Ouverture du procès pour une messe hommage à Philippe Pétain à Verdun
Le procès de l'organisateur d'une messe en hommage à Philippe Pétain s'est ouvert ce mercredi devant le tribunal correctionnel de Verdun. Jacques Boncompain, président de l'Association pour défendre la mémoire du Maréchal Pétain (ADMP), est jugé pour contestation publique de l'existence de crime contre l'humanité commis durant la Seconde Guerre mondiale.
Une audience sous haute tension
À son arrivée au tribunal, Jacques Boncompain, 84 ans, n'a fait aucun commentaire, tout comme son avocat, Frédéric Pichon. Vêtu d'un chandail bleu marine, l'octogénaire est arrivé avec plusieurs livres annotés de Post-it jaunes. Une dizaine de policiers étaient présents dans le bâtiment pour assurer la sécurité.
Treize « victimes » se sont fait connaître de la justice et se sont constituées parties civiles, parmi lesquelles l'Observatoire juif de France, la Ligue des droits de l'homme et la Licra. Cette mobilisation témoigne de la sensibilité particulière de cette affaire qui touche à la mémoire historique.
Les propos incriminés
Jacques Boncompain est notamment accusé d'avoir affirmé, à la sortie d'une messe qu'il avait organisée le 15 novembre 2025 en hommage à Philippe Pétain dans une église de Verdun, que le chef du régime de Vichy avait été « le premier résistant de France » et qu'il avait « sauvé » des juifs. L'événement avait réuni une centaine de contre-manifestants, montrant les divisions que suscite encore la figure de Pétain.
Dans une vidéo mise en ligne par le journal L'Est républicain, on entend Jacques Boncompain qualifier l'ancien chef de l'État français de « plus grand serviteur de la France du XXe siècle ». Il ajoute : « Il a sauvé, devant témoins je peux le dire, au moins 700 000 juifs ». Ces affirmations sont contestées par de nombreux historiens qui estiment cette thèse dénuée de tout fondement.
La défense de l'accusé
Avant l'audience, Jacques Boncompain a dénoncé un « traquenard » tendu selon lui par le maire divers gauche de Verdun, Samuel Hazard. Il accuse l'édile d'avoir voulu « créer de toutes pièces une polémique qu'il a rendue nationale avec succès ».
L'organisateur a insisté sur le fait que « le sens de la messe était d'appeler à la réconciliation nationale ». Il se présente comme un défenseur de la liberté d'expression, affirmant : « Toute ma vie a été consacrée à la liberté d'expression, de création ». Qualifiant son procès de « politique », il a déclaré vivre « un martyre » depuis le 15 novembre.
Le contexte historique
Philippe Pétain, surnommé « vainqueur » de la bataille emblématique de Verdun en 1916, prit en 1940 la tête du régime de Vichy, qui collabora avec l'Allemagne nazie. Frappé d'indignité nationale en 1945 et condamné à mort (peine commuée en prison à vie), il est mort en détention en 1951.
Les propos révisionnistes, définis comme la négation, la minoration ou la banalisation outrancière d'un crime de génocide, de crime de guerre ou de crime contre l'humanité, sont passibles d'une peine pouvant aller jusqu'à un an d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende.
Ce procès intervient dans un contexte où la mémoire de la Seconde Guerre mondiale et du régime de Vichy continue de faire débat en France, opposant parfois devoir de mémoire et liberté d'expression.



