Un procès historique pour des violences policières filmées
Les images avaient provoqué une onde de choc jusqu'au sommet de l'État. Il y a six ans, quatre policiers étaient filmés en train de passer à tabac le producteur de musique noir Michel Zecler dans son studio parisien. Aujourd'hui, trois de ces fonctionnaires, âgés de 28, 37 et 49 ans, font face à la justice devant la cour criminelle départementale de Paris du 9 au 19 novembre.
Les faits qui ont ému la France
Le 21 novembre 2020, en pleine période de regain de la pandémie de Covid-19, Michel Zecler était interpellé devant son domicile parisien pour non-port du masque et suspicion de consommation de cannabis. La situation a rapidement dégénéré lorsque les policiers l'ont emmené dans son studio d'enregistrement voisin pour le frapper violemment pendant plusieurs minutes.
Ces scènes de violence ont été capturées par une caméra de vidéosurveillance, puis révélées au public par le site d'information Loopsider. Les images sont devenues virales en quelques heures, suscitant une indignation générale et des réactions jusqu'au plus haut niveau du gouvernement.
Des accusations graves et des débats sur le racisme
Les trois policiers principaux sont poursuivis pour :
- Violences volontaires avec incapacité totale de travail supérieure à 45 jours
- Actes commis par personne dépositaire de l'autorité publique
- Violences en réunion et avec arme
- Faux en écriture publique par personne dépositaire de l'autorité publique
L'ordonnance de renvoi, dont l'Agence France-Presse a eu connaissance, qualifie l'« avalanche de coups » portés durant quatre minutes d'action « non nécessaire » et « illégitime ».
Un débat important entoure la dimension raciste de cette affaire. Michel Zecler affirme depuis le début qu'un policier, Aurélien L., lui aurait lancé « sale nègre » et qu'un autre, Philippe T., aurait tenu des propos racistes à son encontre. Cependant, les juges d'instruction ont écarté le caractère raciste de l'agression, estimant que les preuves ne répondaient pas aux standards de la procédure pénale.
Les magistrats ont précisé : « Cette décision ne postule ni n'affirme que les déclarations de M. Zecler sur ce point seraient insincères. Elle se borne à constater que les éléments de preuve en ce sens ne sont pas à la hauteur des standards applicables à la matière pénale. » Le ministère public avait pourtant demandé que cette circonstance aggravante soit retenue.
Un quatrième policier jugé séparément
Un quatrième fonctionnaire, âgé de 40 ans, sera jugé de son côté devant le tribunal correctionnel. Il est accusé de violences avec arme pour avoir lancé une grenade lacrymogène contre Michel Zecler et plusieurs jeunes hommes présents sur les lieux.
Contactés récemment par l'AFP, les avocats de Michel Zecler et des policiers mis en cause n'ont soit pas donné suite aux sollicitations, soit décliné toute commentaire sur ce procès à venir. Ce silence contraste avec le retentissement médiatique qu'a connu cette affaire depuis la diffusion des images choquantes.
Ce procès s'inscrit dans un contexte national de débat sur les violences policières et les relations entre les forces de l'ordre et la population. Les audiences des prochaines semaines seront scrutées avec attention, tant par les défenseurs des droits humains que par les syndicats de police, dans un climat de tension sociale persistante.



