Le voyage fondateur de Michel Gonelle avec Robert Badinter en 1974
Voyage fondateur de Michel Gonelle avec Robert Badinter en 1974

Un voyage historique sur la nationale 113

Le 28 février 1974, un événement discret mais profondément marquant s'est déroulé sur les routes françaises. Michel Gonelle, alors un jeune avocat stagiaire, a pris le volant de sa voiture pour accueillir un passager exceptionnel : Robert Badinter, futur garde des Sceaux de François Mitterrand et figure emblématique de la défense des libertés. Ce trajet entre Bordeaux et Agen, sur la nationale 113, est resté gravé dans la mémoire de l'ancien élu RPR, aujourd'hui archiviste passionné de ses propres souvenirs.

Une mission inattendue du bâtonnier

Michel Gonelle se souvient avec précision de la demande qui a changé son parcours. « C'était à l'initiative du bâtonnier de l'époque, Paul Nasse. Il est venu me trouver en me disant : 'Écoutez, vous êtes jeune stagiaire, vous n'avez sans doute pas trop de travail. Est-ce que vous pourriez me rendre un service ? Vous avez une voiture ?' » raconte-t-il, amusé. Malgré sa Peugeot cabossée, le jeune avocat a accepté sans hésiter. La mission : récupérer Me Badinter à la cour de Bordeaux et le ramener à Agen pour une conférence au centre culturel sur l'abolition de la peine de mort.

La rencontre avec un monument du barreau

Déjà en 1974, Robert Badinter possédait une aura immense. Michel Gonelle l'avait croisé auparavant, notamment lors d'un procès à Agen en 1973. « Je l'avais revu dans ses bureaux du Faubourg Saint-Honoré à Paris, juste avant ce voyage. Quand il me reçoit, Badinter m'installe face à son bureau, une énorme plaque de verre posée sur des pieds de fer forgé. Et tout en discutant, il avait posé ses pieds sur ce bureau. J'avais trouvé cette attitude totalement baroque », confie Michel Gonelle, souriant à ce souvenir.

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Des conversations fondatrices dans la 504

Pour l'occasion, Michel Gonelle a emprunté la voiture de son père, une Peugeot 504 en bien meilleur état que la sienne. « J'ai récupéré Robert Badinter à la cour à Bordeaux. Puis le lendemain de la conférence, je l'ai conduit à l'aéroport de Blagnac. Lors de ces deux trajets, nous avons longuement discuté », se remémore-t-il. Ces échanges ont été déterminants pour le jeune avocat. Badinter, revenant d'URSS où il avait assisté à un procès choquant, partageait ses réflexions : « Moi, vous savez, je suis plutôt socialiste. Mais franchement, là, je suis quand même très déstabilisé par cette façon de voir l'État qui prend le pas sur l'individu, alors que l'avocat est celui qui défend l'individu face à l'État ».

L'héritage d'une philosophie humaniste

Plus de cinquante ans après, Michel Gonelle garde une image vive de ces moments. « Il était tourmenté par tous ces régimes qui faisaient passer l'intérêt de l'État au-dessus de celui de l'individu. C'était une constante dans sa ligne de conduite », explique-t-il. Pour le jeune stagiaire, ces propos sur la défense de l'homme face au système ont été fondateurs. « Quand on est jeune et qu'on a encore tout à découvrir, ce sont des moments très très forts avec des propos relatifs à la défense de l'individu face aux juges qui sont encore aujourd'hui plus que jamais d'actualité », conclut Michel Gonelle, soulignant l'actualité persistante de ces enseignements.

Une mémoire archivée avec soin

Michel Gonelle, aujourd'hui connu pour sa collection de documents et coupures de presse, voit sa mémoire comme un magnétoscope précis. L'entrée de Robert Badinter au Panthéon a réactivé ces souvenirs, ramenant à la surface ce voyage historique. Cet épisode illustre comment des rencontres apparemment anodines peuvent façonner une carrière et influencer une vision du droit et de la justice.

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