Suicide d'Evaëlle : la défense plaide pour la relaxe de l'enseignante, décision attendue le 13 avril
Le procès en appel de l'enseignante d'Evaëlle, collégienne de 11 ans qui s'est suicidée en 2019 dans le Val-d'Oise, s'est achevé mardi 10 février avec les plaidoiries de la défense. L'avocate de la professeure de français a fermement réclamé la relaxe de sa cliente, poursuivie pour harcèlement scolaire.
Une défense vigoureuse
Me Marie Roumiantseva, avocate de l'enseignante, a présenté une défense énergique en soulignant l'excellence du parcours professionnel de sa cliente. "Tout au long de sa carrière, Mme B. n'a reçu que des éloges. Elle a fait l'objet de six inspections académiques mentionnant qu'elle ne laisse aucun élève au bord du chemin", a-t-elle déclaré devant la cour d'appel de Versailles.
L'avocate a vivement contesté le portrait dressé par l'accusation, le qualifiant de représentation d'une "personne dangereuse, hors norme, hors de contrôle, qui serait loin de la réalité". Elle est allée jusqu'à parler de "contre-vérités" et de "trumpisme" dans les accusations portées contre son assistée.
Les arguments juridiques de la défense
Me Roumiantseva a développé un argumentaire juridique précis concernant la notion de harcèlement moral. "Il n'y a pas de crime ou de délit sans la volonté de les commettre. Ça n'existe pas le harcèlement moral par imprudence ou négligence. Ça n'existe pas!", a-t-elle insisté avec force.
Cette position contraste directement avec les réquisitions du parquet. La veille, l'avocate générale avait demandé 18 mois de prison avec sursis contre l'enseignante, s'appuyant sur de nombreux témoignages de camarades de classe d'Evaëlle qui avaient décrit l'ambiance dans la classe de 6eE.
Le contexte tragique
Evaëlle, élève de 11 ans au collège Isabelle-Autissier à Herblay dans le Val-d'Oise, s'est suicidée en juin 2019. Décrite comme "précoce", "atypique" et ayant "du mal à entrer dans le moule", l'adolescente avait subi des mois de harcèlement de la part de certains élèves.
Pour ses parents, un épisode particulièrement traumatisant a marqué leur fille : deux séances de vie de classe en cours de français pendant lesquelles la professeure avait demandé à tous les élèves de répondre à la question : "Pourquoi Evaëlle se sent-elle harcelée et exclue?". Face aux pleurs de l'adolescente, l'enseignante s'était énervée et lui avait intimé de répondre aux questions. Evaëlle avait qualifié cette journée de "pire journée de (sa) vie".
Historique judiciaire
La professeure de français avait été relaxée en première instance en avril 2025 par le tribunal de Pontoise. Les juges avaient alors considéré que les éléments à charge étaient "discordants, indirects, peu circonstanciés" ou relevaient de "comportements adaptés et légitimes s'agissant de l'autorité dont doit faire preuve un enseignant en classe".
Le procès en appel a permis de réexaminer l'ensemble du dossier, avec des plaidoiries qui ont mis en lumière les différentes interprétations possibles des faits et des responsabilités.
Une décision attendue
La cour d'appel de Versailles a annoncé qu'elle rendrait sa décision le 13 avril prochain. Ce verdict clôturera une procédure judiciaire longue et émotionnellement chargée, suivie avec attention par les milieux éducatifs et les associations de lutte contre le harcèlement scolaire.
Le cas d'Evaëlle continue de souligner les défis complexes auxquels sont confrontés les établissements scolaires dans la prévention et la gestion du harcèlement entre élèves, ainsi que les responsabilités des adultes encadrants dans ces situations délicates.



