers signes physiques s'ajoute le poids accablant de la culpabilité. « C'est la honte qui m'emmure. Il n'est pas question que j'en parle à qui que ce soit. » Consciente de son problème, elle continue pourtant de le gérer « tant bien que mal », enfermée dans le silence.
Pour Laurence Cottet, cette incapacité à demander de l'aide est intimement liée au regard que la société porte sur les femmes qui boivent. « On se sent jugée. La femme, elle doit porter. Elle porte le ménage, l'enfant, elle doit montrer l'exemple. » Cette pression engendre ce qu'elle décrit comme une véritable « double peine ». Là où l'alcoolisme masculin peut parfois être perçu avec une certaine tolérance sociale, voire de la virilité, la femme dépendante se heurte à une violente condamnation morale. « Une femme qui boit, c'est pas beau. C'est automatiquement une pochetronne, une débauchée », souffle-t-elle. Autant de clichés qui enferment les malades dans le silence et les éloignent des parcours de soins.
La chute qui libère
L'effondrement inévitable survient lors d'une cérémonie de vœux organisée par son entreprise. Ce jour-là, son corps lâche. « Je tombe au sol, comme une ivrogne. J'ai trop bu et je ne sais pas me relever. » Impossible de continuer à tricher. Cette chute brutale marque pourtant le début de sa renaissance : épaulée par un médecin addictologue et portée par les réunions des Alcooliques Anonymes, elle entame le difficile chemin de l'abstinence.
Aujourd'hui, Laurence Cottet accompagne à son tour des personnes confrontées à l'addiction, avec une attention particulière pour les femmes. Elle se bat au quotidien pour lever le tabou et prouver qu'une autre vie est possible.
Un sevrage qui ne s'improvise pas
Si sortir de l'alcoolisme est un espoir concret, il est dangereux d'y parvenir seul. L'arrêt d'une consommation régulière et massive exige un accompagnement médical rigoureux. Car dans les cas les plus sévères, le sevrage peut provoquer des convulsions ou un delirium tremens (confusion aiguë, hallucinations). L'arrêt de l'alcool ne s'improvise donc pas et requiert l'expertise d'un professionnel de santé.