À l’appel de la CGT probation insertion, des agents du Spip Gironde ont manifesté devant le tribunal judiciaire de Bordeaux mardi 19 mai. Alors que tout le personnel pénitentiaire doit prêter un serment de respect et d’obéissance, ils dénoncent la détérioration des conditions d’accompagnement des prisonniers et personnes placées sous main de justice.
Une action symbolique
Ils ne sont pas en grève, car leur statut ne le permet pas. Une dizaine d’agents du Service de protection et d’insertion pénitentiaire (Spip) Gironde ont mené une action symbolique, mardi 19 mai, devant le tribunal judiciaire de Bordeaux. « Nous sommes ici pour dénoncer l’obligation de porter serment sur le code de déontologie du service public pénitentiaire », exposent Pierre-Yves Lepresle et Julie Martial, représentants CGT, syndicat majoritaire au Spip.
Un serment controversé
Un serment qu’ils ont pourtant prêté collectivement, le matin même, devant un juge de la cour d’appel… Mais qui passe mal. Depuis un décret de juillet 2024, cet acte solennel est en effet obligatoire avant la fin 2026 pour tous les 44 000 agents de la pénitentiaire, dont environ 5 300 du Spip - ils sont une centaine en Gironde. Le problème, selon eux : « Il a un caractère disciplinaire qui ne reflète pas nos missions, notamment le cœur de notre métier, l’insertion. »
Cette brève déclaration axée sur le respect des principes et personnes comporte aussi un engagement à se « conformer à la loi et aux ordres reçus », plus problématique selon eux. « La loyauté et le respect sont érigés en valeur suprême, au détriment de l’humanisme. » Et puis, « que faire quand on reçoit d’un supérieur un ordre manifestement illégal en termes de respect des droits des personnes, comme cela a déjà été le cas ? »
« Du flux, pas du sens »
Bref, il s’agirait d’un « serment d’hypocrite », alors que « les prisons débordent, les juridictions souffrent, on manque de moyens ». Les élus pointent notamment les restrictions des activités culturelles ou de permissions en milieu carcéral. « On gère du flux et non plus du sens. L’individualisation des peines, l’accompagnement, les missions socio-éducatives sont sacrifiées au profit d’une logique d’abattage ultra-sécuritaire. »
En France, les agents du Spip accompagnent plus de 87 000 prisonniers et encore plus de condamnés en milieu ouvert (aménagement de peine, etc.), soit environ 250 000 personnes placées sous main de justice. Le syndicat réclame 1 000 à 1 500 postes supplémentaires. « Si on avait le sentiment d’être portés par notre ministère, on aurait moins de mal à faire ce serment. »



