Procès du policier Gilles G. pour le meurtre d'Olivio Gomes : la filature et les tirs en question
La cour d'assises des Yvelines examine minutieusement les circonstances de la mort d'Olivio Gomes, tué par un policier en 2020 après une course-poursuite dont la justification est sérieusement remise en question. Au premier jour du procès de Gilles G., un policier de la brigade anticriminalité parisienne jugé pour le meurtre d'Olivio Gomes, la cour a tenté vendredi d'éclaircir les motifs de ce contrôle qui a conduit à une tragédie.
Une filature discrète sur le périphérique parisien
Dans la nuit du 16 au 17 octobre 2020, la Clio d'Olivio Gomes est prise en filature sur le périphérique parisien puis sur l'A13 jusqu'à Poissy, où il résidait. À l'arrière de la Passat noire siglée « police » se trouve Gilles G., alors âgé de 29 ans, accompagné de deux collègues. Fonctionnaire de police depuis une dizaine d'années, il avait rejoint cette unité moins d'un mois plus tôt. Pendant une vingtaine de kilomètres, l'équipage suit discrètement la Clio, sans activer ni gyrophare, ni sirène, après avoir été doublé par celle-ci.
Des versions rapidement contredites par les preuves vidéo
Lors de leurs premières auditions par l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), les policiers ont affirmé avoir voulu contrôler la voiture en raison d'une conduite dangereuse, évoquant des embardées et des excès de vitesse. Mais leur version a rapidement été contredite par l'exploitation de la vidéosurveillance. « On nous parle au départ d'une conduite qui comporte des infractions au code de la route mais nous l'établirons par la suite, cela n'a pas été le cas », a déclaré vendredi à la barre la directrice de l'enquête de l'IGPN, Nathalie Chaux, devant la cour d'assises des Yvelines. « On a recherché les fichiers de contravention pour voir s'il n'avait pas déclenché un radar, mais rien ».
Dans sa première audition, le chef de bord Harry S., passager de Gilles G. dans la Passat, a affirmé que la Clio avait effectué « des embardées entre les voies au milieu d'une circulation importante ». Interrogée par Me Damien Vinet, avocat de la famille du défunt, sur la véracité de ces propos, Nathalie Chaux a précisé que ces déclarations étaient contraires aux vidéos : « Je préfère parler de propos inexacts […] Mais lorsqu'il dit ça, il cherche à motiver son contrôle. » En l'absence d'infraction, la directrice d'enquête a précisé que la filature n'est pas une technique enseignée, mais qu'elle n'est pas non plus interdite par les formateurs en école de police.
Trois tirs mortels à l'arrêt du véhicule
Au bout d'un quart d'heure, les policiers ont fait signe à la voiture d'Olivio Gomes de quitter l'autoroute, mais ce dernier ne s'exécute pas dans l'immédiat. Il emprunte la sortie suivante et poursuit sa route jusqu'en bas de chez lui, dans la cité Beauregard à Poissy, toujours suivi par les policiers. En bas de sa résidence, Olivio Gomes s'arrête. Gilles G. sort du véhicule et pointe son arme dans sa direction. La Clio redémarre. Le policier tire alors à trois reprises et perfore les deux poumons et l'aorte thoracique du jeune homme, dont le véhicule s'encastre dans une autre voiture stationnée quelques mètres plus loin.
D'origine bissau-guinéenne, ce père de trois enfants décède sur place à l'âge de 28 ans. Gilles G., aujourd'hui âgé de 35 ans, comparaît libre sous contrôle judiciaire. Il continue de travailler à la police nationale, mais n'exerce plus sur la voie publique et ne porte plus d'arme. Pendant l'enquête, il a affirmé avoir « tiré pour protéger sa vie », niant toute intention homicide. Selon lui, Olivio Gomes aurait tenté de l'écraser en redémarrant sa voiture.
Des expertises qui mettent à mal la version du policier
Cependant, des expertises judiciaires ont mis à mal sa version. L'analyse des trajectoires des tirs a notamment démontré que les deux dernières balles suivaient une trajectoire « d'arrière en avant », a souligné le président. Questionnée sur la position du tireur, Nathalie Chaux a concédé qu'une telle trajectoire implique que le policier se trouvait derrière le véhicule. L'accusé Gilles G. sera interrogé sur les faits mercredi matin. Le verdict est attendu le 26 mars, clôturant un procès qui soulève des questions cruciales sur les pratiques policières et la justification des contrôles.



