Un groupe de 17 victimes de violences, pour beaucoup sexuelles, dans les institutions catholiques du diocèse, demande à l’évêque que soit apposé sur la cathédrale Sainte-Marie un témoignage de reconnaissance, « à la foi réparateur et pédagogique ».
Une demande adressée à l'évêque
« Un mémorial pour les victimes de tout le diocèse à la cathédrale de Bayonne ». C’est la demande adressée par un groupe de dix-sept de ces victimes à Marc Aillet, évêque de Bayonne, Lescar et Oloron. Dans un bref courriel en date du 14 avril, les signataires convient le prélat à discuter de ce principe dont le « but serait à la fois réparateur et pédagogique ».
Jean-Baptiste Arréguy a pris l’initiative de cette démarche et fédéré les victimes qui l’appuient. « La plupart de ces personnes ont été victimes de violences sexuelles », relève-t-il. Lui-même a subi de telles agressions de la part d’un curé, à la maîtrise épiscopale de Bayonne, lorsqu’il avait 11 ans. Des attouchements et baisers forcés qui ont conduit, en 2023, l’Instance nationale indépendante de reconnaissance et réparation (Inirr) à le confirmer dans le statut de victime et lui attribuer une réparation.
Pas de procès
« La plupart des personnes associées à la démarche pour un mémorial ont fait un parcours Inirr ou après de la CRR (1). Certains sont en cours de procédure. » Le petit groupe réunit des victimes de Bétharram, de Saint-François-Xavier à Ustaritz, de la maîtrise… Des hommes et des femmes âgés de 36 à 81 ans, parfois des fratries. Violences sexuelles, physiques ou psychologiques : « Il y a une continuité entre toutes ces formes d’atteintes à des enfants, analyse Jean-Baptiste Arréguy. Chaque fois, on est dans une relation d’abus de pouvoir, avec un adulte détenteur d’une autorité, dans une forme de toute puissance. »
Un mémorial serait un acte public. Tout le monde pourrait le voir. C’est très important pour des victimes qui ont subi un silence imposé des vies entières. Les affaires de violences sexuelles dans l’Église font largement émerger la problématique de la prescription des faits. Au point de questionner l’état législatif des choses, qui laisse des victimes sans coupables. Car ceux qui ont souffert ne peuvent pour la plupart plus attendre la reconnaissance d’un procès, où la condamnation des agresseurs vient dire ce qui est incontestable. Les procédures Inirr et CRR, nées du scandale des abus sexuels dans l’Église, tentent de combler un peu ce vide. « Mais ce sont des démarches très froides, administratives », sait Jean-Baptiste Arréguy.
Jean-Baptiste Arréguy verrait personnellement une grande symbolique à un “mémorial” à l’entrée de la cathédrale côté cloître. “Quand nous étions enfants, à la maîtrise épiscopale, le cloître était un peu notre cour de récréation.” Bertrand Lapègue Comme à Cambo. Et surtout, privées. De gré à gré. « Un mémorial serait un acte public. Tout le monde pourrait le voir. C’est très important pour des victimes qui ont subi un silence imposé des vies entières, une véritable omerta durant des années. » Un tel « mémorial » aurait une valeur pédagogique. « On viendrait dire que c’est arrivé dans une institution alors au-dessus de tout soupçon. Ça peut encore arriver, soyons vigilants. Ce serait une forme d’alerte. »
Jean-Baptiste Arréguy a un exemple très précis en tête. Il a obtenu qu’une plaque soit apposée sur la Chapelle aux icônes, à Cambo-les-Bains. Depuis le mois de janvier, le court texte renseigne sur l’histoire de ce lieu construit par des prêtres pédophiles en soin localement, entre 1956 et 1962. « Je me suis rendu compte avec Cambo de cette portée pédagogique. Les gens avaient besoin de vérifier ce qu’ils ont lu dans la presse. » La plaque, parce qu’installée par l’institution elle-même, fait foi.
Le petit collectif qui a écrit à l’évêque voudrait un geste comparable, « aux trois entrées de la cathédrale de Bayonne ». Avant de, peut-être, envisager des mémoriaux à Lescar et Oloron. Marc Aillet n’avait pas encore donné suite à la sollicitation de « Sud Ouest » au moment où nous écrivions ces lignes.
(1) CRR pour Commission reconnaissance réparation. Inirr et CRR sont des émanations de l’Église, nées dans la foulée du travail de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église.



