Visite d'un député à la prison pour mineurs de Porcheville : conditions d'incarcération dénoncées
Prison pour mineurs de Porcheville : un député dénonce les conditions

Une visite parlementaire sous la pluie à Porcheville

Ce jeudi matin pluvieux rend l'atmosphère encore plus pesante autour de l'établissement pénitentiaire pour mineurs de Porcheville, dans les Yvelines. Construit en 2008 au cœur d'une zone industrielle, cette prison pour adolescents est encadrée par une décharge de métaux, un supermarché Lidl et un petit bois. Depuis le parking, les cheminées de la centrale EDF dominent le paysage.

Vêtu d'un costume bleu marine, d'un pull bordeaux et d'un manteau noir, Benjamin Lucas, député des Yvelines du groupe Écologiste et Social, actionne l'interphone. « Bonjour, je suis le député des Yvelines, je viens exercer mon droit de visite parlementaire », annonce-t-il. La loi du 15 juin 2000 autorise en effet les parlementaires à visiter tout établissement pénitentiaire, de jour comme de nuit, sans prévenir. Ce jour-là, il est accompagné de trois journalistes et deux assistants parlementaires.

Une opération coordonnée à l'échelle nationale

C'est la première fois que Benjamin Lucas se rend dans cet établissement depuis son élection en juin 2022. Cette prison peut accueillir jusqu'à 59 détenus âgés de 13 à 18 ans. Son collègue écologiste Pouria Amirshahi a incité d'autres députés de gauche à visiter des lieux de détention pour mineurs partout en France. Une opération coordonnée visant à constater et documenter les conditions d'incarcération des jeunes, comme l'avait précisé l'élu parisien la veille dans un communiqué à la presse.

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Actuellement, cinquante-trois mineurs sont détenus à Porcheville. Leur séjour dure en moyenne trois mois, et ils sont répartis par groupes de dix dans six unités distinctes. « Ça va du simple trafic aux affaires de mœurs ou de terrorisme. Nous accueillons des détenus de toute l'Île-de-France, et parfois de Normandie. Il y a des primo-délinquants, des multirécidivistes… La majorité sont des prévenus », explique un surveillant pénitentiaire.

Benjamin Lucas regrette particulièrement l'absence de distinction entre les prévenus, présumés innocents, et les condamnés. Le directeur précise que l'unité 1 accueille les détenus au comportement exemplaire, tandis que l'unité 6 est réservée à ceux présentant des difficultés comportementales. Ces derniers peuvent y rester dix jours, période renouvelable une fois. L'établissement dispose également d'un quartier disciplinaire de quatre places, adapté aux mineurs, où seuls les jeunes d'au moins 16 ans peuvent être envoyés pour sept jours maximum. « Mais il y a eu assez peu d'incidents très graves depuis novembre », souligne le haut fonctionnaire.

La difficile scolarisation des jeunes détenus

Dans la cour de la prison, un petit terrain de football est visible, mais les détenus ne peuvent pratiquer du sport qu'une heure par semaine en raison du manque de personnel d'encadrement. Un potager avec une serre avait été aménagé, mais il est aujourd'hui à l'abandon faute de professeur d'horticulture. L'établissement abrite aussi une médiathèque où les détenus peuvent emprunter livres et journaux.

Tout est mis en œuvre pour limiter le temps passé en cellule. Les détenus au bon comportement n'y restent que deux ou trois heures par jour. En France, la scolarité est obligatoire jusqu'à 16 ans, y compris pour les jeunes prisonniers, mais elle se limite à deux ou quatre heures quotidiennes. « Il y a un objectif fixé à 20 heures par semaine, mais ce n'est pas possible pour tous. Pour certains élèves, nous devons faire de la scolarisation individuelle », explique la directrice de cet établissement scolaire pas comme les autres.

Une dizaine de professeurs travaillent quotidiennement pour aider ces élèves, souvent en décrochage scolaire, à renouer avec l'école. Les emplois du temps sont adaptés chaque semaine en fonction des arrivées, des départs et des incompatibilités entre détenus. « Dans l'ensemble, ça se passe bien, les élèves vont plutôt bien volontiers à l'école », note la directrice. Cependant, tout n'est pas idéal : « Nous avons un collègue qui est parti parce qu'il a été menacé de mort », rapporte une enseignante.

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Des projets pour la réinsertion mais des lacunes criantes

Certains jeunes préparent même des diplômes pendant leur détention. « Nous arrivons à avoir des nouvelles des anciens, et la plupart s'en sortent bien », se réjouit une enseignante. Le personnel pédagogique multiplie les projets pour faciliter la réinsertion, comme la fabrication et la vente de savons sur le marché de Mantes-la-Jolie. Les bénéfices financent des formations ou le permis de conduire d'anciens élèves.

Benjamin Lucas salue l'engagement et l'énergie incroyable du personnel enseignant, tout en déplorant l'absence de dispositif spécifique d'écoute et de suivi psychologique pour ces professionnels confrontés à des situations complexes.

L'absence de pédopsychiatre, une carence dramatique

La visite s'achève par l'unité sanitaire, gérée par un médecin coordinateur. Les détenus peuvent consulter un psychologue ou un dentiste qui se rend sur place tous les samedis matin. Mais depuis 2020, il n'y a plus de pédopsychiatre. « C'est dramatique », déplore le député, qui compte interroger par écrit l'agence régionale de santé sur ce sujet. En 2024, un adolescent de 16 ans condamné pour violences conjugales s'est pendu dans sa cellule.

De manière générale, Benjamin Lucas dénonce le manque de personnel, notamment de surveillants, et les conditions d'incarcération. « Les conditions ne sont pas satisfaisantes. Ce n'est pas d'une propreté incroyable », ajoute-t-il. Malgré ces constats alarmants, cette visite a donné envie à l'élu de revenir, notamment pour présenter le travail des parlementaires aux détenus.