Deux affaires de violences contre des agents pénitentiaires jugées en visioconférence
Le tribunal correctionnel a examiné lundi 23 février deux dossiers similaires concernant des actes de violence commis contre des agents de l'administration pénitentiaire. Les audiences se sont déroulées par visioconférence depuis le centre pénitentiaire de Poitiers-Vivonne, mettant en lumière les tensions persistantes au sein des établissements carcéraux.
Un premier détenu condamné pour un coup porté à un surveillant
La première affaire concernait Sofien Hajji, détenu à la maison centrale de Saint-Martin-de-Ré. L'homme, déjà incarcéré pour vingt ans après avoir immolé sa femme en région parisienne en 2018, a refusé de se présenter physiquement à l'audience. Il était accusé d'avoir frappé un agent qui lui apportait son plateau-repas, mécontent de la nourriture qui lui était servie.
Le tribunal a rendu son jugement en seulement cinq minutes, condamnant Sofien Hajji à huit mois de prison supplémentaires avec mandat de dépôt. Cette décision rapide illustre la volonté des magistrats de traiter efficacement ces cas de violence en milieu carcéral.
Un second prévenu jugé pour menaces et insultes particulièrement violentes
La seconde affaire impliquait Louis Mouche, 27 ans, détenu à la maison d'arrêt de Rochefort. L'homme comparaissait pour des faits survenus le 21 août 2025, où il avait menacé, insulté et agressé physiquement deux agents pénitentiaires.
Lors de l'audience, Louis Mouche a tenté de se justifier en expliquant qu'il avait « pété un plomb » après s'être vu refuser un parloir, lui qui n'avait pas vu son fils depuis six mois. Mais la présidente du tribunal judiciaire de La Rochelle, Anne Le Fournier, a rapidement rappelé les règles de respect de la prise de parole.
Des propos « particulièrement dégradants » selon la partie civile
Les faits reprochés à Louis Mouche étaient particulièrement graves. Ce jour d'août 2025, il avait menacé de se suicider, aiguisé une brosse à dents en guise d'arme, et tapé sa tête contre les murs de sa cellule. Après que ses draps lui eurent été retirés et qu'une dotation de protection d'urgence lui eut été enfilée, il était sorti de ses gonds.
Par l'interphone, il avait alors proféré des insultes d'une rare violence à une surveillante. La présidente a énuméré ces propos lors de l'audience : « sale chienne », « sale pute », « je vais te "spermer" dans la gueule », « je vais niquer ta fille », « je vais niquer ta nièce », et enfin « ta fille va mourir ».
La partie civile, représentant les deux victimes, a souligné le caractère « particulièrement dégradant » de ces mots, précisant que sa cliente n'avait jamais entendu de telles insultes auparavant. La procureure a rappelé qu'un « minimum de respect est attendu envers les agents pénitentiaires et les membres du tribunal ».
Condamnation et réparation
Le tribunal a finalement condamné Louis Mouche à cinq mois de prison ferme. Il devra également verser 2 100 euros de dommages et intérêts au total aux deux agents victimes, et effectuer un sérieux travail psychologique sur la gestion de la frustration. Les deux condamnés ont dix jours pour faire appel de ces décisions.
Un phénomène qui dépasse le milieu carcéral
Ces deux affaires s'ajoutent aux quelque 5 000 agressions de surveillants commises en moyenne chaque année en milieu fermé. Mais comme l'a rappelé la mémoire des attaques de prisons survenues au printemps dernier, ces violences ne se limitent plus aux seuls établissements pénitentiaires. Elles sont désormais également observables en milieu ouvert, témoignant d'une inquiétante banalisation des actes d'agression contre les personnels de l'administration pénitentiaire.
Ces jugements interviennent dans un contexte où la protection des agents pénitentiaires et le maintien de l'ordre au sein des prisons restent des enjeux majeurs pour les autorités judiciaires et pénitentiaires françaises.



