Biarritz face au défi du logement : la compensation des meublés touristiques au cœur de la campagne
Dans le cadre des élections municipales, la question du logement s'impose comme un enjeu central à Biarritz, où la pénurie de logements demeure une réalité prégnante. Le règlement de compensation des meublés de tourisme, mis en place le 1er mars 2023 au sein de la Communauté d'agglomération Pays basque, suscite des débats animés parmi les six candidats en lice. Cette mesure oblige les propriétaires d'un meublé touristique à créer un logement destiné à la location classique, à partir d'un local initialement affecté à un autre usage que l'habitation.
Un contexte de tension immobilière exacerbée
La dernière décennie a été marquée par une multiplication des meublés de tourisme, asséchant à la fois le marché des ventes et des locations. À Biarritz, les résidences secondaires représentent 40 % des logements, contribuant significativement à la crise du logement. Le règlement de compensation a légèrement modifié la donne, mais insuffisamment pour résorber la pénurie. Des exemptions existent, notamment pour les logements loués à des étudiants au moins neuf mois ou situés dans l'emprise de la résidence principale, ainsi que pour les résidences principales mises en location touristique moins de 120 jours par an.
En revanche, les résidences secondaires ne bénéficient pas de cette exemption. Certains propriétaires, incapables de compenser en offrant une superficie identique dans la même commune, se retrouvent contraints de louer de manière classique ou de vendre. Une pratique irrégulière a émergé : déclarer sa résidence secondaire comme résidence principale. À Biarritz, le nombre d'appartements sur les plateformes de location a diminué, notamment grâce à l'enregistrement obligatoire en mairie instauré par la compensation. Des centaines d'autorisations, demandées pour trois ans juste avant l'entrée en vigueur du règlement, arriveront à échéance d'ici mars 2026, révélant alors le nombre de logements non compensés retournant sur le marché.
Les positions des candidats : entre soutien et critiques
Ana Ezcurra (Biarritz berri, liste citoyenne) se déclare favorable à la compensation sans hésitation. Elle propose de réduire de 120 à 90 jours la location touristique des résidences principales pour limiter les stratégies spéculatives. Elle souligne qu'en 40 ans, environ 8 000 logements ont été créés à Biarritz, dont 6 000 en résidences secondaires, et plaide pour inverser cette logique. Elle annonce la création d'une cellule urgence logement pour coordonner contrôle et accompagnement, et souhaite obtenir l'encadrement des loyers.
Jean-Baptiste Dussaussois-Larrade (Cap Biarritz, sans étiquette) critique l'inefficacité de la mesure, estimant qu'elle plonge les propriétaires dans des difficultés les contraignant à vendre. Il propose d'utiliser les 2,5 millions d'euros annuels de la pénalité SRU pour alimenter une foncière publique, afin d'acquérir et réhabiliter les 450 logements vacants identifiés. Il instaurerait un pacte de confiance avec les propriétaires, incluant la prise en charge des garanties de loyers impayés.
Richard Tardits (Biarritz d'abord, sans étiquette) adopte une position nuancée, favorable à une compensation ciblée, proportionnée et contrôlée, avec des exonérations possibles pour les résidences principales. Il prône la mobilisation du foncier communal via des baux de longue durée et un inventaire public du foncier disponible, avec des critères d'attribution transparents.
Maider Arosteguy (Ensemble vivons Biarritz, sans étiquette) propose d'assouplir la règle de compensation, constatant des résultats limités avec seulement une centaine de logements saisonniers remis en location à l'année. Elle suggère d'autoriser la location saisonnière pour une seule résidence secondaire par foyer, afin de protéger les petits propriétaires, tout en maintenant une régulation ferme contre les abus.
Guillaume Barucq (Biarritz Nouvelle Vague, sans étiquette) met l'accent sur l'évaluation locale des dispositifs existants, incluant la compensation, et propose des adaptations pour limiter les effets d'aubaine. Il créerait un Observatoire local du logement et une Maison du logement, tout en menant une étude sur les logements vacants pour faciliter leur remise sur le marché.
Serge Blanco (Mon équipe, c'est Biarritz, sans étiquette) soutient la mesure de compensation, estimant qu'elle contribue à maintenir une vie locale dynamique. Il critique la majorité sortante pour son intention d'assouplir la règle et propose de fixer des quotas de locations Airbnb par quartier. Il annonce le lancement de 160 logements en Bail réel solidaire (BRS) à Aguilera, privilégiant les Biarrots et luttant contre la spéculation.
Perspectives et enjeux futurs
La diversité des positions reflète les tensions autour de la compensation des meublés touristiques, perçue comme un outil nécessaire par certains et comme une mesure punitive par d'autres. Alors que Biarritz continue de faire face à une crise du logement aiguë, les électeurs devront trancher sur la meilleure approche pour rééquilibrer le marché immobilier, protéger les résidents permanents et préserver l'identité de la ville. Les prochains mois, avec l'échéance de mars 2026 pour les autorisations de location, seront déterminants pour évaluer l'impact réel de cette régulation sur l'offre de logements à l'année.



