Dans le hall d’un bâtiment vacant, occupé par des personnes sans domicile, à Bondues, dans le Nord, le 21 février 2024, une situation illustre la persistance d’une crise du logement en France. Les temps changent, mais les solutions peinent à suivre. En 1947, l’État avait réquisitionné 88 000 logements, s’appuyant sur une ordonnance prise deux ans plus tôt par le gouvernement provisoire du général de Gaulle. Entre 1995 et 1997, après l’occupation par l’association Droit au logement d’un immeuble de la rue du Dragon, dans le 6ᵉ arrondissement de Paris, le président de la République, Jacques Chirac, avait mobilisé, sur la base du même texte, un millier d’appartements pour y installer temporairement des personnes à la rue.
Une nouvelle procédure et une crise aggravée
Depuis lors, une nouvelle procédure a été créée par une loi de 1998, mais la crise du logement et le sans-abrisme se sont considérablement aggravés. Malgré les appels à des réquisitions lancés par des maires, des députés ainsi que par les principales associations de défense des personnes mal-logées, aucune opération d’ampleur n’a eu lieu ces dernières années. Le gouvernement ne compte pas non plus soutenir une proposition de loi du groupe écologiste visant à autoriser les maires à réquisitionner selon les mêmes modalités que les préfets, qui doit être examinée jeudi 12 février par l’Assemblée nationale.
La position du ministre du logement
« La réquisition de logements n’est pas efficace, elle est très coûteuse et une atteinte fondamentale au droit de propriété », justifie le ministre du logement, Vincent Jeanbrun, dans une réponse écrite. Il ajoute, avec une pointe de critique : « Il est dommage que ceux qui veulent donner plus de moyens à l’hébergement dans notre pays aient refusé de voter le budget dans lequel il était prévu 110 millions d’euros de plus pour l’hébergement d’urgence, soit des milliers de places supplémentaires. »
Un débat politique enflammé
Cette opposition gouvernementale soulève des questions sur les priorités en matière de lutte contre le sans-abrisme. Les écologistes et leurs alliés arguent que la réquisition pourrait offrir une solution rapide face à l’urgence, tandis que le gouvernement privilégie des mesures budgétaires et structurelles. Le débat, qui s’annonce houleux à l’Assemblée nationale, reflète les tensions entre protection de la propriété privée et impératifs sociaux.
Alors que des milliers de personnes dorment encore dans la rue, la proposition de loi écologiste représente un test crucial pour la volonté politique de résoudre cette crise. Les prochains jours diront si les parlementaires sont prêts à adopter des mesures audacieuses ou s’ils préfèrent maintenir le statu quo, au risque d’aggraver encore la situation des plus vulnérables.



