Le procès du rappeur Naps pour viol : un portrait contrasté à la cour criminelle de Paris
À la cour criminelle départementale de Paris, un homme est présenté sous un jour surprenant. Calme, casanier, attentionné, un bon père « gaga » de son fils d'une dizaine d'années, un fils proche de sa mère et un ami fidèle. Voilà comment le rappeur Naps est décrit par ses ex-compagnes, ses amis et son épouse actuelle aux enquêteurs. « Il n'est pas centré sur lui », répète Myriam A. à la barre, venue témoigner lors de l'audience consacrée à la personnalité de son mari, de plus de dix ans son aîné.
Une relation compliquée et des témoignages familiaux
Cette médecin généraliste de 29 ans, qui entend fonder une famille avec le rappeur, l'a rencontré après les faits et lui a dit « oui » après son renvoi devant la cour criminelle. Un risque qu'elle a pris car, dit-elle, « j'ai une conviction, j'ai confiance en la justice ». Pourtant, l'experte docteure en psychologie interrogée par la cour évoque une relation décrite comme « compliquée » par l'intéressé, « comme s'il n'était pas vraiment en couple officiel stable avec cette personne », interprète-t-elle.
À en croire ses proches, Nabil Boukhobza, « chouchou de la famille » élevé par ses grands-parents, n'a rien à faire sur le banc des accusés de la cour criminelle de Paris, dans l'historique palais de Justice de l'île de la Cité. Comme son complet en jogging Lacoste, il serait blanc comme neige, il est pourtant poursuivi pour des faits de viol sur la personne d'Emma* (le prénom a été modifié) et comparaît depuis ce lundi, risquant jusqu'à quinze ans de réclusion criminelle.
Une soirée qui tourne au drame
Lors d'une soirée qui s'est prolongée dans une chambre d'hôtel dans le 12e arrondissement de Paris dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre 2021, le rappeur marseillais célèbre pour La Kiffance s'est couché dans le lit à côté de trois copines rencontrées en boîte quelques heures plus tôt. Tous habillés, alcoolisés et défoncés au cannabis et au gaz hilarant, ils s'endorment sous les draps. Jusqu'au moment où Emma sent bouger contre elle, sa culotte baissée, sa jupe remontée, elle est réveillée par une douleur vaginale alors qu'elle tente de repousser l'homme en train de la pénétrer. C'est sa version, qui est confirmée par l'une de ses amies.
Celui qui se décrit comme « artiste, producteur, interprète » reconnaît le rapport sexuel mais, devant la cour, « conteste les faits » de viol, assurant que la victime était consentante, qu'elle poussait des « gémissements de plaisir ».
Un homme pudique avec une sexualité peu investie
Décrit comme « lissé » mais aussi « posé » et « calme » par l'expert psychiatre, à la lecture du dossier d'instruction par la présidente de la cour, Naps est aussi peint comme une personne « pudique » avec une « sexualité peu investie dans le sens où il semble surinvestir d'autres domaines comme le professionnel », précise l'experte docteure en psychologie.
À l'évocation de son intimité, Nabil Boukhobza reste impassible, ne réagit pas aux accusations, ne montre aucun stress ni colère. Même quand la taille de son sexe s'invite dans la salle d'audience. « T'inquiète, il a une petite bite ça ne va pas rentrer », aurait dit une des deux copines d'Emma présentes dans la chambre d'hôtel, tentant ainsi de rassurer celle qui confirme les accusations et qui l'interrogeait sur ce qu'il était en train de se passer à côté d'elle.
La plaignante garde son calme
Si certains esquissent un sourire à la prononciation de cette phrase, à quelques mètres de l'accusée, Emma, chignon noir serré par un chouchou léopard, garde le regard droit devant elle. Assise à côté d'une membre de l'association Paris aide aux victimes, la plaignante ne tourne pas la tête. Ne baisse pas les yeux. Ne jette aucun coup d'œil en direction de celui qu'elle accuse de viol. Et, prévient son avocat Jean-Baptiste Boué-Diacquenod, elle ne s'approchera pas du pupitre et restera à sa place pendant toute l'audience. Son tour de raconter sa version viendra, mais la journée est consacrée à la personnalité de l'accusé. Mais aussi à ses multiples relations amoureuses, dont plusieurs sur des années, et une qui lui donne un fils.
Addictions et impact sur la carrière
Ses addictions sont également évoquées, notamment au cannabis et à l'alcool. Concernant le protoxyde d'azote, il en a pris occasionnellement, « peut-être une seule fois depuis l'époque des faits », précise-t-il au pupitre, en se tripotant les doigts nerveusement. En se touchant la barbe, il répond à la barre qu'il est « toujours artiste, producteur » mais qu'aujourd'hui « c'est compliqué, ce n'est pas évident ».
La docteure en psychologie rapporte ainsi un certain « traumatisme dont il a fait part verbalement », sans qu'elle puisse établir de « caractéristique qui témoignerait d'un quelconque stress post-traumatique ». Elle parle alors davantage d'un « gros choc » lié à la plainte qui le vise. Le rappeur lui a également confié la peur d'un avant et d'un après pour sa carrière musicale en raison de la médiatisation de l'affaire qui serait instrumentalisée pour lui nuire. En même temps, il nie « chez la plaignante toute intention malhonnête et calculée ».
Une carrière qui continue malgré les accusations
Malgré le bruit de l'affaire et sa mise en examen en juillet 2024 dans le Var pour viols et agressions sexuelles à la suite des plaintes de trois jeunes femmes, Naps n'est pas persona non grata de la scène musicale. Mi-décembre, il a toutefois été invité à chanter aux côtés de Gims devant 40.000 spectateurs à Paris La Défense Arena. Et depuis les faits, il a également sorti quatre albums, dont le dernier et onzième de sa carrière en juillet 2025.



