Crise du logement social au Pays basque : 16 557 demandes en attente, un enjeu majeur des municipales
Pays basque : 16 557 demandes logement social en attente

Une crise sans précédent du logement social au Pays basque

Le parc social basque traverse une crise profonde et sans précédent. À ce jour, pas moins de 16 557 demandes de logement social restent sans réponse, faute d'appartements disponibles. Ce chiffre alarmant, en augmentation de plus d'un millier par rapport à l'année dernière, place l'urgence du logement au cœur des enjeux des élections municipales en cours.

Des vies en suspens derrière les statistiques

Derrière ces chiffres froids se cachent des réalités humaines poignantes. Les demandes émanent principalement de familles monoparentales – dont 35% sont liées à des séparations –, de jeunes actifs de moins de 30 ans qui, malgré un emploi, ne disposent pas de ressources suffisantes pour quitter le domicile parental, et, fait nouveau, de retraités confrontés à des congés pour vente ou à l'isolement en milieu rural avec perte d'autonomie. S'ajoutent à cela les situations d'urgence liées aux violences intrafamiliales.

« À l'heure des commissions d'attribution, quand les dossiers s'empilent face à un T2 ou un T3 – l'essentiel de la demande –, le choix peut être douloureux », confirme Thierry Montet, directeur général de l'Office 64 de l'habitat, l'un des principaux opérateurs publics du département.

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La construction, seul rempart insuffisant

Pour endiguer cette crise, la construction apparaît comme le seul rempart. Pourtant, le Pays basque est loin du compte. Sur la zone tendue, seule Bayonne (26,5%) respecte le cahier des charges de la loi SRU, qui impose un taux cible de 25% de logements sociaux par commune. Pour équilibrer le territoire, le Plan local d'habitat (PLH) estime nécessaire la construction de 800 nouveaux logements sociaux par an.

En pleine campagne municipale, ce chantier d'intérêt général s'invite dans la plupart des programmes. « La volonté politique » devient l'étendard, mais le futur maire pourra-t-il construire plus vite et plus fort ? La réponse est complexe.

Les recours administratifs, un frein majeur

Avant même de poser la première pierre, les élus doivent composer avec des obstacles significatifs, dont les recours administratifs. « Tout le monde veut du logement social, mais pas à côté de chez soi », résume Lausséni Sangaré, directeur général d'Habitat Sud Atlantic (HSA).

Les exemples sont nombreux :

  • Quatre attaques consécutives d'une même personne contre le lotissement Ithurbidea à Ascain (82 logements sociaux)
  • Un recours du voisinage sur le projet Romatet au Boucau

Si HSA a gagné ces procès, les retards et réactualisations des coûts ont alourdi la facture de 800 000 euros au Boucau. À Ascain, 148 000 euros d'indemnisation pour recours abusif ont été demandés.

L'Office 64 de l'habitat n'est pas épargné. À Urrugne (taux SRU à 12,91%), un projet de 270 logements a été bloqué six ans par un collectif de riverains. Résultat : 96 000 euros de frais d'avocat et Urrugne reste toujours dans le rouge aux yeux de la loi SRU, avec des pénalités à payer à l'État.

La compensation écologique, casse-tête urbanistique

La loi Zéro artificialisation nette (ZAN) introduit une autre difficulté majeure : la compensation écologique. Si son bien-fondé est incontestable, son application devient un véritable casse-tête.

« C'est un vrai sujet », pointe Lausséni Sangaré. À Urcuit, 70 logements sociaux sont en rade depuis 2022 faute de terrain de compensation. Même difficulté pour CDC Biodiversité, filiale de la Caisse des dépôts chargée de proposer des réserves foncières.

Une fois les mètres carrés de compensation trouvés dans un périmètre proche – comme l'exige le ZAN –, l'entretien du terrain revient au commanditaire. À Lahonce, cela a représenté 300 000 euros supplémentaires pour le programme Zabaleta.

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Construire en hauteur : une question d'acceptabilité

Face à ces contraintes, construire en hauteur apparaît comme une solution pour produire plus de logements sociaux. « À Anglet, on n'a pas hésité sur les axes structurants comme le boulevard du BAB, mais dans les zones pavillonnaires, c'est impossible », explique Thierry Montet.

Pour Lausséni Sangaré, « c'est une question d'acceptabilité citoyenne et politique ». À Bayonne, le projet de la Citadelle prévoit ainsi R+5 car le terrain le permet.

Une temporalité incompatible avec le mandat politique

Les experts sont unanimes : il faut dix ans minimum, soit deux mandats, pour voir émerger des programmes immobiliers sociaux. « Cinq ans pour les études et le foncier, cinq autres pour l'aménagement », décrit Thierry Montet, soulignant ainsi la déconnexion entre temps technique et temps politique.

Malgré ces difficultés, le directeur de l'Office 64 de l'habitat se veut rassurant : « Je n'ai jamais vu un maire qui n'a pas envie de faire du logement social. Aujourd'hui, le premier facteur d'intégration, c'est le logement, l'emploi vient en second. »

Le Pays basque largement déficitaire face à la loi SRU

La loi SRU impose aux communes de plus de 3 500 habitants un taux cible de 25% de logements sociaux. Au 1er janvier 2024, sur la zone tendue, seules Bayonne (26,50%) et Saint-Jean-de-Luz (21,13%) approchent ou dépassent cet objectif.

Les villes carencées subissent des sanctions financières lourdes :

  1. Biarritz : plus de 2,5 millions d'euros de prélèvement net 2025
  2. Hendaye : 314 480 euros de pénalités
  3. Urrugne : 289 082 euros de pénalités

D'autres communes affichent des taux préoccupants : Hasparren (6,77%), Saint-Pée-sur-Nivelle (7,55%), Ciboure (13,81%), Mouguerre (9,69%), Ascain (9,59%). Ces chiffres, qui ne tiennent pas compte des programmes inaugurés en 2025, illustrent l'ampleur du défi qui attend les futurs élus municipaux.