Un verdict contrasté dans l'affaire Samuel Paty
Dans la salle d'audience, un silence pesant régnait avant que la sonnerie ne retentisse, libérant une tension accumulée depuis des mois. Ce lundi 2 mars 2026, la cour d'assises spéciale de Paris a rendu sa décision en appel concernant l'assassinat de Samuel Paty, condamnant quatre hommes à des peines allant de six ans de prison à quinze années de réclusion criminelle.
La reconnaissance de la "fatwa numérique"
Maître Thibault de Montbrial, avocat de Mickaëlle Paty, la sœur de la victime, analyse ce verdict comme étant contrasté. "Ce qui était essentiel aux yeux de Mickaëlle Paty, c'est que le concept criminel de 'fatwa numérique', qui avait été consacré en première instance, soit confirmé par la cour d'assises d'appel", explique-t-il.
Cette reconnaissance juridique établit désormais que publier des vidéos ou des messages pour cibler des personnalités - enseignants, journalistes, avocats ou autres professionnels - en raison de leur prétendue "islamophobie" peut être qualifié de crime. "C'était l'enjeu stratégique majeur du procès. De ce point de vue, c'est satisfaisant", reconnaît l'avocat.
Déception concernant les peines prononcées
Malgré cette avancée juridique, la famille exprime une déception concernant la peine infligée à Brahim Chnina, réduite de treize à dix ans de réclusion. "Cette diminution de peine est regrettable parce que symboliquement, il est celui qui a tout enclenché", souligne Maître de Montbrial. "C'est lui qui a rédigé les premiers messages, qui a désigné Samuel Paty, qui a donné son nom et l'adresse du collège."
L'avocat met en lumière la différence entre les deux principaux accusés : "Brahim Chnina a manifesté des regrets, contrairement à Abdelhakim Sefrioui, qui déposera un recours en cassation". Ce dernier, décrit comme un prédicateur islamiste proche du Hamas, "a fait un choix sidérant : il a tenté de rejeter la faute initiale sur le cours de Samuel Paty".
Incompréhension face aux peines des complices
La famille éprouve une "incompréhension totale" concernant les peines prononcées contre Naïm Boudaoud et Azim Epsirkhanov, condamnés respectivement à six et sept ans d'emprisonnement. Ces deux jeunes Tchétchènes, qui ont accompagné le terroriste Abdoullakh Anzorov durant les quarante-huit dernières heures avant l'attentat, ont convaincu la cour qu'ils ignoraient son projet.
"Pourtant, il en parlait à tout le monde, il a acheté des armes avec eux... Mickaëlle Paty, et toute la famille d'ailleurs, ne croit pas un instant qu'ils ignoraient le projet", affirme l'avocat. Le fait que le lien avec l'attentat ait été "gommé" par la cour constitue un choc pour la famille.
Un message pour la protection des enseignants
Interrogé sur la portée de ce verdict pour la protection des enseignants et la liberté d'expression, Maître de Montbrial estime que "le message aurait été encore plus clair avec des peines plus élevées pour les auteurs de la fatwa numérique". Cependant, il reconnaît l'importance symbolique de cette décision.
"Il y a une pression islamiste quotidienne de plus en plus forte en France qui se matérialise sur les enseignants, que ce soit en histoire-géographie, en science et vie de la terre ou même en éducation physique et sportive", constate-t-il. "Ce verdict ne va pas tout changer d'un coup, mais c'est au moins une manifestation de soutien fort."
L'importance de la transmission de l'histoire
Concernant l'adaptation cinématographique de l'histoire de Samuel Paty par le groupe UGC, l'avocat confirme que Mickaëlle Paty en était informée. "C'est essentiel que l'histoire de son frère soit connue du plus grand nombre", insiste-t-il.
"Les islamistes ciblent l'éducation, le collège, le lycée, l'université et la jeunesse en général. Tout ce qui permet de faire connaître cette histoire en détail et de comprendre le mécanisme de cette fatwa mis en œuvre par les accusés est fondamental", conclut Maître Thibault de Montbrial, soulignant l'importance pédagogique de cette transmission mémorielle.



