Un procès historique s'ouvre sans son principal protagoniste
Le tribunal correctionnel de Bordeaux a entamé ce lundi un procès exceptionnel qui s'annonce durer cinq semaines, marqué d'emblée par l'absence remarquée de Sofiane Hambli. Cet ancien indicateur de l'Ocrtis, l'office central de lutte contre les stupéfiants, est pourtant considéré comme le personnage central de cette affaire de trafic de cannabis à grande échelle.
L'impossible confrontation entre le commissaire et son indic
La confrontation tant attendue entre le commissaire François Thierry, ancien patron de l'Ocrtis, et son ancien informateur Sofiane Hambli ne pourra pas se produire à la barre. Le tribunal a dû acter l'absence du principal prévenu, actuellement incarcéré au Maroc où il purge une peine de vingt-huit ans de prison.
Les autorités marocaines sont restées sourdes aux demandes françaises de remise temporaire du prévenu pour la durée du procès. Le procureur de Bordeaux a confirmé que ses demandes, pourtant assorties de garanties de retour, n'ont reçu aucune réponse des autorités du Maroc.
Une absence qui complique considérablement le procès
L'avocate de Sofiane Hambli, Me Julie Eldoyen, a immédiatement souligné l'impact de cette absence : « Compte tenu du rôle qui lui est attribué, il est impossible de juger cette affaire sans lui ». La défense a même indiqué que son client était prêt à témoigner par visioconférence, mais cette solution n'a pas été retenue.
Le tribunal a rejeté la demande de renvoi formulée par les avocats, estimant que « la juridiction se heurte à la souveraineté d'un État indépendant dont tout démontre qu'il n'a pas l'intention de remettre Sofiane Hambli à la France ». Les juges ont également pointé la responsabilité personnelle de Hambli dans cette situation, rappelant qu'il s'était soustrait à son contrôle judiciaire en 2020 avant de prendre la fuite vers le Maroc.
Une affaire de 15 tonnes de cannabis aux ramifications complexes
Dix-huit prévenus comparaissent pour leur participation présumée à un trafic de cannabis ayant abouti à la saisie de quinze tonnes de résine en octobre 2015 par les douanes françaises. L'enquête révèle que la livraison initiale, en provenance du Maroc, était en réalité d'un tonnage encore plus important.
Cette opération s'inscrivait dans un dispositif de « livraison surveillée » mis en place par l'Ocrtis sous la direction du commissaire François Thierry. L'objectif officiel était de remonter les filières du trafic en suivant les livraisons jusqu'aux commanditaires, en plaçant des indicateurs parmi les logisticiens.
L'indic devenu trafiquant
La situation a dérapé de manière spectaculaire selon les éléments de l'enquête. Sofiane Hambli, trafiquant de haut vol originaire de Mulhouse devenu « indicateur de luxe » de l'Ocrtis, est soupçonné d'avoir profité de la protection policière pour développer son propre trafic. Les juges d'instruction estiment qu'il serait en réalité le commanditaire de tout ou partie de la cargaison qu'il avait proposé à l'Ocrtis de surveiller.
Pendant cinq semaines, le tribunal devra analyser les relations complexes entre le trafiquant, devenu une « source en or » pour son officier traitant, et le commissaire Thierry. L'ordonnance de renvoi souligne une série d'actes et d'abstentions de la part du policier qui, selon les magistrats instructeurs, dépassaient la souplesse normale pouvant exister entre un policier et son indicateur.
Des manquements qui interrogent
Parmi les éléments reprochés à François Thierry figurent :
- Des informations parcellaires fournies à l'autorité judiciaire
- La levée prématurée de la surveillance de la cargaison
- Une rencontre avec Hambli sans procéder à son interpellation
- La restitution au trafiquant d'un téléphone crypté susceptible de contenir des informations cruciales
Ce procès hors normes promet donc de mettre en lumière les limites et les dérives potentielles des méthodes d'infiltration dans la lutte contre le trafic de stupéfiants, alors que l'absence du principal intéressé plane comme une ombre sur l'ensemble des débats.



